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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 21:01


 

J’ai maintes fois remarqué, et fait remarquer, combien les militantEs en général et mes camarades féministes, lgbt, etc. en particulier, voyaient leur bout de nez irrésistiblement attiré, comme aimanté, par le bout de leurs chaussures, spécifiquement dans les moments où volaient dans l’air des questions qui fâchent, des noms d’oiseaux aussi, voire pire, ou encore quand une d’entre nous (qui ne soit pas une cheffe charismatique bien entendu) était en cours de lynchage dans un coin. C’est absolument splendide à contempler et ça dépasse largement les trois petits singes (il est vrai que, par exemple, ça chuchote ferme dans ces cas-là).

 

Depuis que Bachelot a fait sa sortie et craché sa pastille Valda sur la prohibition du travail sexuel via la pénalisation des clientEs, on entend la mouche voletter avec insistance au plafond de toute la presse « lgbt ». Pas féministe, puisque les néo-féministes éradicatrices s’en frottent les mains, et que les autres se sont pas encore réveillées de leur dernière biture pour protester (là je m’abuse peut-être, mais j’ai encore rien trop vu à l’horizon de couirlande). Mais alors, chez les lgbt, silence total. Ça beugle tant que ça peut après les dernières sorties de Nora Berra, tellement c’est important et fondamental qu’on puisse faire du boudin nous aussi. Mais les putes, euh… Est-ce que ça nous concerne, au fait ?

 

C’est pourquoi j’ai eu l’œil singulièrement attiré par un post, sur un blog lesbien très juste-milieu, qui indique, comme une péripétie, au milieu d’un article, que Roselyne Bachelot, après quelques vacances, irait « rencontrer des prostituées afin de discuter avec elles des effets de la loi de pénalisation des clients sur leur travail au quotidien. » Vi ! Pas moins. J’avoue que je suis surprise ; j’imaginais plutôt que, comme la députée Bousquet récemment, elle allait se frotter le museau avec les prohibitionnistes triomphantes du secteur. Et il n’y a pas de références dans l’article pour vérifier. Mais après tout, pourquoi pas ? Elle nous a aussi habituéEs à un certain éclectisme et des fois même à un courage politique qu’il serait mesquin d’oublier (la tragicomédie du pacs à l’Assemblée).

 

Bon ; en fait ce qui me marque le plus, c’est plutôt comment la nouvelle est présentée. C’est donc la première fois depuis l’autre jour que je vois la question « traitée », si on peut dire, dans un média lgbt. Mais elle l’est « qu’en passant », à peine une phrase entière, puisqu’après on y passe sans transition aucune à des questions d’état-civil. Sans transition et surtout sans commentaire. On sent qu’il y a comme une envie d’en parler, mais qu’on n’ose pas avoir et surtout manifester un avis. Je devine d’ailleurs bien qu’à féministlande, il n’y a certainement pas unanimité. Heureusement d’ailleurs, l’unanimisme est un poison. Mais, comme tout le monde y a peur de son ombre, de celle de sa voisine, et de prendre position, surtout seule, l’unanimisme en question se réfugie dans le mutisme. Dans la contemplation du bout des chaussures.

 

Évidemment, il y a aussi l’aspect « au fond ça ne nous concerne pas vraiment, les histoires de prostitution ». Déjà c’est des histoires de mecs, paraît-il (il y a de plus en plus de clientes mais c’est tabou). Soit y sont clients, soit y sont des deux côtés mais alors c’est les gays (mais la presse gay ne semble pas non plus avoir trop causé de la chose).  De manière générale, ça fait un peu : ces sales trucs ne nous concernent pas, ou si peu ; nous zautes, nous ne vendons ni n’achetons du cul, nous sommes purEs, et surtout nous sommes très inquiètEs d’avoir à prendre parti et de nous fâcher possiblement avec du monde. En tout cas, c’est ce que m’inspire ce silence subit au milieu d’un certain caquetage médiatique. Ça peut aussi correspondre à une réelle volonté actuelle des lgbt de se montrer plus citoyenNEs que nature, de faire absolument tout ce que les gentes normales font (fonder des familles, engendrer, ester en justice et que sais-je encore). Et les gentes normales, comme chacun sait, ne vendent pas de services sexuels ni n’en achètent. Si ce ne sont d’affreux dominateurs pervers (ça aussi c’est qu’au masculin que ça se met), alors c’est que ce sont des frustréEs. Pas d’autre échappatoire dans cette logique à courte vue. Et pas question. On est super fièrEs de nos « orientations sexuelles » et pas frustréEs pour un sou. Donc on se tait et on regarde ailleurs, ou bien le bout de nos chaussures. Que les fliques, les assistantes sociales, les putes et leurs clientEs se fichent sur la gueule – peut-être même que comme ça on nous oubliera un peu et même qu’on nous laissera adopter. C’est bien connu, c’est tout à fait pratique, dans la hiérarchie de la stigmatisation, d’avoir des échelons assez proches mais en dessous de soi, sur qui détourner l’ire et le soupçon.

 

Bien sûr, je ne crois pas un instant que tout cela soit conscient et machiavélique. Malheureusement dirais-je presque parce qu’alors justement on pourrait en causer. Non, ce silence en dit long sur la gêne et l’ignorance volontaire. Le seul aspect conscient, je le répète, c’est que c’est une question qui fâche et qu’en entrant dedans, on va probablement pas être tranquilles.

 

 

Plume

 

PS : l'article qui m'avait attiré l'oeil au milieu du toujours aussi grand silence de la presse lgbt se révèle (voir les commentaires) une facétie ingénieuse. Ma foi. J'ai du perdre ma capacité à l'humour - si tant est que j'en aie jamais eu -  et à discerner les pastiches durant mon long périple à militantlande. Et quant à la vraisemblance, il faut bien le dire, j'ai vu de telles lanternes, pour ne pas dire mensonges, pris pour vrais ou même possibles, que cette recension m'a paru par comparaison infiniment raisonnable. Décidément, ce monde est bien étroit et sans surprises, dès qu'il ne s'agit pas de détruire les gentes ou de distiller la malveillance.

 

N'empêche, j'avoue, Bachelot à un L Beach, j'aurais trouvé ça sympathique. Comme je le laisse entendre, je la crois capable souvent du pire et quelquefois du meilleur.

 

Et quant à la presse lgbt, ben du coup semble-t'il toujours calus assez général. Je pense devoir cependant compter l'allusion dans l'article évoqué comme une mention critique de la pénalisation des clientEs. Bref on peut se dire que le petit ptérodactyle va sortir de sa couveuse arc en ciel, juste y faut un peu de temps.

 

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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