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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 14:06


 

Nous nous sommes, playmobilEs contemporainEs, tellement simplifiéEs – crainte que le moindre pli dans la serviette ne soit l’entrée aux germes et aux insolubilités – que nous en sommes à pouvoir proférer sans aucune courbature ni entorse morale ce qui eut apparu il y a encore peu comme une énormité odieuse.

 

Ainsi je tempêtais il y a quelques jours à la suite d’une phrase malheureuse issue de quelqu’unE de « mon camp », qui me semblait concentrer l’obsession punitive et nettoyante, en rappelant le vieil adage égalitaire qu’on ne devait pas traiter son adversaire ainsi qu’on n’entendait pas en être traitéE. Surtout quand ce traitement confinait au radical ; ici l’interdiction de parler et potentiellement de penser.

 

Va de soi qu’on est bien mal récompensées de ce genre de souci.

 

Les égalitaires formelLEs et modernes ont été déjà beaucoup plus loin dans la transformation, largement appliquée, des définitions en antiphrases. Et que ces scrupules leur sont étrangers. Alors même que j’écrivais ce rappel, on battait le tambour autour d’une pétition de soutien (1) à la politicarde dont les paroles étaient en jeu et en procès, vous savez, H-ounette. Pour la soutenir, ce qui est somme toute dans les règles. « Contre la censure », ce qui est à la fois honnête et assez vide comme déclaration. Et contre lequel on n’aurait rien à dire si la casserole n’avait désormais une queue, une queue gigantesque qui barre toute issue.

 

En effet, la pléthore d’habituelLEs signataires a apposé sa patoune au bas d’un texte qui demande que pupuce ne soit pas censurée… mais uniquement dans un cas et on peut même dire dans un sens. En clair et en net, qu’elle puisse injurier et calomnier de toutes manières les putes qui refusent de déférer aux convocations de sa machine à réhabiliter, ce qui après tout, ma foi, est pensable. Un monde sans injure et sans possibilité de mentir relève de la tyrannie la mieux intériorisée et la moins dicible.

Mais seulement ça. Et on comprend tout de suite que ces mêmes signataires se préparent avec enthousiasme à appliquer l’énorme retentum de leur déclaration univoque : l’interdiction concomitante de tout ce qui, acte et parole, ira à l’encontre ou même se trouvera simplement en dehors de leur projet prohibitionniste. Quelque chose comme la loi de 71 sur les stupéfiants appliquée aux relations, quoi. Tabac, alcool, antidép et gratuité relationnelle surveillées, institutionnalisées et rationalisées - mais pas interrogées ; prods illégaux et sexe tarifé interdits, prohibés, tout aussi peu interrogés évidemment, avec les aimables conséquences qu’on connaît déjà d’expé. Bienvenue dans un monde de clandestinité clownesque et brutale. 

 

Et dans une histoire sans fin, comme toutes les éradications du Mal - d'ailleurs on sent bien que les prohi ne pourraient bien se porter sans nous. Et qu'ellils songent déjà avec délectation aux décennies de traque et de regrattage des bas-fonds que leur promet la dite clandestinité. 

 

Sans parler de la circularité. Les "sombres complots", depuis les "Sages de Sion" jusques à "l'industrie du sexe", en passant par les "deux cent familles" - avec leurs indispensables "patins" ou "mercenaires" - ont parmi leurs communs dénominateurs d'être le fait de quelques méchantEs, opposéEs par la logique et l'intérêt comme par le nombre à l'océan des gentes de bien. Ce qui en fait ipso facto quelque chose de "moins réel", une espèce de minorité. Et on en arrive dès lors vite à la "minorité persécutrice". Ce chemin d'apparence détournée a été maintes fois suivi dans l'histoire, mais ne semble pas lasser les promeneurEs. Le Mal doit être à la fois (presque) tout puissant et cependant déjà anihilé, comme dans toutes les perspectives religieuses eschatologiques.

 

Encore une fois, je pense qu’on se goure quand on prend les choses « à la matérialiste », une par une, leur conférant ainsi une essence et un indice de bien ou de mal qui les confit dans la glu de l’absolu. Il s’agit ici de principes. Et même de la négation antiphrasique d’un principe qui n’est pas que moral, mais également intellectuel : la nécessité de garder une communauté, une commensurabilité aux choses et aux êtres, en leur accordant a priori une considération semblable et de structure proche.

 

Ben non. TouTEs ces braves croiséEs et missionnaires, ayant perdu jusqu’à la conscience de la réalité de l’autre ou de l’adversaire, ou simplement de ce qui leur échappe, et qui pourtant n’ont qu’égalité et dignité qui leur coulent de la gueule à longueur de discours, ne voient absolument aucun inconvénient à s’asseoir sur un siège que jusqu’alors n’occupaient que des dominations parfaitement cyniques. Lesquelles osaient dire, franchement, ceci seul pourra et même devra être dit, considéré, pensé. Point. Il faut souligner que, dans la plupart des cas, ces régimes n’étaient pas du tout inconscients de la violence faite non seulement aux gentes, mais à la vérité et pour tout dire au réel. Non. D’où le cynisme : je le puis, je le fais, et zut.

 

Mais nos modernes tartuffes n’ont apparemment même plus conscience de ce. Ellils ne tremblent nullement d’incarner un Bien qui lui-même ne craint pas d’être exterminateur. Encore une fois, c’est tout naturel. Ni de proférer donc une antiphrase, une contradiction assumée : la parole libre ne sera que pour elleux. Puisqu’ellils sont le Bien. Logique circulaire. Un monde unique et heureux.

 

Il faut reconnaître, ce n’est pas tout à fait nouveau ; un certain nombre d’églises et de totalitarismes ont déjà bravement sauté par-dessus cette barrière logique. Avec un sac à dos rempli d’attirail idéologique pour ce justifier. Et, depuis que la vérité sort de l’orifice du droit, l’usage s’en est potentiellement répandu. Mais pourtant, il restait quelquefois une sorte de réticence à une telle autoproclamation. Être le Bien, ce n’est pas de tout repos. Il arrivait que cela engendrât des angoisses morales. Il restait une épaisseur, des échappatoires, jusqu’au sein des appareils. Le rêve des institutionnalistes est un monde plat comme une pizza troute sèche, où tout et tout le monde est atteignable jusques en son for intérieur.

 

Comme je l’ai déjà écrit nombre de fois ici, nos adversaires, les nettoyeureuses du social, ne sont pas du tout moralistes. Pas pour un kopeck. Ellils ne savent même plus ce qu’est ou pourrait être une morale. La morale suppose une généralité, une universalité et j’oserais dire une bonne foi qui tranchent désormais absolument sur l’utilitarisme sanitaire et pénal. Pour tout dire, une acceptation d’une raison que l’on ne tord pas ni n’utilise à sa guise, qui s’impose à touTEs, et qui crée par là même l’espace commun de la vie et de la liberté. Avec tous ses avantages, tous ses inconvénients, toutes ses possibilités et toutes ses impossibilités. Une raison qui entre autres suppose un équilibre, quelque chose qu’il y a fort longtemps on appela la justice, avant que les abstractions non reconnues comme telles ne la dévorent et ne se parent de sa peau préalablement tannée.

 

Cette justice voulait que même en guerre, et pour des choses que l’on considère de première importance, on reconnût la réalité des autres. Même si elle ne nous plaisait pas. Mais désormais l’autre n’est plus que le mal, l’irréel, l’intolérable. Ce qui doit être effacé. Les verrous moraux ont sauté avec les limites intellectuelles. Tout est effectivement devenu permis et licite, à commencer par ne plus même se rendre compte qu’on réprime et écrase. On libère. Avec des lois et des bombardiers, des juges et des prisons. On libère surtout l’impensé et les fantasmes, les peurs et les haines.

 

Bon. Je vous cause des principes. Je pense d’ailleurs effectivement qu’ils se tiennent, que nous en ayons nettement conscience ou pas, dans à peu près tous nos choix politiques et moraux, dans nos non-choix aussi, comme des bombes à retardement. Némésis, encore une fois. Mais je ne méconnais en rien l’échelle à laquelle nous agissons à court et moyen terme. Et, là, je ne puis qualifier l’attitude des signataires suscités que de malhonnêteté et surtout d’arrogance. Ces sentiments qu’arborent depuis presque toujours les plus fortEs qui se font mines d’être persécutéEs par le Mal toujours renaissant des bas-fonds et des ciels plombés, et fondent sur cette eschatologie leur propre manie persécutoire. Cette vieille manie historique et fantasmatique, qui se présente les réels irréductibles au « bien commun » comme émanations de l’irréel dominateur et menaçant – faisant ainsi le lit de bien des exactions, et soulageant les scrupules. Ce ne sont pas des vraiEs, ce ne sont que des exhalaisons du Mal, on peut donc tout leur faire.

 

Et c’est alors vrai qu’on se sent flouée et lasse, colère, de se dire qu’on renaude lorsque des imbécilités à visée baillonnantes sont dites – mais qu’on l’a fait au profit de gentes dont le plus grand souhait est justement de nous faire taire, de nous faire disparaître corps et biens, qui n’ont pas le moindre doute ni la moindre limite. La première réaction est « mais qu’ellils crèvent, ces crapules ». On se prend même à rêver que leurs cauchemars soient vrais, ne serait-ce qu’un instant. Mais cela est stupide et ne nous mène qu’au même.

 

La seconde est, résolument, de ne pas leur ressembler, de ne collaborer en rien au monde qu’ellils s’évertuent à mettre en place et couvercle.

 

Les prohi et les institutionnalistes portent la trique, le gourdin, la violence institutionnelle à laquelle elles se sont intégrées, et entendent ne plus hésiter à nous l’écraser sur la figure pour nous faire céder à leur marche vers l’idéal carcéral et panoptique. Nous usons plus volontiers du coup de pied dans le derrière pour les dégager de nos vies. C’est sans doute inégal. Ça swingue. C’est tout de même un drôle de bal, que celui des coups de trique et des pieds au cul. Il y a quelque chose de risible dans ce qui participe pourtant du drame historique et de l’aplatissement généralisé.

 

Circulaire. On n’est pas près de sortir du cirque. Nous n'en formons en fait, avec nos adversaires, qu'une part qu'on pourrait dire anecdotique, au milieu du maelstrom - mais néanmoins assez significative par ce qui s'y joue. 

 

 

 

enterrée vive & la pute antisexe

 

 

(1) http://www.humanite.fr/tribunes/defendons-la-liberte-d’exprimer-des-positions-abolitionnistes-483317

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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