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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 10:54

 

Voilà le préféré de mes textes de la vieille époque lyonnaise, celle où j'avais réussi pour la première fois à me débarrasser des gremlins, qui me réannèxèrent par la suite, avec mon consentement hélas. D'autant que ça parle de quelque chose de bien toujours actuel... les groupes de mecs...
Et il y a évidemment un petit changement dans qui parle, vous le trouverez aisément.

Ce texte est de 1998.

Oh oh; cela va de mal en pis !

               

 

 


               


                Ça devait arriver : voilà les groupes d’hommes antisexistes qui se reforment. Rien de mieux que l’émulation pour se bonifier, que de s’ausculter la masculinité (cache-sexe de la virilité chez les mecs gentils) pour faire apparaître on ne sait quelle fève enfin appétissante !

                Détruire ce qui fait le présent, nous et vous détruire, mecs mais aussi individus, est en quelque sorte une obligation de survie pour moi. Alors je ne vais pas cracher de ce seul fait sur ceux qui font du dégât (si tant qu’ils en font !). Là n’est pas la question. Ou plutôt, si, c’est la question : à se gratouiller, à se rassembler, à s’épouiller et à se congratuler alternativement, qu’est-ce qu’ils veulent détruire et qu’est-ce qu’ils ne veulent pas détruire ? Parce déjà, quand on se rassemble, dans un monde relationniste et communautaire, c’est louche. Efficacité ? Pour quoi ? J’y crois plus, à cette allégation qui a déjà fait ses preuves... Pour se détruire dans un état de fait relationniste, mieux vaut choir dans l’isolement, hors de tout état de fait et de tout idéal relationnel. Mais ça, ils ne le veulent surtout pas; et, dans un monde, dans une totalité de perception, quand on ne veut pas quelque chose c’est qu’on en veut une autre, opposée en général ! Qu’est-ce qu’ils veulent, les mecs antisexistes « déconstructeurs » ?

                Sans aller très loin, je crois que déjà une réponse se trouve dans leur agglutinement même : ce sont des types qui, comme tout type qui se respecte, ont toujours fui la solitude, ont toujours voulu avoir d’autres, des femmes et des hommes, des mamans et des zamanzamantes, comme ils disent, pour se prouver qu’ils existaient. Ils sont devenus révolos ou rebelles, légitimistes du concept libéral historique, pour la même raison, se sentir. Une fois trouvées quelques relations sur une ligne, qui leur permettent de se regarder dans la glace, ils réprouvent tout excès qui pourrait faire chavirer le navire : surtout ne pas se retrouver à la baille, seul. Ils craignent tellement de ne pas exister. Mais le plus sûr, c’était bien évidemment de se retrouver : autopopote; comme ça, sûrs d’exister, sûrs de se sentir, sûrs de se voir, sûrs de se savoir !

                Mais ce présent entraîne une dynamique, et un de ces fameux avenirs qui ne sont jamais que des extensions de présent.

 

*

 

                Déconstruire, qu’y disent. Des mecs bien-intentionnés se rassemblent pour casser la croûte. Je ne sais pas ce qu’ils s’en disent à part eux-mêmes. Mais il paraît terriblement probable qu’ils visent, dans la bonne vieille tradition essentialiste révisée révolo, à se dépouiller de quelque chose qui, si « eux-même » soit-il, laisse à la fin l’espoir d’un dépôt. N’importe quoi qui ne serait pas tout ce qui, par le mouvement même d’y gratter, pourra être déclaré l’autre, l’aliénant, le viril et le masculin. La bonne vieille blague : on nous a faits comme... C’est qui nous, c’est quoi ce truc essentiel qui aurait été pollué par la méchante éducation de genre ? Ce truc qui existerait nécessairement par en-dessous - sinon un bon vieux désir traditionnel ripoliné révolo ? Et accessoirement c’est qui on, cet autre tellement autre qu’il a fait de ces gentils nous d’horribles monstres étrangers à un eux-mêmes virtuel mais certain - cette blague courue depuis x mille ans de l’aliénation, de « ce qui ne peut par définition être nous », et que les prêtres ont repassé aux idéologues ? Naturalisme par affirmation ou par défaut, peu importe. Les voyant s’agiter pour se rendre utiles, pour exister, je ne peux guère douter de l’arrière-plan de leur chantier. Si ils ne cherchaient pas cette évidence sous-jacente, ils seraient seuls et même quelquefois morts.

                Essentiel, nécessité. Il faut qu’il y ait, ou que soit possible, quelque chose qui ne soit pas ce qu’on s’autorisera à cisailler. C’est leur désir profond, comme d’ailleurs celui de tous les existantEs. C’est leur désir et donc leur propos. Ce serait bien trop sinistre si d’aventure il n’y avait rien d’autre que ce présent honni, que nous ne fussions que cela, qu’il n’y ait donc à proprement parler rien à l’hypothétique bout de cette entreprise. Mais ils ne croient pas à une telle éventualité, les mecs déconstructeurs de la masculinité, et de ce fait même ils ont bien raison : le fait sort toujours du désir, pas d’une objectivité supposée. Ils n’y croient pas et ils ont un but. Un but nécessaire.

                Ce but, c’est retrouver cet universalisme que le féminisme le plus conséquent leur a bousillé, cet endroit où l’on se trouve ensemble, moralement, sur des bases totales. Et il faudra bien qu’ils existent encore, pour en profiter, que leur soi le plus évident ait été non seulement préservé, mais même revigoré par les psychodrames bien réglés et les élagages dont ils ont déjà l’habitude, pour la plupart, depuis longtemps.

                L’universalisme, le désir d’un « actif inévitable » en commun, correspond toujours, d’ailleurs, à ce désir des dominants de s’approprier, d’une manière ou d’une autre, le contrôle d’un état de fait promu ainsi totalité, c’est à dire de calquer les définitions de cette totalité sur leurs évidences, proclamées universaux (le daisir et le plaisir, par exemple, couple-dynamo qui agite les plus antiques et naturels idéaux et dont nulLE ne songerait à ne se pas réclamer), leur terreur de ne pas exister, de se trouver tous seuls, sans même un soi pour se tenir compagnie à lui-même ! C’est en cela que s’affirme l’ordre de le relation obligatoire, qui a toujours été celui de la domination subséquente. Les féministes ont été à la conséquence de laisser s’effondrer cette nécessité morale d’universalité, de communauté humaine et sentimentielle, qui cimente cet ordre. Mais les mecs antisexistes, malins, cherchent à se faire beaux et inoffensifs pour la sauver ! Faut-il en rabattre, de ce qui dépasse trop ? Ils le feront, pour ne pas lâcher la rampe ! Pour n’être pas largués, pour continuer à participer à la marche de l’histoire. Pour continuer à être essentiellement ce qui les a fait, en dépouillant le signe « masculin » (altérisation, nécessaire à tous les idéalismes, qui fonde le « moi » !). Comme d’aucuns, et quelquefois les mêmes, dépouillent le signe « humanisme » pour renforcer les actes qui le fondent. C’est un sentiment évident, de ceux auxquels on ne s’attaque pas parce qu’on ne saurait ni les voir, ni par où les prendre !

                Il faudra que ce soi, cet individu implicite ou explicite, ce sentiment d’évidence, se maintienne en quelque chose de solide pour pourvoir relationner à nouveau, comme devant, avec l’auréole de la sainteté critique et « déconstructrice » !

                Là où se retrouver, c’est le fanal qui les guide. Il est trop clair que cette nécessité, ce truc innomé qu’ils cherchent à atteindre par la « déconstruction », qu’ils en soient tout à fait conscients ou non au reste, c’est la relation retrouvée, c’est ce qui fonde leur existence, et même l’existence tout court, c’est à dire le pouvoir. La relation, c’est la reconnaissance mutuelle de la présence en actes de soi, de la possession et du pouvoir, ainsi que de ses unités (individus dans un état de fait libéral). Le sentiment d’exister c’est le sentiment de pouvoir. Ni plus ni moins. Il suffit d’ailleurs de voir le ridicule, le mépris et la peur qui entourent tout ce qui traduit l’absence de relations ! Cette peur est celle de ne pas pouvoir, de ne pas se voir reconnaître les capacités sociales élémentaires. Capacitéisme, pourrait-on même dire. Sauver ce qu’on pourra du « tissu relationnel », c’est sauver ce qu’on pourra du pouvoir, c’est à dire de quelque chose qui pèse précisément beaucoup dans la construction des hommes !

                Sauver la communauté, la nécessité et la relation, c’est sauver le pouvoir mutuel, arrangements ou pas. Et c’est cela qu’ils veulent sauver, les mecs qui « déconstruisent » : sauver la relation, en venir à un point de dépouillement de ce qui aura de ce fait été déclaré implicitement extérieur au non moins implicite essentiel, et où la communauté se pourra ressouder. Où ils pourront de nouveau relationner, sentimenter, avec tout le monde (les « préférences » ne changent pas essentiellement le caractère mâle, elles mettent en œuvre le même relationnisme. En cela aussi, les groupes d’hommes sont des groupes de communiants œcuméniques, Taizé !). Enfin nier, d’une manière idéologiquement acceptable, le refus et la séparation qui ont pu leur être opposés !

 

*

 

                Pour les mecs, « ratés » ou pas, la conséquence de l’existence, c’est toujours le désir de coller et de relationner, de se manifester, de pouvoir. Avec qui que ce soit, de quel genre que ce soit. Inutile d’y chercher autre chose. Je connais, d’en être un. De ne pas bien « fonctionner » est quelque chose de très secondaire, et nullement une garantie de quoi que ce soit. C’est exactement la même illusion que celle qui veut que les « excluEs » soient, par leurs vociférations, des dangers pour l’ordre des choses qui les écarte. Ça aussi, je connais bien. En fait, il n’y a guère de meilleurs piliers pour les idéaux communautaires que les « excluEs », qui se basent précisément sur eux pour réclamer une totalité qui les englobe avec gentillesse. Et il n’y a sans doute guère d’hommes plus hommes que ceux qui se voient « ratés ». Ils se plongent avec perplexité dans l’examen de ce qui pourrait être communautaire ou pas, de ce qui en fin de compte y nuit et est donc le mal : ils y cherchent le moyen de boucler la totalité dont ils ne bénéficient pas assez. Ce n’est pas par hasard que ces mecs soucieux et moraux, qui cherchent la clé du champ des relations rénovées, remises à flot, éclatent bien souvent en violences (fort diverses) dans des moments de désespoir d’arriver à ces fins !

                Bien sûr, il ne s’agit pas d’emblée d’atteindre une réunification communautaire présente, entre genres. Se poser un tel but reviendrait à inquiéter celles et ceux qui refusent de former plus la chaîne de la nécessité ! Sincèrement, ils ont abdiqué cette prétention. Les maîtres-nageurs tolèrent vaguement le séparatisme, c’est (durement) acquis. Mais c’est bien une réunification souhaitée qui reste sans cesse aux tripes et à l’esprit des hommes, ratés ou pas, abîmés ou pas, mais relationneux. On peut bien gratter une bonne partie du soi, tant que l’essentiel, l’idéal, l’évident n’est pas attaqué. Simplement mis en regard. C’est cet évident, cet in-dividu, ce prétendu indéterminé dont la réunification est visée, cet idéal qui nourrit un rapport de force comme l’amour depuis le paléolithique, et qui est l’avenir radieux de ce présent laborieux !

                Ce sont ces implicites uniques qu’ils cherchent sous ce qu’ils grattent ! Et un lieu de rencontre, enfin, où ils comptent, pour eux ou pour leurs successeurs, avoir la paix un bon moment, dans cet universalisme métalibéral qu’il espèrent, et où les formes essentielles de l’imaginaire des derniers siècles, voire du christianisme tout entier, seraient enfin réalisées ! Ce monde où « on n’est plus », comme il est écrit dans ces évangiles qui codifient l’amour, la forme sociale qu’ils courent toujours, « homme ni femme, mais comme des esprits » - à cela près qu’ils comptent bien qu’on y sera encore en chair et en os. Le Paradis relationniste sur Terre.

                Il s’agit pour le moment de se défaire avec honnêteté et publicité modeste de ce qui a le plus pesé sur l’état de fait communautaire traditionnel qui se délite, jusques à craquer par endroit, et entre les individus et, suprême horreur pour des citoyenNEs d’un monde d’autopropriétaires unitaires, dans ces mêmes individus. Ce sont ces derniers qui composent ordinairement les cadres des mouvements, rencontres et autres syndicats : il s’agit aussi pour eux de survivre en tant qu’existants sociaux, en l’occurrence ici en tant qu’hommes, même désmasculinants pour l’occasion : ce n’est pas là l’essentiel, l’essentiel est toujours au bout du tunnel.

                Si vous leur dites ça, ils se récrieront. Avec sincérité. Qui n’est pas sincère ? Rien  ne serait possible aux gens de bonne foi, sans sincérité, sans l’identification totale du sentiment.

                Pourtant, si ce n’est pas cela qu’ils voulaient, ils admettraient qu’opère la conséquence de la séparation, voilà tout. Mais, voulant continuer à exister, à être présents sur la scène, ils n’en prennent pas le chemin, au contraire. Pour eux, la conséquence, c’est de perpétuer autant que possible, avec la bonne conscience de s’être un peu amaigris, ce qui fait les hommes, et par conséquent « l’humain », l’universel, quoi. On ne choisit pas la conséquence, on ne choisit même rien du tout. Les conséquences s’imposent. Même la séparation ne se choisit pas. Les « organes » relationnels crèvent ou s’exaspèrent, selon diverses coïncidences. Tout laisse à penser que c’est la seconde situation qui prévaut chez ceux qui se rassemblent pour casser la croûte, et gonfler des bouées afin d’apprendre à nager à la relation mise à mal par le séparatisme. Déjà, se rassembler est un symptôme suffisant : ils ne se voient pas vraiment séparés et seuls, en train de se désagréger, ces relationneux. Ils ne se voient pas détruits par les événements, pas du tout; ils entendent garder leur manche, se déconstruire avec finesse - la pusillanimité, la politesse du mot dit tout ! Déconstruire...

                Si ce n’est pas ça qu’ils voulaient, est-ce qu’ils auraient mis sur pieds l’antisexisme ? Parce qu’il ne faut pas s’y tromper, l’antisexisme, c’est d’abord l’affaire (et même la bonne affaire) des hommes. Les anti-ismes sont d’abord l’affaire des dominants qui ont rencontré quelques résistances sur leur passage, et qui ont trouvé aussi des contradictions entre leur désir d’universalité et cette dominance, cette souffrance donc qu’ils ne peuvent plus ne pas voir. Les anti-ismes servent d’abord à déléguer en face, pour masquer la rupture effective, un diable de papier dont on puisse se déclarer ennemi; et ensuite à sauver dans les termes mêmes la communauté mise à mal, en la purifiant de l’altérité que maintenait une domination trop explicite, et qui finissait par faire comme des miettes de pain sous la douce peau du consensus sentimentiel. Les hommes ne peuvent pas à proprement parler être féministes ? Qu’à cela ne tienne, on va trouver un domaine pour qu’ils puissent participer (c’est l’important !), et même quelque peu surveiller l’évolution, domaine qui rassemblera tout le monde, fut-ce avec les apparences de la non-mixité (que nous avons eu, déjà tant de mal à avaler ! Et je ne parle même pas des clowneries « proféministes » pour se faire bienvenir.) Comme ce qui est communautaire, rassemblant est toujours mieux vu dans le relationnisme effréné quotidien que touTEs ou presque cultivent, eh bien la messe est dite. Le féminisme par là même devient, pour les hommes et dans une vision largement répandue, un secteur de l’antisexisme, où une douce parité est préconisée. C’est même sans doute là ce qui en incite d’aucuns à se jeter des accusations de non-proféminisme à la gueule pour tout et son contraire, c’est à dire, par conduction, à décider de ce qui est féministe ou pas - naturel mâle, quand tu nous tient... Parité, société, universalité, relationnite, contrôle et c’est reparti, les hommes antisexistes savent qu’ils ont déjà sauvegardé le plus gros de ce qui a servi à leur prévalence et à leur omniprésence.

 

*

               

                Me trouvant à vie, très simplement, comme vous, un mec absolument parfait, convivialautiste et violent, harceleur et poujadiste, c’est effectivement un coup de chance que je me sois retrouvé séparé. Que j’aie été conduit à des conséquences. Pas gentilles du tout. Sans quoi je serais sans doute à m’aiguiser avec componction dans ces groupes de déconstruction, à condition que je n’eusse tué personne, autre banalité du poujadisme relationnel qui forme les tripes de tout homme d’abord, et des relationneuXses en général. La séparation s’est imposée, tant mieux. Et cette séparation me fait l’ennemi de touTEs ces relationneuXses. L’ennemi de leur but nécessaire et moral, total : sauver la relation, sauver la communauté humaine, remettre à flot, après avoir gratté la coque, l’essentiel du social qui a fait le sexage et bien d’autres réalisations remarquables.

                Je ne suis pas « antisexiste »; marre des anti-ismes qui présentent leur objet tout beau, tout sucré, tout irisé d’évidence, comme si c’était fait, et que ce soit l’individu idéal présent, à ses vilaines scories hétérogènes près, qui le dût étrenner. Le sexage ne sera détruit que si les individus et la relation sont détruits complètement, jusques dans leur unité la plus intime et évidente, jusques dans leur désir; pas « déconstruits ». Et ce ne pourra pas être de la bonne volonté de ces mêmes individus qui se congratulent dans les rencontres de tous poils. Il faudra leur saboter l’existence.

                Je ne suis pas antisexiste, je suis séparé. Je ne veux pas contribuer à une convivialité, une « égalité relationnelle », un dialogue, une amélioration ou toute autre merdouille issue pour son profit de l’idéal présent. Je ne veux pas améliorer, changer, sauver l’amour, l’affection, la relation, le corps, la sexualité, le plaisir, le désir, la compréhension, l’existence, l’échange, la gratuité, le sentiment de soi et du reste (ouf !) sous quelque forme que ce soit ! Je veux les naufrager en leur trouant la panse. En commençant par la « nécessité de communauté », dont les séparatistes ont quand même montré par le fait qu’elle n’était pas inévitable, donc que le pouvoir que constituent l’exigence relationnelle et son usage mutuel quotidien ne l’étaient pas. Et que le droit implicite de la relation, du désir, est le droit de la terreur. Dans un monde qui est une communauté d’individus, seul l’isolement matériel peut détruire le présent et ses unités. L’antisexisme fraternitaire et recolleur est un des aspects principaux du libéralisme, qui est lui-même totalisation de la relation, du sentiment et des individus, dont les mécanismes conditionnent tout, contrairement à ce qu’affirment les révolos syndiqués, avec leur « marchandise » et autres antiphrases sacrées. Ces révolos qui toujours soutiennent, comme leurs adversaires, le bon vieil ordre implicite, relationnel et sexagiste. Et dont les mecs antisexistes sont les frères moraux !

                On comprendra par là que j’ai encore moins de tolérance, s’il se peut, envers les cyniques révolutionnaires « critiques de l’antisexisme », plus vrais que nature, qui défendent avec panache et littérature l’état de fait genrisé, se baignent dans l’humour, la jovialité, payent avec bravoure de leur bidoche dans les manifs, occasionnellement beuglent pour l’état de fait genrisé et les viols présentables sous un prétexte libertaire antijudiciaire. Métasexagistes, comme tous sont métalibéraux. Eux, ils ne passent pas par la case redépart pour maintenir la relation et conséquemment la domination. Franco z’y vont. Ce qui leur vaut l’admiration discrète de quelques uns qui ne se sentent pas assez de biceps pour s’imposer ainsi, et vont à l’antisexisme « déconstructeur » comme au purgatoire ! A chacun selon ses moyens, sinon selon ses besoins ! De toute façon, il y a identité de leur but final à tous, si opposés fussent-ils : la relation. C’est à dire qu’il s’agit d’en venir ou d’en revenir à une sorte d’originel supposé irréalisé, ou de « potentiel », qui est de fait la transcendance même de l’obstiné présent naturaliste, individualiste, genrisé et sexagiste, et ne tend qu’à la totalité de cette fichue relation dont on bouffe déjà matin midi et soir depuis notre naissance. Pourquoi sont ils tous bien d’accord sur cette notion ?

                Les mecs antisexistes, avec leur gentilles perspectives, modestes et racleuses, peuvent sans doute faire plaire aux relationneuXses, qui n’attendaient que ça, qui gémissaient des réserves indispensables à la communion, à celleux qui n’ont pas été pousséEs encore, à coups de saton, à prendre le large et à s’armer contre les évidences.

                Ils peuvent donner le change, en reniflant, en suant beaucoup, dans leur piscine, à touTEs celleux qui le désirent, ce change. Mais ils ne peuvent pas tromper facilement un type qui sait bien qu’il ne sera jamais que cela, semblable à eux, moins le désir relationnel et le fraternitarisme qui habillent l’hégémonie préservée du sentiment de la nécessité d’être ensemble pour tout et son contraire. 

 

*

 

                Il m’est dit que des séparatistes rigolent des groupes de mecs déconstructeurs. Ça me fait pas trop marrer pour ma part. Ces gens-là ont réellement, les expériences passées le prouvent, un impact, si peu nombreux soient-ils. Ils sauvent effectivement la communauté relationnelle totale. Ils lui ont appris déjà à nager la brasse au milieu des écueils. Ils légitiment déjà maintes approches plus ou moins compliquées, plus ou moins tortillées, pour renouer les fils mis à mal par la colère et l’incrédulité. Ils approuvent au besoin, mais approuver c’est posséder, au double sens du terme. Leur rigueur pateline est une garantie, ça oui, une garantie de maintien du présent, toiletté, humanisé même. Cette évolution libérale que j’ai déjà décrite ici et là, ce respect qui voile pudiquement les dominations, y compris le sexage, cette idéalisation douce de la relation purifiée qui fait des minorités sexuelles des modèles de socialisation, ils ne sont pas pour rien dans leur succès ! Ce que veulent naufrager celleux qui, séparéEs, ont été dépouilléEs (ouf !) des idéaux relationnistes, ils le veulent préserver autant que possible.

                Je ne parle pas en « antisexiste », ni même en séparatiste; quelles que soient mes sympathies envers celles qui ont montré par le fait la caducité de la communauté relationnelle totale et obligatoire, je ne veux me faire bienvenir par personne. Je parle en séparé. Qui n’entend plus relationner avec personne. Et ces maîtres-nageurs sont les ennemis, d’abord, de touTEs les séparéEs. L’intention compte peu, ils n’en ont que de bonnes. En déconstruisant tout ce qui pourrait faire obstacle à cette réédification, les ruines qui branlent dans ce désert possible dont, en particulièrement obsédés de la relation, ils veulent faire un chantier, ils reconstruisent bel et bien les piliers de l’idéal millénaire qui avait un peu souffert (si peu !), de quelques défections et sabotages. Ça fait un bon moment qu’il a été dit que laisser l’ennemi se reprendre, se ressourcer, c’est déjà une bévue grave. En rigoler sans méfiance peut promettre des réveils terribles. Je le dit franchement, saboter leur piscine, creuser un trou dans le fond, que tout l’amnios salvateur s’en aille aux égouts et que la relation crève asphyxiée, serait de première importance pour les séparéEs, sinon pour les autres. Voilà une entreprise supplémentaire pour celles et ceux qui, comme moi, n’ont ni frères ni soeurs et n’entendent restaurer nulle communauté, fondement de tout pouvoir. Ces types-là, avec sincérité et bonne conscience, préparent les retrouvailles; gare ! car on sait bien ce que ça veut dire, quand le monde se referme et se réunifie ! C’est là tout le clivage entre celleux, innombrables, qui veulent que l’antisexisme soit le prodromes de relations encore plus intenses, plus totalitaires, et celleux qui n’y existent plus, dans cette totalité.

                Ce qui fait le sexage me semble au reste profondément lié à la relation, cette évidence-désir, tout comme ce qui fait le pouvoir en général. Et j’ai par conséquent la furieuse impression, depuis la crevasse où je me suis partialement assis, que tout ce qui flatte et vivifie la relation et son monde, l’individu, le sentiment d’un soi, le désir de quelque chose de « supportable », tout ça nourrit le présent, le sexage et bien d’autres choses que touTEs s’affirment combattre.

                Je ne sais ce qui serait le plus dangereux, de laisser les mecs antisexistes faire leur popote, sachant que quand même il leur arrive d’en défaire un peu, et que leur sauvetage de la communauté de relation ne se profile qu’à moyen terme, ou bien de les éparpiller par des sabotages sans cœur ni pitié, c’est à dire de les désespérer un peu plus; on sait ce que font encore plus qu’à l’ordinaire les mecs désespérés de ne plus exister, révolos ou pas : viols, meurtres de masse, etc. Ceux-là paraissent moins dangereux ? Mais pour qui ? Et pour combien de temps ? Qui peut croire que quiconque se rassemble pour relationner puisse être inoffensif, dans un monde bâti par, pour la relation et le rassemblement, et dont pas mal n’arrivent plus à ignorer l’épouvante ? Parce que là gît la question : qui s’autorise à nominalement soupçonner que la relation n’est que ce qu’elle paraît, rapport de force et de domination ? Certainement pas celleux qui l’idéalisent, dominéEs comme dominantEs. Je parle d’un point qui n’est pas le leur, qui est par force hors de cet idéal actif. Pour unE désagrégéE, ce genre d’entreprise de rafistolage de l’idéal est un danger de plus, un danger pour des viandes, pas pour des sentiments de soi qui sont crevés !

                Ces entreprises sont les bétonnages d’un monde qui a mené les séparéEs à des conséquences pas folichonnes, par le renforcement entre autres de l’identification des relationneuXses à des elleux-mêmes moins déplaisantEs. Je ne jurerais du reste pas que chez les « déconstructeurs », il n’y ait des séparés en instance d’éclatement. Pour en arriver où ils en sont, ma foi, il faut quand même déjà en tenir, si j’ose dire. Mais gare à ceux-ci, alors, car c’est eux aussi qui feront les frais de la cicatrisation amorcée, si ils restent au milieu : ils seront jetés à la fin comme ce à quoi ils auront servi : de vieux pansements, et sensiblement dans un état semblable ! Il ne leur est peut-être que temps de laisser tomber le cassage de croûte, et de passer au travers d’eux-mêmes pour arriver là où personne ne les attend, et surtout pas leur soi nécessaire, fût-il déconstruit ! Vieux pansement pour vieux pansement, mieux vaut transmettre la peste que le sentiment !


 

 

 

Les popotes communes cultivent le présent.

 

 

Sauver la relation c’est sauver les dominations !

 

 

Séparations !

 

 

 

 


Le Rabat-Joie, 1998


 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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