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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 11:30

 

 

Quand on a (de plus en plus hélas je trouve) un branchement internet et qu’on se laisse happer par l’actualité, qu’enfin on glisse sur la pente savonneuse du réagir et de la chronique, pasque c’est plus facile que d’élaborer de la critique de fond, toutes choses qui sont malheureusement miennes pasque je suis feignante et déprimée, c’est plusieurs fois le jour que vous bloquez sur quelque chose d’atroce, d’immonde, d’infect ou de stupide, les uns n’étant évidemment pas exclusifs des autres.

 

S’il y a quelque chose qui me fait mal au ventre, c’est la culture, générale, de la forme souveraineté. De bas en haut, de gauche et à droite, d’est en ouest et de la petite entreprise de réappropriation besogneuse, quelquefois qualifiée de révolutionnaire ou libératoire, aux états déjà formés, aux multi- et aux instances internationales, l’objectivation totale, la réduction à un destin, à un signe et à une valeur que suppose, effectue et obtient la souveraineté, est une espèce de consensus actif, fébrile même. Dans un monde où tout doit être à quelqu’une, à commencer par vous-mêmes qui devez vous appartenir et vous valoriser, la souveraineté, partielle ou totale, est l’assomption de la propriété.

 

La guerre économique, qui tourne à la guerre tout court comme on en a l’habitude depuis quelques siècles de modernité, patronne et chapeaute ainsi quotidiennement l’épouvante. La crevaison des pas rentables. Le marché à la reconnaissance. Tout ça dans une atmosphère de fin de foire, où on remballe les invendus, alors que le ciel se couvre vilainement, que le tonnerre carcaille déjà. Et où la dite souveraineté, un temps relativement débonnaire sur une partie de la planète, distributive des pillages, reprend rapidement sa forme élémentaire : la trique, le monopole de la brutalité, point.

 

C’est tout à fait à ça que me faisaient penser deux titres de ce matin. Dans l’un, la ministre de l’environnement appelle, tenons nous les côtes ce n’est hélas pas drôle du tout, au patriotisme écologique. Rien de moins. Deux nécessités, deux impératifs gloutons pour le prix d’une ! L’état-nation et la téterre. Histoire de bien nous faire comprendre qu’on est deux fois de trop, nous, avec nos rognons et nos petites vies. Que ce qui compte, c’est la grosse boule ronde hypostasiée, maman, et le machin hexagonal découpé dessus, papa. Et que nous ne pourrons vraiment garder notre droit à valoir divisé en portions individuelles qu’à condition de bien bosser pour papa, et de bien faire durer maman pour que papa, et l’économie en général sur laquelle il prélève, puissent en tirer encore quelque monnaie. En d’autres mots, on va voir le moindre espace inexploité se couvrir de milliers de mètres carrés de panneaux solaires qu’on espère made in france, afin de faire tourner et les usines des dits panneaux, et les plus invraisemblables babioles électriques chez nouzautes, dont l’ordi sur lequel je tape. Ça se dénomme de la douce antiphrase de ferme solaire.

 

Dans l’autre titre, on rappelle que des gentes sont en grève de la faim, à Lille, depuis près de soixante dix jours, pour obtenir la possibilité de rester là où elles auront des chances de mourir moins vite que d’où elles viennent. Mourir pour vivre. On peut tout à fait mourir pour des insanités néfastes, et notamment les patries. Bref mourir ne justifie en rien les objets ou idées. Mais là il s’agit des gentes elles-mêmes. Au milieu de l’abominable état de fait qui s’étend de par le monde, l’exigence fondamentale est de vivre. Condition à tout le reste.

 

Cependant le ministre de l’intérieur est un patriote, lui aussi. Il nous l’a fermement déclaré, actes à l’appui. Et le patriotisme, non dénué d’une dose d’électoralisme, le peuple étant hélas souverain, commande de rejeter à la flotte tout ce qui viendrait interférer dans un distributisme de la misère supposé tendu, et gêner par ailleurs un entre-soi national revigoré et décomplexé. Par conséquent les grévistes de la faim, apparemment, peuvent crever – on a déjà eu des exemples de ce genre de fermeté. Ben oui, on sait à qui on a affaire au gouvernement, je parle de nozigues, le peuple officiel, naturel, civique, bien haineux, persuadé qu’on va lui arracher ses points de retraite et ses pains au chocolat. On s’y dit aussi que si des milliers et des milliers se mettent en grève de la faim pour obtenir le droit de s’installer, ça va être la gabegie. Il ne faut pas encourager le mauvais penchant des humaines à vouloir bêtement vivre, s'installer où qu'elles veulent, sans droit ni titre, au besoin sans produire ni valoir de l'excédent. Bref à trouver en soi même raison de vivre. On ne sait pas où ça pourrait mener. Par conséquent pereant, le pouce en bas.

 

Le patriotisme a déjà semé, à la suite de bien d’autres passions sociales ou en concurrence de celles-ci, des cimetières et des charniers partout à la surface de la planète. Il a l’air bien décidé à continuer, en gros et au détail. Comme on a de la conscience écologique et durable, les cimetières alterneront avec des fermes solaires, à l’usage de celles qui, après chaque sélection planétaire, auront conservé leur rentabilité et leur capacité à consommer profitablement. Et puis, hein, comme disait le brave soldat Chveik au contempler des champs de bataille de Galicie, tout ça sera bon à terme pour l’agriculture. Á quand de vastes exploitations rationnelles sur les terres peut-être arides où auront pourri les cadavres de toutes les réfugiées de la guerre économique mondiale, et qui se préparent aux frontières extérieures des ultimes zones de valorisation ?

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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