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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 19:49

 

 

 

Ce qui est tout à fait caractéristique des époques cyniques, c’est qu’on peut tout à la fois s’y montrer pertinentE, ou en tous cas raisonnable, et parfaitement puantE. Ainsi de l’espèce de brain-trust socialo l’Assaut, qui publie sur son site un article somme toute pas à proprement dire idiot contre la prohibition du travail sexuel. Ce qui eut pu donc faire. Comme toujours, le diable est dans les raisons, et même plus particulièrement dans une espèce de traitement volontairement « agnostique » de ces raisons. Ainsi, il y est tout à fait reconnu, ce qui est tout de même une performance pour des sauvereuses de l’économie, que le travail est en lui-même une vérole inguérissable, un fléau qui nous dévore. Ce avec quoi je ne saurais être trop en accord.


Mais le raisonnement et la conclusion sont que, évidemment, on ne saurait pour autant remettre en cause l’économie, le progrès, le social, le travail et tout ce genre de choses, dussions nous en crever. Et qu’il faut aménager la crevaison. Qu’est-ce qu’il ne faut d’ailleurs pas aménager de nos jours ?! Bref, notre boulot, de service sexuel, qui avait déjà tout de même bien des racines profondes dans l’ordre des choses, se voit propulsé au rang de compensation pour l’invivabilité moderne.


Même si l’expression « plus vieux métier du monde », propagée par des acéphales, n’a évidemment aucune sorte de fondement ni de justification, si ce n’est peut-être de suggérer, ce qui reste à prouver, que l’économie relationnelle aurait précédé toute autre forme d’, il faut bien reconnaître que nous étions là bien avant que le travail ne s’empare de la totalité de la vie et de la médiation sociale (1). De même que la plupart des autres métiers, on ne le soulignera jamais assez. Il ne devait manquer à l’appel guère que les manageurEs, les hôteSSEs de vente, les psys et les assistantEs sociaLEs. Et quelques autres j’en conviens, cependant que les sabotieREs ont disparu, et que les sorcieREs ont bien du mal à se maintenir.


Conséquemment nous ne fûmes pas crééEs et misES au monde juste pour panser les épouvantables blessures causées à chacunE et à touTEs par le capitalisme. Peut-être même étions nous là bien avant que l’on n’eut défini biens et relations comme des besoins (2). Quelque chose qui doit infailliblement être comblé et à n’importe quel prix si jamais il vient à faire défaut – sans quoi la dignité du/de la citoyenNE/consommateurice est mise en cause, ce qui ne doit pas arriver dans la théocratie démocrate, même en voie de délitement.


Je ne sais pas quand et comment on est apparuEs. Et je ne crois guère aux fables de toutes tendances qui prétendent écrire l’histoire d’une époque sur laquelle nous n’avons pas de témoignage, que ce soient les cro-magnons mâles des livres de mon enfance tirant amoureusement leur compagne paisible par les cheveux (pas encore de roulettes), ou le bienfaisant matriarcat originel dont on se demande bien pourquoi on l’aurait quitté. Méfions nous de ces originelles origines, auxquelles nous faisons dire nos rêves, ou le présent maquillé. J’ai tendance à penser que c’est tout de même relativement tardif, bref qu’il faut déjà une forme d’économie et une pensée d’équivalence pour en arriver au travail et au service, même si ce n’est pas aux sens modernes de la chose. Ou bien à quelque office. Á voir.


Mais, bref, pour en revenir aux argousinEs de l’Assaut, donc, c’est une nouvelle illustration de l’idéologie d’un « moindre mal » qui n’a pas grand’chose de moindre, en fait. Le saccage matériel et humain généralisé, ellils en sont modérément tristes, peu traumatiséEs, et ne se posent même pas la question d’en sortir, même il faut que cela soit. On ne sait même plus pourquoi mais c’est ainsi. Tiens, ben on va en plus aligner les putes pour adoucir les derniers moments de l’humanité. De l'animal laborans. Et de suggérer, par la suite, que nous devrions être étatiséEs, fonctionnariséEs à la limite. Merci bien ! Manquait plus que ça. 


Nous voilà avec une nouvelle tâche socio-historique à assumer – tartiner de vaseline le naufrage économique et travailleur. Une telle perspective a évidemment quelque chose de surréaliste, mais puisque les nettoyeurEs du social ne reculent devant aucune extrémité, je ne vois pas pourquoi les aménageurEs du désastre seraient plus circonspectEs qu’elleux. Ellils sont de la même branche : the show must go on ! Et on nous y réserve rôle et image. Ben non. Nous on fait juste le tapin. Vos angoisses et vos espérances, rien à branler. On fait bien dans le rabibochage moral à l’individuel, mais pas dans le renflouage des mégalomanies collectives.


Évidemment, je ne vais pas faire semblant d’ignorer que la doctrine libérale à notre sujet nous assigne quelque chose d’assez semblable : le repos du guerrier. Ce qu’elle assigne d’ailleurs tout uniment aussi aux conjointes gratuites et énamourées ! Je n’ai pas une grande opinion du désir, je l’ai déjà dit bien des fois, mais avec la modernité nous sommes passéEs de quelque chose que ce mot pouvait recouvrir à la réfection de la force de travail en capilotade – ce qui est rouler de quelques étages dans l’escalier. Avec la conception développée par l’Assaut, on en est carrément à l’infirmerie. Et ce, je le souligne encore, en toute conscience, et en ce qu’on pourrait appeler franchise si ce n’était pas ce cynisme qui préside aux effusions contemporaines.


Non mais vraiment – ce que cela démontre, et une fois de plus, c’est que ni celleux qui pétitionnent notre extinction pour le bien d’une humanité de plus en plus problématique, ni celleux qui nous « soutiennent » à un titre ou à un autre, n’ont la moindre idée de ce que nous sommes ni de ce que nous représentons, très platement. Sans même parler de ce que nous vivons et de ce que nous pouvons vouloir. Leur seul souci est de nous instrumentaliser pour remplir leurs divers fantasmes sociaux, en général tout aussi cauchemaresques les uns que les autres. Quand ce n’est pas juste pour se donner le frisson de la « transgression » comme quelques univs ou cultureuXses (« J’ai bouffé avec toute une tablée de putes, pardon de TS ; incroyablement enrichissant»).

Ça leur trouerait le cul, et ça décevrait infiniment leurs attentes, que simplement des gentes existent, soient ce qu’ellils sont et se démerdent comme ellils l’entendent, n’aient aucun besoin de leurs bons offices, dans ce capharnaüm dont aucune de ces bonnes âmes ne prétend d’ailleurs réellement sortir. Sans parler que si on causait d’en sortir, c’est à la première personne qu’il faudrait commencer, émancipatrice, pour aller vers le commun, et non pas l’inverse, qui a toujours fourni catastrophes et tyrannies, odieuses autant que loufoques.

 

 

 

La pute antisociale - et irrecrutable

 

 

Le truc en question :

 

« Plus encore, l’enquête SUMER montre que la pression psychologique liée au travail, entraînant des pathologies de plus en plus graves (dépression, épuisement,…), a augmenté pour tous les travailleurs. Le phénomène de job strain (forte demande psychologique combinée à une faible latitude décisionnelle et à un soutien social défaillant) touche d’ailleurs plus les femmes (28,2%) que les hommes (19,4%). Aussi la souffrance psychologique ou émotionnelle associée par les abolitionnistes à l’activité de prostitution existe en fait de façon très significative, et pour un nombre beaucoup plus important de personnes, dans des secteurs traditionnels du travail. Quotidiennement, des milliers de Françaises se font « violence » pour accomplir leur travail, activité globalement peu plébiscitée et non créatrice de plaisir de toute façon (selon une enquête sérieuse de l’INSEE[5]), sans que ce phénomène ne provoque pour autant de mobilisation massive du gouvernement pour « sortir » les femmes du travail.
Pour comprendre ce qui conduit les « abolitionnistes » à condamner la prostitution mais à tolérer les emplois d’ouvrières se relayant sur des chaînes de production de nuit, les emplois d’aides-soignantes qui nettoient les excréments de personnes âgées démentes, les emplois de femmes de ménage qui vident les poubelles des grandes entreprises entre 4h et 7h du matin, les emplois d’hôtesses d’accueil qui forment la profession la plus exposée aux agressions physiques au quotidien, il faut bien sûr faire un détour par le mythe de la « dignité » féminine fondée sur la rareté sélective de ses relations sexuelles, accomplies dans le cadre théorique de la pure gratuité.
Que la gauche du centre s’épuise à séduire des médias n’ayant de moderne que le port du jean de ses journalistes par la prohibition de la prostitution la dispense de s’occuper des conditions de travail des ouvriers… Mais on sait, depuis les derniers rapports de Terra Nova ou les déclarations des grands candidats aux primaires socialistes, que, de toute façon, d’autres partis moins fréquentables les recueilleront.
Conclusion et propositions
Que faut-il en conclure ? Qu’encore une fois, l’Etat, comme toujours depuis trente ans, n’est capable, devant un problème qui se révèle, que de réprimer, de morigéner, d’externaliser, bref, de désespérer. Notre société ultra compétitive, individualiste et matérialiste ne peut aboutir, par la production de modèles et de standards conditionnants, qu’à des insatisfactions, des frustrations, dont la solution ne peut être tentée que par la névrose, la liberté ou l’aventure. La prostitution, comme le sport, l’art ou le travail, est une chose potentiellement dangereuse qui requiert l’organisation apaisée et confortable de son exercice. Abolie, ou refoulée, elle ne disparaîtra bien sûr pas, mais créera dans sa catacombe les conditions mafieuses de sa survie. Saint-Louis avait bien tenté en 1254 une abolition totale ; elle dura peu, et Paris revit bien vite quelques rues consacrées aux licences commerciales.
Il ne faut pas qu’autoriser la prostitution, il faut l’organiser, et pourquoi pas la nationaliser. »


http://www.lassaut.org/index.php?option=com_content&view=article&id=241:contre-linterdiction-de-la-prostitution&catid=46:alassautdelamiseresexuelle&Itemid=56



(1)Lire à ce sujet l’excellent « Temps, travail et domination sociale », de M. Postone.

(2)Là, c’est à Illich que je vous adresse.

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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