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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 08:31


 

La petite murène, ou ce qu’il en reste, n’a pas montré grande velléité de causer au sujet de ce qui fait glapir toute la scène depuis pas mal de semaines, vous savez, ce vrp international qui n’a su se retenir, et s’est jeté, on pourrait dire répandu, sur une prestataire de service (puisque c’est comme ça qu’on dit, en notre charmante époque où jusqu’aux esclaves sont désormais des « collaborateurices », sur le papier glacé des contrats et des pubs).

 

Déjà parce qu’elle est ratatinée intellectuellement par le malheur et le plus de maison, qu’elle pourrit dans un trou sombre sans intimité aucune et que ça ne favorise pas la réflexion.

Mais aussi et sans doute surtout à cause de la densité exceptionnelle du déversement de bêtise comme de gerbativité qui s’est produit, et continue de geysérer. Ah ça fait longtemps qu’on n’avait pas eu d’aussi intenses  jaillissements, bitards et autres têtards masculinistes de tous ordres contre adorateurices du judiciaire, du contrôle social, de la prison et de toutes ces belles choses qui nous font, quoi au fait ? citoyenNEs ? Merci bien…. Ignominies graveleuses et antiféminisme punais d’un côté versus désert critique et bien-pensance quelquefois épaisse de l’autre. Philosophie du ressentiment partout.

Tout ça sous le haut patronage du cannibalisme juridique – lequel semble d’ailleurs sur le point d’ôter à la nana, pour des raisons très contestables – comme toutes les raisons de droit - , ce qu’on pensait qu’il lui allait octroyer. Cependant, on reste bien loin de se poser des questions sur le bien fondé de livrer avec entrain la dissolution du sexisme à ce genre de mécanismes… L’État c’est nous ! Youpi…

 

Les réacs ou les juristes ; quel choix !

 

Ça donne vraiment pas envie. Envie de s’engager sous aucune des bannières, de signer aucune des pétitions, ça instillait plutôt un découragement encore plus grand devant l’absence de réflexion et les suivismes.

 

On aurait pu dire qu’un si médiatique barouf aurait pu entraîner quelque avancée dans la remise en cause de l’ordre patriarcal et relationnel. Bon, en général ce qui est médiatique ne s’y prête guère. Mais qui sait. Ben non. On s’est juste resservi les plats, indéfiniment réchauffés et racornis.

 

Personne, par exemple, n’aurait songé un instant à discuter, en cette milliardième occasion, la base, la base sacrée, incontournable, l’idéal de la planète-baisodrome, l’usine de « plaisir et désir ». C’est même l’inverse qui s’est produit, tout le monde a fait assaut de révérence et d’offres de service ou d’amélioration.

 

Ce point là est tout aussi aveugle que l’est la possible critique de l’économie et du travail pour Christine Lagarde autant que pour les théoricienNEs d’Attac ou la nouvelle gauche moisie.

 

Et vous savez que ce n’est pas par hasard que je fais la comparaison : je reste persuadée que les deux obéissent à une logique similaire : toujours plus, et tu n’existes qu’à condition de produire et de jouir.

 

Voilà cependant que l’on entre, après quelques semaines où il n’était question en gros que de savoir comment on allait découper le puant bonhomme, ou bien au contraire porter aux nues de la « culture relationnelle » son « lutinage » (on en a lu ainsi des épouvantables !), que l’on entre donc dans la « phase philosophique ». Où les habituelLEs vrp, celleux de la sociologie et du genre cette fois, commencent à nous servir leur rata décongelé en petites barquettes.

 

Et bien sûr à se fiche sur la gueule, en s’accusant mutuellement d’être les « alliéEs objectiFves du grand patriarcat », pour reprendre encore une fois ce schéma qui fit tant florès en d’autres temps et lieux, avec de si jolies conséquences. « Quand une question se pose, cherchons des coupables ». Pas nouveau.

 

Enfin bref, passe d’armes ces derniers jours entre Irène Théry, ou encore Marcela Iacub, pas moins, et quelques autres, dont l’inoxydable Fassin, lequel présente un paradoxal intérêt, parce qu’il incarne tellement le ventre mou du consensus citoyen qu’il suffit de le lire pour en être informéE – à défaut d’en devenir plus intelligentE. La fréquentation de ce genre de procès, au double sens du terme, stimule au contraire les glandes de l’abrutissement.

 

Je ne rappelle déjà plus ce qu’a pu proférer Iacub, qui s’est immédiatement vue accuser d’être pro-viol. Rien de moins. Je suppose qu’elle nous avait encore fait un numéro pro-sexe ou quelque chose comme ça. Ou bien peut-être au contraire qu’elle avait été trop complexe. Très mal vu en ce genre d’occasions, il faut être nette, identifiable facilement et sans bavure. Et pas seule, surtout. Sans quoi on se fait aligner par provision, des fois que.

 

Théry, elle, nous cause de séduction. Bon, alors là, c’est sûr, la petite murène a envie de ceindre une ceinture explosive. Séduction. Stimuler l’avidité. L’imposer par contrainte sociale et grégarité. De copuler et autres babioles. Et de bien le montrer en général. C’est fou comme bien des choses ramènent à cette vieille définition du pouvoir : « être en puissance de ce qu’autrui ait envie de ce que vous désirez ». On ne définirait guère mieux la séduction, cette fonction apparemment tout à fait nécessaire à notre bonne santé. Si seulement on parlait aussi d’autres choses que le cul. Mais on sent bien que tout le reste, la libido intellectuelle, etc etc., si on leur consent une existence, ne sont là que pour mener au lit ! Hiérarchie oblige. Encore une fois, le travail et le cul divinités diadoques de la modernité. Et la séduction, qu’on a autrefois été assez sages pour l’assimiler à l’arnaque et à l’abus, comme vecteur de la seconde. Merci pour le féminisme que ça peut donner.

 

Quant à Fassin, si vous croyez qu’il va enfin se mettre à décortiquer l’injonction à la baise et à la production de plaisir… Il faudrait qu’il fût tombé sur la tête. Nenni, nenni. Lui c’est la vulgate du « c’est très classe la séduc, mais il faut que tout le monde y participe égalitairement ».

Comme il semble à cinquante lieues de soupçonner que ce qu’il appelle bénignement « normes », ou « domination sociale », ne sont pas que cela, mais une valeur, écrasante et inexpugnable, que nous nous imposons, il est à la même distance de se rendre compte que si valeur, ruée sociale il y a, cette égalité est d’emblée inimaginable dans ce cadre. Ce genre d’abstraction réelle ne vit au contraire que du différentiel, de l’inégalité de réalisation, et de l’écrabouillement des unes par les autres. Et que même si par une espèce de miracle elle se voyait réalisée, ce pourrait être une espèce d’enfer aussi. Par l’omniprésence de l’injonction existentielle.

En fait – il semble à cinquante lieues de. Le pire, c’est que je crois qu’il ne l’est pas. Pas plus que bien d’autres. Je ne crois guère à la bêtise de mes contemporainEs. Mais je crois à leur opportunisme et à leur paresse intellectuelle.

 

C’est ainsi que Fassin nous cause, dans le Monde, avec une espèce d’élégance lourdingue, du « sujet de désir » qui doit évidemment être actif, etc etc. Bref participer à fond au grand baroud de production de relation et de plaisir. Pas un instant on ne serait autoriséE à soupçonner que tout ce mouvement puisse être remis en cause. Là encore, pas plus que l’économie et la production de valeur, sur lequel il semble fort que la relation ait été alignée depuis quelques siècles. Reprenant les bons vieux outils du patriarcat, que nous sommes sur le point de délivrer de la domination masculine… pour faire en sorte que tout le monde se les applique, égalitairement ! Comme tout le monde s’est appliqué la raison économique et l’égalité citoyenne, avec les magnifiques résultats que l’on sait et endure.

 

« Sujet de plaisir », « objet de désir », ou l’inverse… C’est quand même effarant que ce qu’un Fassin, ainsi que tant d’autres, dont Dorlin, qui manquait à l’appel et vient d’entrer en lice sur Médiapart, nous présentent comme la porte de la félicité sociale, ressemble à l’entrée d’un grand magasin, genre ikea – un magasin de constructions. Où tout le monde consomme, virevolte, occupe pleinement son rôle de producteurice-consommateurice. Le seul souci qui reste est que tout le monde le fasse au même statut, post-humain, porteurE de valeur, sujet de droit, dans les mêmes règles et avec consentement général.

Le consentement – une des plus vastes blagues dans lesquelles nous nous baignons ; le consentement, que ce soit à la baise ou au travail, dans un monde entièrement bâti sur leur injonction, leur valorisation et le chantage à l’existence conjoint… Quel consentement ?! Il n’y a pas de consentement possible dans de pareils carcans. On ne fait que céder, comme disait la mère Matthieu, ou devancer l’appel…

Il est trop shunt, Fassin – mais il ne fait que dire et répéter la seule « alternative » qui est désormais proposée au vieux patriarcat : une séduction féministe. Oh ça n’a déjà plus rien de nouveau, on me l’a déjà jouée. Vous trouvez ça épatant ? Moi je trouve que c’est de l’humour noir. La réappropriation du pire. Le repeignage en rose, en mauve, en rainbow, de la contrainte à la relation, mutualisée.

Et pour gérer tout ce bordel ? Mais la négociation, voyons !

Ben oui, la négociation, c’est effectivement tout ce qui reste quand on n’a pas le choix, quand pour être reconnue humaine, pour avoir quelque « vie sociale », il se faut soumettre à la séduisante contrainte engendrée par touTEs, via le relationnisme impérieux. Quand on ne peut plus déserter, refuser, vivre autrement, sans se mettre très en danger. Exactement comme pour le boulot. Pas le choix. La négociation, entre « sujets relationnels », desquels Fassin n’essaie même pas de nier que le pouvoir, cet adorable pouvoir, sera l’unique argument. Reste à rêver de ce « pouvoir égal » qui n’existera évidemment jamais, et dont on ne pourrait se prémunir qu’en sabotant ses modes d’actions sociaux, dont les injonctions à relationner font partie. Mais le cynisme souriant du sociologue ne nous laisse même pas ignorer qu’il ne prévoit, au mieux, qu’une sorte d’éternelle valse des contraintes réciproques, toujours indexées sur la même obligation, que personne ne peut contrôler, puisque tout le monde l’incarne.

Cela nous donne un monde de partenaires, terme aussi cynique que l’est celui de collaborateurice pour les essoréEs du boulot. Et qui masque tout autant que la prétendue égalité est en fait rapport de contrainte pure.

Négocier un très hypothétique « moins pire » (les optimistes de la croissance appellent ça « gagnantE-gagnantE ») - qui sera lui-même toujours remis en cause sous la pression des « nécessités », cela va sans dire. Mais on renégociera. Et encore et encore.

Une vie de négociations, comme c’est tripant ! Une humanité de négociantEs. Wah ! Ça c’est de la communauté humaine ou je ne m’y connais pas… Mais ce qui reste effrayant, c’est que la critique féministe se réduisent désormais à une fuite en avant dans un présent toujours moins contesté sur le fond. Comme la critique économique se réduit à rendre « durable » le crash général.

 

L’éventualité que tout ça relève d’une utopie productiviste impossible autant que néfaste n’effleure pas un instant la couenne morale de celleux innombrables pour qui la résolution des questions sociales, la compréhension de la faillite des modèles que nous nous imposons, se résument à une recherche de coupables et de dominantEs malintentionnéEs. Que le rapport social lui-même, l’idéal collectif, soit vicié, à bloquer et revoir, bref que nous soyons acteurices du désastre, que nous y poussions aussi, alors ça… Non, non, jamais !

Le complotisme, l’explication de l’état du monde par la domination des mauvais, est probablement le principal obstacle, ou plutôt le principal dérivatif actuel à une critique sociale conséquente, ainsi qu’un gouffre où se perdent toutes les énergies. Et le néo-essentialisme des « rapports de domination intériorisés », nouvelles natures sociales, n’a fait que le creuser.

De même, ici, une fois les bitards éradiqués, muselés, androcurisés, la piscine ne serait plus gluante, plus dangereuse, plus opaque ; tout le monde s’y ébattrait dans la joie, le respect, la bonne humeur, les identités et le consentement. Oh, ça, je ne regretterai pas le masculinisme ni hétérolande – mais si on ne les élimine que pour faire la même chose, réaliser le même rêve, en encore plus grand, en encore plus mieux, c'est-à-dire un cauchemar où l’on n’existe qu’à condition d’être reconnuE producteurice et occasion, réservoir, de plaisir, je crois qu’y a comme un problème…

 

Ce « problème » qu’occulte un tapage incessant sur les modalités, supposées imparfaites alors que c’est exactement ce à quoi on se peut attendre avec ce genre d’idéal. Ça ne remet pas en cause les schémas de la domination, ni de l’aliénation, ça les rend intégrés à tout le monde. La liberté c’est l’égalité dans la course vers l’abîme. C’est qu’on en a fait du chemin depuis Orwell.

 

On se retrouve à n’essayer de sortir de la naturalisation du besoin, ce qui est certainement une bonne chose, que pour la réintroduire dans la nécessité sociale du désir. Et à devoir courir partout avec la trique et la lance d’incendie pour tenter, bien vainement, d’éviter que ce désir obligatoire ne provoque toujours plus de violence. Cela constitue désormais tout un pan de la barbarisation d’un capitalisme économique et relationnel qui ne peut que s’exciter toujours plus. Et finit par libérer encore mieux les antiques structures de pouvoir les plus destructrices et oppressives, contre lesquelles on essayait quand même de se battre.

 

Relationnons, soyons « sujets et objets » de « plaisir et de daisir », soyons le toujours plus intensément, combattons les vilaines critiques qui y voient le moindre embarras, la moindre contradiction, voudraient que nous portions au-delà, et le paradis nous est ouvert.

 

Ou bien la fosse commune. Où on négociera entre ossements épars. Là on aura quelque chance au moins d’être vraiment déconstruitEs !

 

 

Pour une critique de la valeur-relation et de la valeur-sexualités.

La petite murène en décomposition, qui laisse volontiers la susdite à qui la voudra creuser. Pas de droits de succession. L’affaire, quoi !

 

 

PS : et qui lit sur le toujours très bien-pensant Rue89 un article « autobio » assez représentatif des statuts totalisants et indépassables que revêtent désormais conjointement travail et relation. Un parmi tant d’autres sans doute mais très typé : http://eco.rue89.com/2011/06/30/novalie-a-retrouve-un-peu-de-boulot-mais-pas-de-mec-211584

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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