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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 09:49

 

Bon. Ayant vu et bu, si j'ose dire, un grand nombre des conséquences qu'entraine être trans dans les milieux lgt et féministes aujourd'hui, je crois n'avoir plus guère de réticences à en revenir à un avertissement gyropharesque orange : mixité trans-bio égale danger. Devinez pour qui ?

 

Je tiens à préciser ici qu'il ne s'agit pas du énième dépliage de la grande fresque des « rapports sociaux » entre méchants groupes opresseurs et conséquemment gentils (!) groupes opprimés.

Il faut quand même une sérieuse dose d'abrutissement militant pour s'imaginer qu'il est nécessaire de passer par cette moulinette mathématique pour simplement s'apercevoir de choses simples et énormes. Tristement humaines en quelque sorte. Les plus fortes et les plus vraies bouffent les autres, cannibalisme et malveillance.

 

Je commence même à croire que la « grille de lecture » « domination/privilège » sert pas mal à ne pas voirce qu'il n'est pas opportun de voir. Et à se partager les bons points sur les cadavres des invisibles.

 

Un aspect qui m'est ainsi très récemment apparu, c'est que les bio restent et que les trans passent.

 

Ainsi, un groupe de réflexion tpdg qui renaît vaguement de sa décomposition, formé à la base de personnes éminemment recommandable et bio (est-il besoin de le dire ?), va-t'il soigneusement épurer sa composante trans devenue indocile, imbuvable. Mais le plus beau est que dans le joli monde des « légitimités », il importe de disposer d'une diversité honnête. Donc on va aller pécho quelques néo-trans supposées encore dociles, intimidées par les grandes sœurs bio, pleines de révérences devant la vérité, pour remplacerles anciennes qui ne marchent plus à quatre pattes !

Et cela autant de fois qu'il semblera pertinent à la dynamique. Les bio restent, cinq, dix, quinze ans. Les trans sont usées, sucées, utilisées, et passent. Comme des intérimaires de la figuration politique, dont il importe de récupérer les dernières productions, mais qui ne doivent pas s'éterniser.

 

Ce qui d'ailleurs m'amène à cet autre aspect. Marcher à quatre pattes. Je l'ai fait évidemment quelques années, comme toutes les mtfs « élevées » par des nanas bio féministes. Dans ce cas, notre évident et insolvable complexe de ne pas être vraies se double d'une culpabilisation politique et sociale. Nous devons obéir, ramper, parler pas trop haut, pas prendre trop de place, acquiescer aux linéaments d'une bien-pensance qui nous tiendra toujours en brassière et en menace de délégitimation, d'opprobe. Mais enfin et surtout coller à quelque chose qui n'est pas nous.

Perdre des années, quoi, pour une cause perdue.

Nous ne sommes ni ne serons jamais des bio, ni physiquement, ni socialement, ni, comment dire, en nous-mêmes. Mais nous nous obstinons dans cette voie sans issue qu'est ce trouble rapport à la vérité sur pattes (encore un mille pattes, tiens), à laquelle nous voudrions tant ressembler. Dans laquelle nous nous liquéfions de nous fondre. Les gentes au beau langage appellent ça l'invisibilisation. Je crois que c'est même encore plus une des formes de ce cannibalisme qui caractérise notre temps et ses milieux politiques.

Il nous faut admettre cette irréductibilité que nous portons avec et en nous. Simulacres nous sommes, simulacres nous resterons, et les ajustements « meufs-gouines-trans » n'y ont rien changé.

 

Quant à se relever, après avoir longtemps quatrepatté, eh bien je ne connais d'expé qu'une occurence : le coup de pied dans le cul, qui peut déterminer chez nous un reste de... de quoi déjà ? Pas de fierté, non, pas envie de partager avec les identités ce vieux firchti tout cramé au fond de la gamelle. Encore une fois, sans doute, de reconnaissance, de se reconnaître brusquement soi-même, et de reconnaître autrui dans le même mouvement. Mouvement subi, j'insiste là dessus.

 

Alors voilà, en tous cas, coup de pied au cul ou rampement révérencieux, les trans passent. Ce qui démontre aisément que si les bio sont de vraies personnes (dans ce monde où par ailleurs il ne faut pas user de ce mot contre-révolutionnaire, juste user de ses « privilèges »), les trans sont une guirlande de petites silhouettes qu'on mâchonne et sur laquelle on passe de l'une à l'autre. Les trans ne sont pas des personnes. Ou bien, plus exactement, quand elles arrivent à devenir des personnes, elles deviennent infréquentables.

 

Mais voilà. L'autre écueil est de nous en plaindre. De donner dans l'immense panneau qui structure désormais tout le militantisme : je n'existe qu'à condition de pouvoir réclamer quelque chose à quelqu'unE, d'être « l'opprimée » d'une « dominante ». Double arnaque, déjà dans la réalité de la chose, quotidienne et triviale. Ce sera toujours un marché de dupes. Mais encore dans la logique : le monde comme comptabilité.

 

J'en conclus qu'il nous incombe, enfin à celles qui ont reçu leur confirmation à coups de pieds dans le cul et dans le ventre, de nous escargoter sans vergogne dans la séparation, avec si possible une autre logique que le cirque des "non-mixités" qui prévaut depuis quinze ans, et qui a amplement montré son inanité. Tout le monde s'y court après – cela seul peut donner un indice déjà sur ce que nous pourrions inaugurer...

 

 

Plume

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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