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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 11:47

 

 

Depuis quelques temps, en france mais pas que, il est de bon goût pour les autorités judiciaires de faire mine d'asticoter les pouvoirs politiques. Je voulais parler il y a déjà quelques mois de cette cendre aux yeux, où les mêmes qui vous envoient sans état d’âme crever en taule sous les vigoureux aplaudissements des citoyenNEs charognardEs et revanchardEs (lesquelLEs imaginent toujours que ça ne pourra jamais être leur tour de passer au tourniquet pénal), ces mêmes se refont, à l’occasion de querelles commencées à la caisse, une espèce de sympathie sociale. En espérant surtout y gagner du pouvoir (ce qui devient de plus en plus imaginable à mesure que des vautoures comme Eva Joly grimpent dans les sondages).

 

Ah, le jour où les juges gouverneront, on va encore mieux s’amuser. Bon, cela dit, ça changera pas grand’chose, puisque nous sommes déjà depuis bien longtemps dans un système obessionnellement judiciaire, celui de la vengeance torve et de la stigmatisation assumée.

 

Mais là j’ai fort rigolé très jaune, ce matin, en lisant qu’une cour européenne, je sais plus laquelle, avait condamné l’emprisonnement des étrangèrEs à l’Union qui n’ont pas le papier, le papier qu’il faut pour rester et vivre ici.

Fort bien.

Et de touTEs ces étrangèrEs, qu’est-ce qu’on va en faire, alors ? Les libérer ? Que nenni, que nenni ! Y en a bien trop déjà, ellils sont vraiment pas assez « assimilables » (autre aspect du cannibalisme contemporain, l’assimilation de l’autre…), et les sondages unanimes prédisent la morsure de la poussière électorale à qui osera causer de régularisation, sans même aller jusqu’à l’ouverture des frontières. Pas question de partager, pas question de ne pas écouter le sentiment de « celleux qui se sentent plus chez elleux (ce qui me fait aussi bien rigoler, dans un monde de dépossession généralisée, où 90 pour cent de la population vit entassée de diverses manière, dépendante et absolument pas « chez elle », à moins de considérer « chez soi » de tristes appartements loués, ou au mieux des lotissements où on ne peut même pas, de par le règlement, faire pousser des légumes dans son jardin !)

Ah il est beau et surtout illusoire, le « chez soi » de mes congénères.

 

Donc, qu’est-ce qu’on va en faire ? Eh ben on va les libérer de prison, hein, puisque les chatTEs fourréEs en toque et robe d’hermine l’ont injoncté. Et on va les faire monter dans des fourgons. Direction les centres de rétention. Eh oui, les centres de rétention c’est pas des prisons. Il faut pas mal d’estomac pour arriver à prétendre ça mais d’estomac nous ne manquons pas.

 

On peut même prévoir une croissance solide de ces centres dans les temps à venir si la décision de justice ci-dessus évoquée n’est pas contestée. De vrais camps, ça va nous faire. On en avait bien besoin, pour enfin ressembler à quelque chose ! De vrais camps, avec de vraiEs gardes, peut-être même de vraiEs mercenaires (pardon, employéEs de sociétés de sécurité). Trop classe. De vrais camps où les étrangèrEs, confrontéEs à des délais de « rétention » qui seront vraisembablement de plus en plus longs, pourront goûter la liberté de ne pas être en prison.

 

( Et si vraiment ça fait encore trop, eh bien on les foutra à la mer, comme le souhaitait il y a peu une de nos secrétaires d'état. Ou, à peu de détails près, ce matin aussi, la très sympathique Ségolène Royal.)

 

De qui se fout-on ? D’elleux, évidemment, au premier chef. Ni vous ni moi n’irons, sauf bouleversement profond, en camp de rétention.

 

Ce qui montre quand même bien à quel point le judiciaire c’est l’imposture et la vérole, une des plus tartes véroles de notre temps. C’est marrant quand même. Un certain La Fontaine recommandait déjà, il y a près de quatre siècles, de laisser entrer dans nos vies le moins possible « les princes et les juges ». Il en voyait déjà le bilan de dépossession toujours plus avancée duquel on allait payer un petit avantage ou une petite, très petite, vengeance pas assumée comme telle. La société d’alors était déjà excessivement processive, pourtant. Il suffit de lire les mémoires du temps pour voir une activité judiciaire apoplectique, déjà mêlée au politique d’ailleurs.

Quatre siècles après, nous sommes je crois en plein en train d’entrer dans un contrôle social et judiciaire à peu près total, que, en outre, nous aurons nous-même pétitionné. Des fois qu’il nous manque un droit, eh (plus question de s’autoriser soi-même) ; des fois qu’une incivilité ou un méchant crime pourrait rester impuni. Puisqu’il ne reste que la trique pour essayer de réprimer nos désirs illimités, et que le distributeur pour nous octroyer des possibilités de vie. Le tout sous la garde vigilante de l’argent – ah, lui, pas touche. Hors de question et du jeu. Evaluateur final de nos valeurs et de nos destinées.

 

Et voilà. On se fiche en premier lieu des plus faibles, comme toujours. Mais nous avons aussi la main et même l’avant-bras dans la machine. Avec notre consentement radieux.

 

 

Joyeuses Pâques !

 

 

La petite murène

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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