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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 14:05

 

 

« Nous avions cru ne voir qu'une bête ensablée : nous contemplions une planète morte. »

Paul Gadenne

« Moi je veux mourir sur scène »

Dalida et les freaques réuniEs.

 

 

 

 

Je regarde, sur cette table qui n’est plus chez moi, sous le soleil encore matinal même si je suis une feignasse, ce joli tube rouge et blanc. Quel accord de couleur ! Celui même de tout l’appareil médical mondial. Il éclabousse comme une ambulance de la Croix Rouge. C’est un tube d’éthynil-œstradiol ; d’hormones, quoi. Il contient par conséquent de la mort et je m’en tartine chaque jour.

 

De la mort pas plus symbolique, ni moins, que celle qui est contenue en un paquet de tabac, ou qui émane de toutes les saloperies synthétiques au milieu desquelles nous croupissons, que nous ingérons, respirons, faisons nôtres jusque sur les lits d’hôpitaux et les tables réfrigérantes des maisons mortuaires. Rien à voir, vous le devinez bien, avec les gnagnateries rubicondes de la « culture de mort » ou de la « culture de vie ». Rien que du très tangible. Á terme et accumulé. Cancer ou avc. Mais aussi du très significatif de ce que nous faisons de nous-même, cet incommode objet. Et significatif n’est pas symbolique.

 

Je me rappelle cette étrange virevolte, dont d’autres m’ont aussi causé, qui présida à la décision de ma transition. Je dis présider, au sens où ça planait dessus comme un sale nuage qui décourage d’imaginer le ciel. Ce nuage était tout gonflé, constitué du « constat » que « les choses n’allaient pas changer ». Ce genre de constat qui est en fait une profonde résignation, un renoncement, pour ne pas dire une abdication. Et puisqu’il fallait que quelque chose, puisque choses nous sommes aussi désormais, bougeât, puisqu’il fallait qu’il y eût mouvement, eh bien je bougeais, nous bougeâmes. Et, ce faisant, je consentis, nous consentîmes à ployer sous la logique de ce monde. Puisque la montagne ne venait ni à nous ni à rien, nous nous laissâmes aller à la montagne, même si c’était d’une étrange manière. La manière comptait peu, ou plutôt se réglait selon notre sectorisation. Nous étions le « pack de genre » et nous nous déplaçâmes sur la règle graduée du genre. Ayant échoué à abolir et encore plus à dépasser, nous nous hâtâmes de réaliser, de rivaliser et de résoudre. Et, résolvant, nous nous sommes dissoutEs.

 

Dans les faits, ça prend la forme très prosaïque de « Ça ne va pas. Ça n’est plus possible. Nous ne pouvons ni ne voulons y échapper. On va donc faire encore plus fort. ». Dans notre cas c’est la transition, comme dans d’autres ce furent la défonce, la lutte armée, le travail, la politique, le judiciaire… Tout et son contraire, du moment que ce fût assimilable par le monde tel qu'il est. 

Transition aussi de la troisième à la première personne, laquelle devient par ce mouvement même objet, objet de transfos, de travail, de contrainte : retour élastique à la troisième personne. Plus de je.

 

Nous sommes devenuEs « réalistes », au sens faible du terme, en nous fracassant dans le réel.

 

Mais c'est tout de même effrayant combie nous sommes prêtEs à payer de notre personne, jusqu'à dilapidation totale et même endettement au-delà (!), pour ne pas remettre en cause les formes de base. Il est vrai que cette alternative ne serait elle-même pas donnée.

 

Je me rappelle aussi que mon abdication devant les principes en vigueur passa également par accepter ce qui pourtant était quelque chose de rédhibitoire. Et de l’accepter sciemment. D’accepter donc d’être à vie enchaînée à l’industrie pharmaceutique, ce que je n’avais jamais été et suis, comme par hasard, de plus en plus.

D’être enchaînée à ce qui a tout particulièrement pactisé avec la mort. Pour en faire encore et toujours de la valeur. Que rien ne soit perdu. 

 

Mais comment s’en étonner ? Je me rappelle aussi cet espèce de petit sourire que nous échangions, avec un cops ftm, à évoquer le cancer et la mort que nous nous préparions avec, on pourrait dire, une forme d’enthousiasme cynique. J’en ai froid dans le dos aujourd’hui, et je ne suis pas la seule.

 

Quant à la question de genre, ce qui saute aux yeux comme une bête enragée, c’est que nous l’avons rendue par notre objectivation quelque peu adventice, prétexte. Nous l’avons résolue, provisoirement, dans l’adhésion à la destruction générale. Á notre sauce bien entendu. La diversité de notre monde consiste dans le nombre de sauces dont nous nous enduisons pour être en fin de compte, et tout de même, comestibles. La sauce aux hormones et au bistouri en est une.

 

 

Plume

 

 

La suite, si j’y parviens, dans L’usine à trans.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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