Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 11:18


 

On croyait l’avoir bien fermée. On l’avait bien fermée, d’ailleurs. On avait été se ramasser ailleurs, flinguée par des années d’abus et d’humiliation. Peut-être on n’a pas su sortir du couloir au fond duquel restait la porte. De toute façon il fallait bien que ce fût de votre faute, en fin de compte.

 

On se sent coupable. Fatalement. Pourquoi vous et pas elle ? Hein ? Illégitime que ce soit vous qui existiez dans un courant d’air. Peut-être s’ennuie-t’elle ?

 

Et vous allez déverrouiller la porte. De votre plein gré, tout est là.

 

Vous pensiez qu’elle en était loin, qu’il allait falloir faire un signe, passer la tête, scruter. Que dalle. Á peine la clé a-t-elle tourné dans la gâche que la porte s’ouvre sous la poussée, et vous étalée contre le mur du couloir. Qu’elle entre, sans gêne aucune, puisque ça lui appartient, comme le reste. Escortée de sa smalah de hyènes. Aplatie vous faites les yeux ronds. Trop tard. Vous avez rouvert la porte. Y fallait pas. Y fallait la murer. Même dans le fichu couloir où vous étiez enfermée, vous n’aurez plus de place. Bien fait.

 

Un bel exemple de la rémanence comme de la transitivité de ce que nous nommons pouvoir ; vous faites vous même ce qui va vous écrabouiller, en toute connaissance de cause. On n'a même pas eu à vous le demander gentiment, ni même à en connaître. Vous ouvrez la porte, vous vous ouvrez vous-même, toute seule comme une grande.

 

Le pouvoir est une chose bien mystérieuse. Bien plus insidieuse que le rassurant schéma « les méchantEs qui oppriment les gentilLEs ».

Ça ressemble plutôt à une contamination collective de la volonté et du sens, qui est engendrée par ce que tout le monde veut les mêmes choses. Ces choses deviennent illico valeurs, et une valeur s’incarne toujours mieux dans les unEs que dans les autres, parce qu’elle vit du différentiel. C’est le principe qui agit dans ce pouvoir de faire qu’autrui souhaite ce que vous voulez.

 

Vous pensez bien que continuer à causer benoîtement de « consentement » ou même « d’initiative », sans parler de « désir », au sein d’une pareille coercition contenue elle-même dans l’objet commun, ça n’a plus beaucoup de sens. C’est de votre propre mouvement que vous appuyez là où il faut. Motu proprio. Le désir et la volonté automates, qui reproduisent la forme requérie à l’infini.

 

La porte ouverte est une des nombreuses apparences de cette forme.

 

Le libre-arbitre, c'est clair, en prend un coup. Où va-t'il se réfugier, celui-là, pourtant nécessaire ?

 

Tout vient à point à qui sait attendre. Le tout est d’en avoir les réserves. Il y a toujours une benête automate qui va rouvrir la porte. 

 

 

La girafe pouic pouic

 

 


 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines