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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 09:28

 


Ce qui est tout à fait remarquable avec la nouvelle vague institutionaliste, OLF en particulier, c'est son aptitude incontestable à récupérer dans sa tambouille politique les initiatives, analyses, expressions, identités, etc. de tout le mouvement féministe, et au delà ; ce qui au fond n’est que raison, c’est notre histoire ; mais aussi à se les adjuger, se les approprier comme si elles venaient de les pondre. Et là c’est comment dire plus gênant. On a eu le clitoris, qu’on croyait avoir exhumé il y a bien dix ans, le coup classique, pour faire radic’, des hétéra bien accro à meclande qui la jouent lesb’ à la demi-journée, et quelques autres découvertes. Dernièrement, par ici, nous avons reçu, à l’occasion d’une de leur mission à plouclande, l’affirmation que si le Planning existait toujours c’était grâce à elles – et qu’il est sous entendu bien ingrat de n’être pas (encore), à leur image, entièrement prohi. Que n’ont-elles pas fait, pas créé, pas sauvé ? Anhistoriques, omniprésentes.

Là, un peu plus tordu encore, c'est la notion d'état proxénète, qui date au moins de nos aînées de 75, qu'elles font mine de découvrir. Et qu'elles retournent illico contre nous. C’est dans leur journal d’avril.


Les bras nous en tombent. L’état-maton contre l’état proxénète, en quelque sorte. Comme si on pouvait croire trois secondes à cette « opposition ». Y a du vaudeville dans l’air.  

 

On est nulles tout d’même. On n’a pas eu la présence d’esprit d’une mamie Fouque, on n’a pas pensé, à l’époque, ni depuis, à porter le pet et l’expression au bureau de la propriété industrielle. Sans quoi on la louerait, à titre trrrrès onéreux, à OLF et à toutes celles qui causent à notre place, on serait riches comme Crésusse et du coup peut-êt’ même on bosserait plus. Á part une fois tous les treize mois juste pour les faire enrager.

 

J’aime beaucoup, dans le même papier, leur dénonciation du « sexe sans désir ». Outre que bien sûr on ne va pas attendre d’elles une critique de la forme sociale désir (avec un grand D, nécessairement sexuel et même génital), non plus que celle de l’amour ou celle du bonheur, etc., critique à laquelle ne se livrent plus que de vieilles féministes ringardes dont j’ai l’honneur d’être presque désormais, a-t-on songé que le désir, en l’occurrence, quand je fais un client, c’est celui de l’argent. Désir d’ailleurs fort commun à économicland. Je suis au reste bien d’avis qu’on vivrait mieux sans argent, sans équivalence obligatoire, de même que sans désir (et sans bien d’autres choses d’ailleurs qui sont proclamées indispensables) – mais bizarrement la critique de l’économie et du monde qui va avec ne fait pas partie de ce que OLF récupère dans les poudreux amoncellement de la réflexion. On ne va pas non plus donc leur demander, non plus qu’à bien d’autres, une critique de la forme argent ni de la nécessité économique, tout aussi sacrées que désir et amour ; la seule injonction est que les formes sacrées ne se touchent pas, tellement apparemment on a la trouille qu’elle s’absorbent l’une l’autre et témoignent ainsi de leur identité, d’être deux aspects de la valeur fétiche.

Quant à la polarisation désir versus besoin, il semble que le monde contemporain ne la connaisse que comme paravent : le désir est un besoin comme un autre, et le besoin s’hypertrophie sous la forme désir. Pour ma part je pense qu’il nous faudrait nous débarrasser vite fait de la forme besoin comme de son faux nez désir. Là aussi il y aurait de la critique à touiller. Probable qu’on ne s’émancipera pas de l’un sans faire de même envers l’autre. Là aussi, le clivage dissimule (de plus en plus mal) deux aspects de la même machine sociale.

Même on dirait que toujours plus d’économie, d’argent et de participation paritaire à ce cirque pourtant mortifère, qui engendre précisément besoin et désir, semble convenir profondément aux féministes institutionnalistes. Cirque où on n’a pas peur de soutenir que « le salariat est émancipateur », de même que le « juste profit » en général ; ou d’affirmer, sans nulle arrière pensée, qu’il est prioritaire que des nanas puissent présider aussi bien que des mecs à la fabrication d’armes sophistiquées pour tuer les non-rentables (dont un fort quota d’autres femmes). Yes, dude…

 

C’est probablement dans cette optique de trouver des participantes, à tous les niveaux, qu’elles ont aussi fini par lancer une opé de séduc vers t’lande. Sans surprise, vers leurs homologues institutionnalistes de chez nous. Elles ne pouvaient d’ailleurs pas faire meilleur choix, je le dis sans ironie aucune. De même qu’OLF affirme être l’aboutissement de tout le féminisme, l’ANT, dans son libellé même, se pose en chapeau pointu de toutes les « luttes trans ». Ce qui vu d’une certaine distance fait évidemment un peu se marrer. C’est un exemplaire parfait de ce que nous décrivions déjà avec un vieux complice il y a plus de vingt ans, parlant des « associations représentatives » dimensionnées précisément pour la concurrence politico-médiatique : un bureau, un téléphone et un téléscripteur. De nos jours, le bureau a fréquemment disparu avec la flambée de l’immobilier, les téléphones se sont multipliés et suivent les personnes, le téléscripteur a été envoyé à la déchet’ par les ordis enrichis d’internet. Mais le principe est resté identique : faire impression, multiplier les communiqués, occuper le terrain médiatique autant que faire se peut (ça se piétine ferme !). Ce terrain dématérialisé au possible, avec ses populations de même.

Ce qui rassemble ces orgas plus ou moins garnies est leur passion pour l’exécutif, et la participation à icelui ; sont prêtes à céder, engager quatre fois nos peaux et nos vies, qu’elles affirment représenter, pour obtenir une parcelle de décision, plus ou moins effective. Nous sommes malheureusement des ourses fort insouciantes, pour ne pas dire dangereusement consentantes à cette appropriation ; or c’est à nous qu’on viendra demander compte de la réalisation, dans l’ordre politique et économique, des lubies sécuritaires et normalisantes de ces missionnaires. Et alors gare à nouzautes.

 

Comme j’aime bien assaisonner paritairement, équitablement (mais pas durablement, ça j’abhorre) mes petites camarades, je me suis quasi en même temps esbaudie sur l’annonce d’un énième livre de MHB, laquelle a résolument décidé de nous « expliquer le féminisme ». Vaste programme. Je n’ai pas été plus loin que l’image qui jouxtait la triomphale annonce, laquelle faisait bien comprendre qu’il s’agissait d’un féminisme, qui n’est pas celui non plus des vieilles mules ringardes (auxquelles, je le rappelle, la rétivité et l’âge sont en train de m’amalgamer, ce dont je ne saurais trop me féliciter ni me réjouir), mais plutôt le féminisme des identités-statuts, frontalement opposé au républicanisme d’OLF et autres instit’s, avec les joies du monde en morceaux, tel qu’il est et doit le rester, opportune confusion de la réalité commune avec l’hégémonie, et libération (mais de quoi ?) par le recours aux racines et aux cultures. Pas convaincue des résultats. Comptabilisme et affirmatisme nous parquent dans l’impasse d’un présent incriticable, indépassable, d'oppositions factices, avec les chaises musicales de la domination à s'arracher. Comment s’arranger autrement dans la boîte de conserve, ni plus ni moins. Bof.

 

Récup' pour récup', autant éviter de nous réapproprier ce qui nous dévore, que ce soient l'état ou les traditions, la citoyenneté ou les identités.

 

Je dois avouer qu’à mes yeux, MHB et ses consortes sont aussi de bonnes fouilleuses, des récupératrices accortes. Encore que pas dans le même genre ni de la même manière qu’OLF, ce qui d’ailleurs se conçoit aisément quand on scrute ce qu’elles défendent les unes et les autres. Mais j’ai tout de même bien rigolé de son annexion de ou à t’lande, en son temps. Comme de celles de quelques autres. Ce fut assez cocasse. Queerlande, il faut bien le dire, m’est une source assez généreuse d’amusement. Et je me marre tellement que je ne leur en veux même pas – croix de bois croix de latex – de leurs prévarications t’morphiennes et autres langues de chat.

 

Les catéchismes n’ont jamais manqué, ni dans le féminisme ni ailleurs. Et il n’y a pas à s’en gendarmer en soi : nous partons nécessairement de prémisses, de croyances et de volontés. C’est même je crois la seule manière d’être honnêtes intellectuellement et politiquement, de ne pas faire mine que la science ou je ne sais quelle fatalité historique s’exprime par notre bouche. Mais voilà, précisément, ça biche quand la mayonnaise tourne mal, la mayonnaise que constitue notre attitude, notre approche, et qui veloute tout ça. Quand elle tourne à la vérité révélée, à la vox populi, enfin à la menace.

 

La manie collective de décréter que son féminisme est le seul, le vrai, le tatoué, et son projet de société l’unique viable et bienfaisant, n’a rien de neuf. Toutes les idéologies connaissent ce mouvement de ratissage compulsif qui s’empare des protagonistes à de certains moments. Particulièrement dans les époques dites de crise, où le cirque se resserre, où ça barde, et où on soupçonne mesquinement qu’y va pas y en avoir pour tout l’monde. Il ne s’agit alors plus de cohabiter, encore moins de discuter, mais d’éliminer. Guerre des catéchismes. C’est toute la différence avec les années 70, dont je compte vous causer dans un prochain post. Et les mauvais temps sont aussi ceux où on se sent amenées le plus à la récup’, et le moins à l’audace prospective. Que personne ne sorte !

 

Je ne suis pas devenue féministe pour apprendre la vérité ; si ç’avait été mon but, j’aurais été chez Krishna ou à Lutte Ouvrière, ç’eût été bien plus vite fait. Je ne suis pas truffière ; je suis chercheuse, mais pas trouveuse, et encore moins décrétaire. Les gentes regorgeantes de solutions et qui croient sans distance à leur discours sont, d’expérience historique, des périls redoutables pour leurs contemporaines, bien plus que pour la domination.

 

On ne vit pas sans récup’. Nous sommes faites de récup’. Nous sommes presque totalement une somme d’autrui, et le presque me semble même abusif par moment. Nous sommes des as, des gagne-petit ou des looseuses de la récup’, mais c’est là que nous nous retrouvons. Et heureusement ; c’est très bien comme cela, car sinon nous ne pourrions sans doute même pas nous comprendre.

Disons que dès que nous voulons paraître, là, c’est sûr, nous sommes totalement autrui, présentE et passéE. Il nous faudrait simplement l’admettre, au lieu de nous rengorger de nos petites différences. Et de nos redécouvertes tonitruantes. Nous sommes un fil à couper le beurre de la réalité et de ses fantasmes, un fil toujours émoussé. C’est comme ça. Ce que nous apportons, au fond, ce n’est pas tant ce que nous avons inventé ou décidé que ce qui nous arrive. Nous bugne, nous modèle et nous transforme. On pourrait le reconnaître sans se haïr ni se mépriser. Ce qui pourrait aussi aider à ne pas dramatiser que nous soyions, par exemple OLF, MHB et bibiche, en parfait désaccord sur la détermination de ce que nous voulons fuir autant de ce vers quoi nous voulons aller ? C'est un vieux remake : nous sommes toutes issues du premier féminisme matérialiste, mais à couteaux tirés dès que nous passons aux prospectives et aux conclusions. Par contre, c'est quelquefois assez drôle comme nous complicions avant de déterminer nos positions finales (je me rappelle encore d'une soirée, l'hiver dernier, où je me marrai copieusement avec des nanas d'OLF ; nous étions, pour quelques moments, non plus ni pas encore des moniales soldates, mais des personnes avec une histoire partagée). 

 

Si seulement nous pouvions déjà éviter, autant que possible, et sans s'interdire pourtant une raisons commune, de spolier des gentes en parlant à leur place, ou pire en retournant contre elles ce qu’elles ont apporté. Ça doit faire partie de cette vieille morale qui n’impressionne ni ne meut plus personne, en cette époque utilitaire. Et surtout pas les institutionnelles politicardes en action. Mais n’empêche que ça leur revient dans la figure ; il est malaisé de persuader les gentes qu’elles sont inadéquates ou de trop. Ou qu’on les connaît tellement bien que…

 


 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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