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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 12:06

 

 

Bon, j’ai pas toute ma tête, c’est entendu. Mais le caroussel désormais bien rodé des procès pour infanticides continue. Cette semaine c’est en Savoie. On pourrait presque imaginer des "Grands Jours", comme sous l'Ancien Régime, des commissions judiciaires extraordinaires qui iraient de province en province condamner par fournées les monstres, comme autrefois les sorcières (n'oublions jamais que la grande Chasse aux sorcières, en France, fut le fait des autorités civiles, lesquelles adorent stipuler les valeurs morales - et non d'une "inquisition" qui avait disparu du pays sous Philippe le Bel...) (1)

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/10/18/ouverture-du-proces-d-une-mere-infanticide-en-savoie_1427559_3224.html

 

Bien rodé, en tous cas, tout autant que les procès en sorcellerie ou pour empoisonnement. Il n’y a plus la moindre hésitation dans le traitement journalistique, ni semble-t’il judiciaire. Déni de grossesse, papa savait rien, etc etc. Bien entendu ! Si ce n'était ça ce ne pourrait être que pire, alors... C’est à se dire que bientôt ou pourra mettre en place un « plaider coupable » spécifique. « Combien ? Un, trois, huit ? », allez, hop, tant d’années, vagues circonstances atténuantes, haïssez vous bien, mère infâme, pour le reste de vos jours. Á la suivante !

 

Non mais – on a quand même l’impression qu’on en est là, nan ? Et, comme je le disais déjà, s’organise désormais par derrière tout le contingent de surveillance indispensable. Onan fut frappé pour avoir « laissé tomber sa semence à terre ». Il n’en est guère autrement pour les nanas estourbisseuses de lardons.

 

Il y a perte. Le mot est lâché, comme une sale bestiole puante et malveillante. La perte est l’aspic, le basilic de notre admirable temps. Il ne faut jamais perdre ni se perdre. D’ailleurs, la trique est là, automatique. Comme me dit une vieille copine, il y a quarante ans on se laissait choir, on se relevait souvent. Á présent plus question, la perte est définitive. Et par conséquent ce n’est plus un accident ou même une aventure, c’est un crime. Tu as causé une perte : tu paieras jusqu’à la fin de tes jours, au-delà même de ce que tu peux payer d’ailleurs.

 

Non mais, vous trouvez pas que c’est un cauchemar, ce monde anti-perte, où il faut toujours s’étendre, gagner, au moins se préserver (la fameuse « logique d’assurances ») ; avoir donc, puisqu,à part une minorité on est je ne sais combien sur un gâteau fort réduit, toujours quelqu’unE à qui réclamer, dans ce jeu ignoble où il doit forcément y avoir des perdantEs.

Songez que, dans des procès en infanticide, on a mis en ligne de bataille comme partie civiles des enfants qui auraient été privéEs ( !!!!) de frèretsœeurs ! En fait on cherche partout la perte possible, parce que c’est un facteur d’enrichissement, de croissance, de cannibalisme légal et respecté !

 

Là encore, si on ne veut pas s’enfoncer toujours plus avant dans une épouvantable barbarie, il importerait de rétrograder au plus vite.

 

Sinon… Il y a toujours ces fameux congélateurs. J’avoue, je n’ai pas l’attirail nécessaire à engendrer, je ne vis pas avec mari et enfants, donc je ne suis pas outillée pour comprendre sans doute. Je suppose que beaucoup ont très logiquement choisi l’enterrement dans des lieux tranquilles, et je respire. Mais le congé… Bien sûr, on peut juste admettre, comme une vieille copine, fondatrice du Planning, pas effarouchée par ce qui aujourd’hui fait trembloter sur leurs strapontins les petites arrivistes gestionnaires, et dire dans un éclat de dire « Ben on va acheter des congélateurs… ». Mais je ne suis pas convaincue. Il y a quelque chose qui s’articule à l’angoisse de ce monde et qui m’inquiète.

Les corps conservés. Ça arrive. Je songe à touTEs ces saintEs en vitrine. Depuis des époques où on ne congelait guère, sous nos latitudes.

Je songe à Varlam Chalamov, ce très grand écrivain, qui conserva longtemps dans son frigo, en pleine époque soviétique, le corps de son chat qu’un voisin (qu’il rôtisse en enfer !) avait assassiné.

 

Mais j’ai du mal. J’avoue, pour moi il n’y a que l’enterrement. Et le retour à la poussière. Je tique même devant l’expéditif de l’incinération. Pour ma part je veux fermement être enterrée, dans un petit cimetière de campagne.

 

Enfin, je dévie…

 

Mais j’y reviens. Beh oui, pas progressiste pour un sou et même contre-révolutionnaire, mais plus on s’enfonce dans un monde dont le principe est « tu me dois quelque chose, forcément, et je bouffe conséquemment », plus ce monde sera barbare et cannibale. Échec plus qu’historique. Jeter par-dessus bord, s’il est encore temps et possible, la logique de revendication et d’accroissement. Je ne peux que me répéter – ce dont je n’ai pas tellement honte vu comme les revendicateurices se répètent elleux-mêmes.

 

Et cesser d’emmerder les nanas qui se débarrassent de leurs aliens !

 

 

 

(1) En fait, à ma connaissance, les "Grands Jours" provinciaux n'ont pas servi dans les procès en sorcellerie, instruits par des tribunaux ordinaires, avec quelquefois intervention directe de l'état, comme dans le cas de Loudun. Mais n'empêche, on ne peut se défendre d'imaginer quelque chose de ce genre !

 

 


 

 

 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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