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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 08:47


 

 

Début juillet, c’était la grande kermesse d’Osez le féminisme près de Paris. Où étaient conviées toutes les autres, assoces et personnes – conviées, le mot en dit long sur le syndrome de locomotive qui imprègne ce champignon du féminisme, lequel réussit l’étonnante synthèse de cumuler les tares de nos néos et de nos tradies. Je suis pas sûre qu’on y était aussi bien arrivées jusqu’à présent.

 

Ç’a été un franc succès (si, si, sans ironie).

 

Kermesse qui avait, parmi ses buts, celui de peser sur les orientations politiques des prochains temps. C’est à dire sur qui gouvernera, puisque la politique s’arrête à ça. D’où une déclaration finale, que j’ai lue sans surprise. Elle n’a effectivement rien de fracassant. Mais elle est très, très représentative de ce qu’est une « pensée politique » aujourd’hui.

(http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20110703/1544178_2614_texte_de_sortie_fem2011.pdf)

 

Ce qui me marque le plus, là dedans, ce n’est même pas l’inévitable petite phrase sur le « système prostitueur », notion qui a l’immense avantage de rayer de la carte touTEs les tapins de la terre, puisqu’il n’y a plus qu’un « système », ce qui permet de nier notre existence réelle. C’est tout de même plus simple comme ça. Nous n’existerons que quand nous ne serons plus tapins, fermez le ban. C’est une très vieille scie de touTes celleux qui détiennent la vérité, que de carrément nier la réalité de ce qui les embête. Mais ça marche toujours.

Ni même que cette petite phrase jouxte la demande de régularisation des travailleuRses sans papièREs – ce qui permet à peu de frais de souligner que le tapin n’est évidemment pas un travail. Tellement c’est génial le travail et son monde, voyez vous… le tapin ne saurait y prétendre…

 

Ce serait plutôt d’ailleurs de cette petite définition que j’aurais tendance à repartir pour aller au fond de ce texte et de ce qu’il implique. Déjà, les personnes ne peuvent être considéréEs positivement qu’en tant que travailleuRes, c'est-à-dire en tant qu’unités de production. Il est vrai que le féminisme mainstream actuel a depuis longtemps divorcé d’avec la critique sociale (elle-même bien mal en point)…

 

Mais surtout, ces « travailleuRes citoyenNEs », à qui vont-elles s’adresser pour – ah non, pas changer le monde, ça c’est plus au programme - pour l’intégrer et le reproduire encore plus ?

 

Mais à l’État, bien sûr ! à ses guichets et à ses juges, à sa police et à ses éducateurices. Et à l’ingestion totale, égale, de touTEs par le désastre humain de l’économie et de la dépersonnalistion. Vous pensez pas qu’on allait s’adresser les unEs aux autres, quand même, ni pour quitter l’état de fait ! Ce serait le foutoir.

 

Bref, exactement comme dans les litanies des « IndignéEs » qui ont fait florès le mois dernier, tout le contenu de cette déclaration tient dans des « exigences » envers les institutions. Et la « transformation », on se demande bien de quoi, dans l’assimilation. Que ces institutions soient celles qui correspondent à l’admirable état actuel de la survie ne pose aucun problème, puisque c’est précisément cette survie sous perfusion que nous sommes censées demander ! En sa perfection. NulLE ne semble se demander si parler de sortir du patriarcat, ou d’hétérolande, par exemple, revêt un sens alors même qu’on se propose de renforcer cette société du toujours plus, de la réaliser encore mieux. Comme si ces formes sociales n’étaient que des anomalies anachroniques sur le museau du modernisme et de l’économie triomphantEs. Un peu de chirurgie esthétique et tout sera pour le mieux.

 

Bon. Inutile de gloser longtemps. Je n’ai même pas l’optimisme de certaines qui voient OLF comme une simple bulle soce en vue des élections. Non, je pense que ce genre de déclaration est parfaitement représentative de la demande, et que cette demande est l’intégration totale de ce qui est désormais le féminisme majoritaire dans le bétonnage du présent sans fin, et la réclamation de la déposssession. Ce en quoi il ne se distingue d’ailleurs d’aucun des autres mouvements de genre. Voir par exemple la ruée lgbt sur la normalisation.

C’est d’ailleurs un mystère de la schizophrénie contemporaine, que nos mouvements, où on parle sans arrêt de « se réapproprier » (les attitudes, l’espace, que sais-je…), se proposent prioritairement de sous-traiter nos destins à ce qui nous échappe et nous contrôle, ce qui nous a réprimées et mises en tutelle, avec une confiance désarmante.

 

« C’est maintenant », affirme le texte pour finir ; oui, c’est maintenant, et visiblement on ne veut plus aller au-delà de ce maintenant si attrayant, mais au contraire s’y entasser !

 

Pour le féminisme de rupture et de critique, c’est jamais. En tous cas l’espérance en est ici affichée. Mais qui sait ? L’autoclave peut être mal fermé, et de mauvaises coucheuses survivre… (quel optimisme fol !)

 

« 2012 ne se fera pas sans nous », proclament celles qui revendiquent de participer pleinement au désastre déjà bien avancé. Ma foi, on n’en doute guère. Ça se presse aux portillons.

La question subsidiaire est « sans lesquelles d’entre nous se fera 2012, et continuera le cirque économico-politique ? ». C’est avec ces dernières qu’on a envie, plutôt, de faire des choses. Sans attendre l’ouverture des guichets ni l’autorisation des bureaux de bienfaisance. 

 

Petite remarque finale que je fais pour la cent dix huitième fois : je voudrais bien savoir, pour rigoler un peu (jaune), si le chapitre sur la liberté de l’avortement désigne la vraie dépénalisation de celui-ci, l'abolition des délais et du monopole socio-médical, bref l’autonomie réelle des nanas sur la question…

 

Chiche !

 

 

La petite murène

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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