Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 11:05


 

 

« Au poil. Cassez vous ! Les clients comme vous c’est le baiser de la mort »

Lana Lee, in La conjuration des imbéciles, de J.K. Toole

 

 

 

Nez vide amant, comme disait quelqu’un que je n’ose même pas citer, dès lors que la subsistance du travail sexuel en France est redevenue une question, on voit arriver tous les faisans de l’élevage médiatique en quête de quelques grains de notoriété en plus. Celleux qui ne peuvent vraiment pas s’empêcher de vagir dès qu’on leur retire la mentonnière. Et qui croient qu’afficher une bien hilarante position « pro-putes » va leur valoir réputation d’intégrité rebelle et peut-être même passes gratuites, pendant qu’on y est.

 

J’ai presque envie, là, de dire ceux-là, pasqu’à cette heure c’est pour ainsi dire que des mecs. Et du lourd. Donc, dans la famille le baiser de la mort, Pascal Bruckner, qu’être réac au mauvais sens du terme, celui de la sauvegarde des petites et grandes économies, ne protège pas du tout de la banalité ni de la bêtise. Lequel s’en prend - comme c’est profond, original - au moralisme qui nous mettrait en péril. On sait pas très bien qui est nous, lui ou, justement, nous, les tapins. Mais ce que le père Bruckner n’a pas bien vu, dans sa myopie exercée, c’est qu’il n’y a justement plus aucune position qualifiable de morale en jeu ni en lice ! Et même que c’est un sacré élément du désastre contemporain.

 

Plût au ciel qu’on se battît à coups de vrais principes, de ceux qu’on argumentait avec un St Thomas d’Aquin ou même encore bien plus tard, alors que l’utilitarisme, la courte vue et les cités idéales pondaient déjà leurs œufs d’exploitation et de réduction aux quatre coins de la planète ! Ça serait sanglant, si j’ose dire, mais ça serait intéressant. Un vrai principe à la fois englobe, mais aussi détaille. Il ne se réduit pas à une assertion massive supposée plaire à une majorité peu exigeante. Un vrai principe est, j’ose le dire, discutable par essence. S’il ne l’est pas ce n’est pas un principe, c’est une trique ou une imposture qui se la pète.

(Discutable, évidemment, pas au sens biaisé et disqualifiant qu’on lui donne désormais, précisément parce que l’époque n’est plus du tout à la discussion. Discutable au sens où on peut comprendre, saisir les éléments, les confuter.)

 

Non, là, ce ne sont plus au fond que des calculs qu’on rentre dans la « machine sociale » perçue comme un ordinateur géant. En vue de quelque résultat. Car voilà ce qui stérilise la pensée politique et autre : on ne part plus de rien, ni de réalités, ni de suppositions, ni même de vérités (puisque la vérité n’est plus censée exister). On veut arriver. Arriver au bonheur obligatoire, à un monde sans contradictions, sans risques et sans périls, e autre chabreloches tantôt guerrières, tantôt électorales. Arrivisme général, pourrait-on dire. Et qui est si concentré qu’il fait cliqueter les détecteurs à fond la caisse, qu’on s’approche des prohis, ou des défenseurs du bon vieil ordre sentimentiel des choses – et des gentes. Ce n’est pas « même combat », ça non, c’est clair. Mais c’est même conception du monde. On vise ce qui paraît et est scellé comme incontestablement le bien, on calcule comment, on enfourne tout ça de gré ou de force.

Historiquement, ça donne souvent de tous autres résultats même que ceux escomptés. Mais comme ni les buts ni les moyens ne sont susceptibles d’examen, eh bien on recommence, jusqu’à ce qu’on y arrive, qu’on échoue dramatiquement, ou qu’on passe à une autre urgence.

 

Bref, de tous les côtés, c’est le baiser de la mort qui clapote. Mais nous on est vivantEs, enfin un peu, encore, j’espère. On est réelles. MaintEs clientEs qui n’écrivent pas dans le Nouvel Obs aussi. Je n’hésite pas à le dire, nous sommes une des vérités, patentes et tangibles, dont on a peur désormais de partir. Peur n’est d’ailleurs peut-être pas le mot juste ; je soupçonne de la roublardise, pour tout dire. On sait très bien qu’il y a du vrai et du réel quelque part, mais que ce soit dans l’armada prohi ou bien dans la potentielle armada quoi déjà… mon dieu, comment est-ce qu’y vont se définir ?... ça fait peur… passons ! – eh bien chez les deux, on est bien décidé à nous ignorer superbement. On est de la viande, sensible, on ficherait la machine à calculer en l’air si on entrait dedans. On ne peut plus y entrer que tranfiguréEs en données rachetables, insérables, en futures producteurices de valeur admissible, taxée et tolérable ! Ou en symboles de l’ordre éternel, c’est selon. Mais numériséEs, atomiséEs, comme dans les cauchemars de K.Dick !

 

Eh ben queud’ch, messieurs et mesdames les missionnaires prohi comme les faisans fraîchement reteints « pro-putes ». On ne vous servira pas de chair à canons ni à réformes. On n’entrera ni dans vos raisons, ni dans vos calculs. Précisément peut-être parce qu’ils n’ont rien de moral, d’humain même, et que c’est un vilain mensonge que de les présenter ainsi ! Comme c’est mensonge aussi de dire que les clientEs ou l’exploitation sont les « cibles », alors que c’est notre peau que vous voulez, nous que vous désirez faire disparaître (ou asservir), mais vous osez plus le dire. Et, qui sait, même plus le penser ! Macache. On va continuer à vivre - c’est une demi-morte qui vous le dit, gare ! Et peut-être même on va ramener un élément de réflexion réellement morale, comme un peu d’honnêteté intellectuelle, dans ce monde de brutes !

 

 

Plume, la merle blanche

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines