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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 09:33

 

 

 

Même si vous n’allez pas me croire, je fais le plus souvent le dos rond vis-à-vis de la haine envers les nanas transses et de ses multiples expressions. J’appelle à laisser les qui la cultivent s’exciter en famille, quand il s’agit de ledoaréries, et à déserter les bacs à sable communautaires où elles s’ébattent. Et bien des fois je fais comme toutes les minoritaires, je la ferme. Mais comment la fermer quand les cis du voisinage vous agressent à domicile ? Ou bien quand sortent des chansons qui surfent sur le bon vieux référent politique réac voire préfasciste des « minorités tyranniques », comme celle d’une artiste « politiquement incorrecte et réaliste » se faisant appeler du nom de scène de GiedRé, et qui ressemble à une foultitude d'autres ?

 

« Politiquement incorrect », c’est très simple, n’allez pas chercher la moindre originalité ni encore moins de réflexion critique ; ça consiste tout à l’inverse à taper sur les minorités les plus vulnérables, en agitant les ressentis pourris et incontournables, naturels quoi, des majorités qui se cherchent des amusements et des souffre-douleur. Quant à la « chanson réaliste », hélas, pareil, historiquement c’est de la chanson réactionnaire, au prétexte de la « description » de comment fonctionne le social et de ses brutalités. Même quand la chanson réaliste ne fut pas ouvertement de droite, elle était d’une gauche qui s’appuyait là encore sur les bonnes vieilles évidences, notamment une misogynie sans faille et un idéal centré sur les intérêts masculins. En gros, incorrect, réaliste, non-conformiste aussi j’en oubliais dans la panoplie, c’est format Zemmour. C’est la haine réaque, conservatrice, ressentimenteuse et décomplexée.

 

La chanson en question est particulièrement épouvantable. J’avoue, je n’ai pas pu faire le dos rond en lisant le texte. Ça m’a fait mal au ventre. En plus je sortais d’une nuit où les traumas de violences subies, pendant des années, de la part de personnes et dans un milieu se disant féministes et « pro-t’s », étaient brutalement ressortis. Et en buvant mon robusta je lis tout simplement le texte d’une chanson visant à faire rire populairement, mettant en scène une transse, travailleuse du sexe, évidemment étrangère, déjà (et hop la xénophobie, le racisme !) qui viole un mec (un client), et qu’on tue comme une mauvaise bête. Et comme ça tout finit pour le mieux dans le meilleur des mondes – c’est même là je pense l’important, il est dans la chute : quand on a tué une transse, avec un bon prétexte évidemment, sans prétextes on ne ferait jamais rien, eh bien on se sent mieux et la terre tourne un tantinet plus rond, l’axe graissé de nos tripes. Le soleil se lève à l’heure et on peut aller au travail la tête haute en regardant sa petite famille, son monospace et son lotissement. Eh oui. Ça fait partie d’un bagage partagé avec une joyeuse complicité entre les fachos, les mecs en général, la société cisse en encore plus général et d’aucunes qui ne se croient ni des uns ni des autres : les transses ont pour coutume de violer, c’est bien connu. Et surtout les transses sont une anomalie à exterminer. La chanson affirme qu’elle est à donf’ de testo – ce qui fait marrer quand on sait ce qu’on avale ; mais qui va sans doute beaucoup moins faire marrer nos camarades m-t’s, en tous cas s’ils ont l’honnêteté de gueuler aussi en cette occasion. Apparemment ce n’est pas le cas, grand silence encore une fois à m-tpglande quand il s’agit de saloperies au sujet de nanas transses. C’est une habitude prise. On voit en tout cas où s’arrête réellement la « communauté ».

 

Les transses violent donc. Ça soulage tout le monde ; on peut oublier finalement nos petits amis hétérocis et leurs frustrations. On peut aussi oublier toute tentative critique vis-à-vis de la sexualité comme norme injonction et de ses prétendus « dérapages ». La sexualité c’est la contrainte et l’abus institutionnalisés, mais on ne peut pas le dire, non plus que l’économie c’est l’exploitation, la politique c’est la domination, l’appropriation c’est l’extorsion. Ça foutrait tout le commerce en l’air. Pas question. Il faut donc une réserve d’anormalité où investir un rapport de domination déclaré déviance de la nécessairement bonne naturalité sociale. Les transses violent. Génial. On a trouvé coupable. Et dans un mode où la recherche de coupables prime de loin sur les velléités de critique et de transformation, je vous dis pas la jouissance partagée. Enfin, coupables oui, mais surtout à pas cher socialement et relationnellement. Là encore, les copains et les copines, papa et le cousin, ce serait trop dommage. Mais le monstre de service, c’est trop beau, c’est noël, coupable idéale qui ne coûte rien à personne, comme les autres déchets de la concurrence sociale.

 

Le mensonge est déjà, en lui-même, énorme. Les transses sont probablement parmi les plus insécurisées envers la norme de sexualité et l’initiative des rapports qui vont avec. Mais il est vrai qu’il en est beaucoup qui, même le sachant bien, n’éprouvent guère de gêne à dire le contraire, et à faire avaler leur haine transsephobe en répandant ce type de calomnies et d’appels au meurtre. Les transses violent, c’est leur spécificité, elles ne sont même transses que pour ça – manipulation qui rassemble et raccommode la droite, vieille et jeune, et les militantes qui se croient radicales à frais raisonnables d’investir leur détestation dans les plus marginalisées. Et par conséquent, il faut les tuer. J’avoue, je n’ai pas lu depuis longtemps une charge aussi nette, qui appelle si ouvertement au meurtre de masse envers nozigues. Ça n’a pas l’air d’ennuyer grand’monde, ce qui ne m’étonne guère. Déjà un type comme Orelsan, ce n’était pas très facile ni bienvenu, je me rappelle, de mettre en exergue ce qu’il promouvait comme rapports sociaux désirables. Mais là, des transses, même les qui bougeaient un peu alors restent coites et au chaud. Puisque nos représentantes autoproclamées ont été causer avec l’individue, on aurait tort de s’en faire. Ça pue. Ça pue très fort la lâcheté, la compromission, comme d’hab. Et cette tolérance à la puanteur ne sauvera personne.

 

Le fond, j’y reviens, est celui qui en période de crise permet de justifier le report de la crainte et de la haine sur les plus faibles. Il suffit de décréter qu’en réalité ces personnes et ces groupes sociaux dominent le monde, sourdement, nuitamment ; maltraitent et terrorisent les malheureuses majorités saines et désarmées, trop gentilles quoi. Ce schéma, qui exonère admirablement de toute critique politique systémique, a déjà maintes fois donné toute sa mesure. On l’avait déjà vu il y a quelques années à notre sujet avec la Terreur trans ; mais c’était encore exotique, distancié quoi ; là ça y est, c’est ici. On commence par rigoler, puis on passe aux menaces, enfin on extermine. Les cosmopolites, les parasites, les voleurs de cuivre et autres cancrelats. Alors les transses qui violent, ça va être pain bénit. Marteaux, couteaux, quoi encore, comme je l’avais écrit après un de ces assassinats, l’an dernier, la panoplie est chez brico. Tout le monde doit pouvoir tuer sa transse.

 

Parce que nous sommes une des nouvelles cibles consensuelles. Consensuelles parce que personne ne s’identifiera à nous, et donc ne nous défendra, encore moins se fera nôtre. Les réactions à cispédégouinelande à ce sujet on été éloquentes : rôh, c’est de la rigolade. On vous en souhaite de la comme ça, de la rigolade, quand elle vous talonnera dans les rues, à votre tour. On ne veut pas être transse, on ne veut pas non plus être du côté féminin du monde. Il y a presse pour être de l’autre, celui des biens nés et des biens devenus, celui de la domination celui où on croit qu’on sera épargné – mais la domination marche par élimination, même si elle fait sa pub sur l’assimilation et l’agrégation. Concours permanent, et concours suppose perdants.

 

Nous sommes de plus en plus nombreuses. Ce n’est ni un hasard, ni anodin. Je ne crois pas un instant que ce soit là une naturalité de plus ou je ne sais quelle histoire de genre inexplicable ; je pense très clairement à un sourd mouvement social qui tend à renverser la passion masculiniste qui prévaut. Les thèses fixistes « on est ce qu’on naît » et autres inexplicabilités que nous croyons bien vainement nous protéger me semblent complètement fuyantes, à côté de la plaque, dépolitisantes et déproblématisantes. Mais le ressenti social majoritaire, lui, ne s’en laisse pas conter ; il est aux aguets. Il a perçu un vide, une fuite, une perte. Et il se rue pour la boucher. Oui, nous constituons quand même un danger pour l’ordre sexualisant et masculinisant. Je dis quand même pasque nous rasons les murs et faisons tout, pensons en tout pour ne pas l’être, pour nous insérer dedans. Mais voilà, les ruses de l’histoire sociale font qu’on est déjà quelquefois où l’on ne croyait, voire ne voulait pas être du tout. Nous sommes d’autant plus au-delà d’où nous pensons être que nous avons résolument refusé de nous penser nous-mêmes.

Des nanas transses, dans un monde transi par la perte autophage de lui-même et qui se réfugie dans le rassemblement au sein des valeurs masculines, c’est une provocation. Choisir d’être des femmes, alors que la conjoncture générale est au contraire à remercier dieu, la nature, l’organisation sociale, de ne pas ou de ne plus en être une, ça pue. Il faut bien voir dès lors que notre persécution est une des conditions en action de la perpétuation d’un ordre social, relationnel, économique, hétérobio, mais aussi qu’abondent jusques à nos prétendues camarades « de genre », m-tpg, queer et compagnie. Nous payons pour que leur petite vie puisse continuer encore un peu, en valorisation marginale calquée d’hétérobiolande. Les bonnes intentions des unes ni des autres n’y changent rien. Un peu de réflexion matérialiste ne ferait pas de mal, à la place de la tranquillité essentialiste de statut « on est différentes, on ne peut donc pas participer identiquement de ce mécanisme ». Tu parles charles !

 

Le personnage social et fantasmatique de la transse brésilienne non op’ qui tapine à Boulogne est déjà un must de la haine sociale et du rire meurtrier qui l’accompagne. On en a eu de récents exemples appuyés. On en aura d’autres. Évidemment, se passe, je l’ai souligné plusieurs fois, ce qui se passe toujours dans des minorités qui voudraient bien passer, rester invisibles, se faire toutes petites : les plus cleanes ou qui se le croient lâchent celles qui sont censées l’être moins, faisant ainsi elles-mêmes une part déjà du travail d’élimination, qui tout aussi évidemment se terminera sur leurs personnes même ! Là encore, l’histoire est sans appel. C’est toujours ainsi que cela se passe. Car le but de ce genre de haine collective, populaire, est de détruire et de tuer (en en jouissant si possible, assez souvent).

 

Nous nous trouvons en pleine croissance du défoulage sur nos gueules. Je veux dire que les rires gras, les appels au meurtre, les calomnies, la rediscrimination, les « retours aux fondamentaux » (quand même, les transses, elles abusent…), la « réappropriation du masculin », ont un effet immédiat. Le plus pathétique étant quand ça vient de groupes sociaux qui sont déjà eux-mêmes gagnés par la pression réactionnaire, et qui soit croient se racheter en nous livrant, soit se vengent de manière désabusée sur les plus faibles (pasque les plus forts, comment dire, c’est plus compliqué). Immédiat ; je n’hésite pas à dire qu’il y a un lien direct entre la communion culturelle autour de ce genre d’abomination et la collègue qui sera attaquée demain ou après demain. La violence sociale aime se sentir justifiée, grandie. Quoi de mieux pour ça que la culture. On l’a vu avec Orelsan, porte parole de tous les mecs, artiste peintre de la nana comme nécessairement subordonnée à leurs besoins et fautive. Et donc qu’on peut tabasser sans remords. Pareil là. Tue la transse, elle le vaut bien. « Si tu ne sais pas pourquoi, elle elle le sait ». Voilà ce qui est répété. Et ce qu’on laisse répéter, jusques chez nos « alliées ».

 

Il y a consensus contre nous, des GiedRé aux féministes prétenduement inclusivistes (sans parler des autres) en passant par la manif pour tous, lgm-tlande et la gauche qui a peur elle aussi de son ombre. Il y a consensus parce qu’il faut des biques émissaires et qu’elles ne coûtent pas cher. Et comme nous ne valons rien socialement, que personne ne tient à s’identifier à nous, que nous rassemblons au contraire dans nos personnes une bonne part de la dévalorisation possible, notamment via le féminin, et un féminin « pas naturel », dix points en moins quoi – eh bien c’est nous. Il va bien falloir que nous finissions par en tirer conséquence, parce que sinon les conséquences en finiront avec nous. Tirer les conséquences, c’est cesser de faire amies-amies. Et marcher de notre pas vers une révolution qui renverserait les structures et les pratiques sociales que les gentes qui nous méprisent et nous haïssent sont bien d’accord, dans leur concurrence interne, pour maintenir et renforcer. Évidemment dit comme ça cela fait « longue marche ». Et ce sont les minoritaires par ailleurs qui ont à porter ça. Mais l’histoire ne se fait pas forcément à la majorité.

 

Enfin nous ne sommes nous-mêmes, les transses, pas exemptes de cette haine et de ses fondements, même si c’est nous qui en subissons les conséquences. On en trouve au reste pour tailler une franche bavette avec les qui se tapissent avec notre mort. J’ai déjà souligné maintes fois notre ambiguïté normalisante, notre tendance récurrente à nous haïr et nous-mêmes, et les unes les autres, tout en cherchant l’approbation de celleux mêmes qui nous massacrent. Et notre tendance à nous trouver toujours trop ; trop putes, trop marginales, trop intellectuelles ; trop féminines toujours en définitive, ce qui suit le tropisme masculiniste de cette époque. Conséquemment à chercher à discuter avec les qui tiennent le hachoir. Ce faisant, nous participons tout bonnement à notre élimination. Bref, comme je dis, faut pas venir pleurer non plus. C’est bien la misère par chez nous aussi, politiquement et intellectuellement. C’est d’ailleurs souvent la même que celle de nos ennemis, puisque nous voudrions tellement être comme tout le monde. Sauf que les suites n’en sont pas les mêmes que pour ce « tout le monde » rêvé, fantasmé ; c’est nous qui sommes la monnaie de ces facilités. Soit on change, soit on avale. Et là c’est avaler notre propre mise à mort. Bon appétit.

 

Comment ne pas passer à table, ou en tous cas pas de bon gré ? Quitter la cuisine, en ayant pris soin de nous munir de ses ustensiles tranchants et contondants. Á haine sociale, en l’état des choses, j’ai beau ne pas aimer l’idéologie warriore, je ne vois pas quoi opposer d’autre que guerre sociale. Qui commence déjà par cesser de traiter les qui veulent nos peaux et savent très bien pourquoi comme des potes qui n’auraient pas tout compris (ou pire encore à qui on n’aurait pas tout compris). La foi éducationniste en une espèce de loi humaine ou naturelle qui finirait par rassembler tout le monde dans la joie et l’adelphité est une vérole collante qui n’a fait, au cours de l’histoire, que tuer, retuer les cibles des haines sociales consensuelles. Il n’y a rien à apprendre aux cisses à notre sujet, à part se tenir à distance et fermer leurs clapoirs. Mais pour cela il nous faudrait déjà, nous, apprendre à cesser de nous faire des illusions, notamment intégrationnistes. Cesser de rester sur place en faisant plus ou moins le dos rond, ou en levant le doigt pour prendre part au débat. Nous en aller et nous séparer des logiques d’un monde qui n’a d’envie envers nous que de nous tuer en riant. Créer des endroits pour nous mettre en querencia, à défendre mordicus. Des possibilités d’autodéterminations transses deviennent, à mesure que nous glissons dans la barbarie de fondamentalismes divers et convergents, conditions de survie, de perspectives d’avenir, d’égalité réelle et en actes. Aussi apprendre à ne plus avoir scrupule de mettre un bon coup de lardoire dans le ventre des qui se mettent sur nos talons, qui parlent à nos places, qui nous agressent. Pour revenir plus tard, qui sait, sur les ailes d’une vraie révolution sociale.

 

En attendant, et même sans attendre car l’histoire ne garantit évidemment rien : à haine sociale, guerre sociale !

 

 

 

 

PS : et il y a tout de même autre chose en termes de chanson amusante et politique que les « non-conformistes » réaques qui tapent sur les faibles et fleurissent le printemps des c…s ; la Parisienne libérée par exemple.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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