Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 15:52

 

Pareil. On liquide. Pas le moindre courage à terminer ces deux textes, qui font suite à Marteau ; et pour le premier à la misérable manif de mise en valeur de l’évènement qui s’en est suivie - céquifaut rien laisser perdre, pour négocier l’intégration et se sentir exister toud’même…

 

 

Les mène-le-deuil

 

 

Les cogérantes mènent le deuil.

Les fidèles, actrices de leur vie sociale, adhérentes au bien commun, les suivent.

Les vilaines qui ne veulent pas des bienfaits de ce monde sont cachées dans leurs trous. 

 

Autrefois on demandait de la pluie, ou de la bienveillance royale. Et puis des fois on demandait plus et c’était le soulèvement. Á présent on demande des droits. Et on ne se soulève plus, c’est mauvais pour le commerce et l’assurance-vie.

 

Il y a des endroits et des époques où un comico ou une adminstration incendiée ponctuait et ponctuera nos mortes. Ici et maintenant, ce sont des processions rogatoires derrière nos gardeuses d’oies à la badine mentale et politique, qui mènent le deuil ; et surtout le mènent vers la perfection de cette société, dont elles attendent bienfaits et places. Le pire étant qu'elles y croient autant que leurs ouailles. Et réciproquement. 

 

Et non, rien ne brûle, de ces tribunaux, administrations, hôpitaux dont pourtant nous nous plaignons si fort. Ce n’est même pas parce que nous ne sommes pas nombreuses ; dans bien des endroits nous le sommes bien plus qu’à l’époque de Stonewall à NY. Nan, c’est que nous avons peur de nous retrouver à poil. C’est que la justice, le droit, le statut et leur corrollaire, l’accès au sujet de cette société, l’argent, sont nos habits. Comme ceux d’à peu près tout le monde, coupés inégalement, bien sûr (sinon où serait le mérite ?) Habits aussi problématiques que ceux de l’empereur dans le conte. Habits qui ne nous sont propres, que nous ne maîtrisons en rien, qui nous sont octroyés et peuvent nous être retirés, à distance, selon la volonté et les intérêts de la domination. Mais être à poil, n’être que nous-mêmes, quoi, nous paraît un sort encore plus affreux, incertain. Mieux vaut nous promettre à la mort et rester vêtues – provisoirement, le dépouillement dans ce cas étant total, radical, déshabillées de nous-mêmes, de notre peau ! De notre peu que nous ne savons pas défendre, que nous ne savons que négocier, assez bas d’ailleurs. Il est vrai qu’on n’apprend rien d’autre dans les écoles de la république ou des autres religions.

 

Notre habit rêvé, c’est la bonté enfin révélée de ces institutions, c’est le roi enfin débarrassé de ses mauvais conseillers, c’est dieu enfin sur terre, et la distribution congrue en toute justice. Nous ne nous autorisons à espérer ni à vouloir rien d’autre, ce serait l’anarchie. Alors c’est sûr qu’on va pas y foutre le feu. Nan. On va processionner avec des gueules de quarante pieds de long, crier notre colère platonique (pléonasme, je pense), poster une lettre au culbuto en chef pour avoir une loi – loi qui va, bien sûr, mettre fin à la haine systémique du féminin dans un monde patriarcal, faire qu’on ne remarquera plus ni ne se moquera de nos fréquentes gueules de travers, enfin qu’on nous traitera avec tous égards. Et le plus triste, c’est qu’il y en a parmi nous qui ont fini par y croire, bien plus naïves en cela que beaucoup de nos prédécétrices. Et qui, le lendemain de cette possible loi, se réveilleront avec quelques critères d’évaluation de plus au derrière – mais attention, autogérés par les expertes de la communauté, ça change tout dans la dépossession de soi ! – et autant de mecs décidés à nous buter. Le jour où une loi, et tout le système répressif qui va avec, empêcheront un meurtre, et surtout un meurtre de normalisation sociale, je veux bien qu’on me réveille avant l’aurore pour y voir ! Pour tuer des nanas, et surtout des nanas trans, les gens sont prêts à crever, à se pendre même, on l’a vu récemment ! C’est un impératif trop catégorique. Céqui faut sauver le m-monde, viril, productif, sexualisé, de la pourriture et de la décomposaition féminine ; ce même monde pour la perfection duquel nous portons le deuil ! On n’échappera pas à ça avec des lois ; si on veut réellement en sortir, renverser les formes sociales masculines, et pour cela créer un rapport de force egt un autre rapport à nous.

 

Je l’ai déjà dit et écrit bien des fois, je ne porte pas le deuil. Et je ne clame pas de colère. Ce ne sont que des sauve l’honneur dans l’avalage de couleuvres. Rien’af de l’honneur.

 

Nous en sommes à rejouer, au milieu d’un monde structuré par la haine de ce que nous représentons, la triste mélodie du choix forcé de protec’s, état d’un côté, médics au milieu, gérantes de la transitude d’un autre. Á tous, nous sommes contraintes de céder nos vies en gros, nos morts au détail.

Á part nous soustraire, autant que possible, avec une vie plus pauvre mais plus libre, et ne nous fier en rien aux bio, non plus qu’à toutes celles qui nous veulent du bien, ce qui peut je pense nous sauver dans un nombre important de cas, je ne vois pas de direction à prendre, autre que la résignation à l’état de fait, assaisonnée de défilés indignés. En cela nous ressemblons tragiquement aux stigmatisées et aux exploitées de toujours. Il serait d’ailleurs temps de nous comprendre autant dans cette position historiquement quelque peu répétitive, pour ne pas dire universelle, que de porter sans fard là où ça biche plus spécifiquement : nous nous trouvons à rebours, les f-t’s, de l’ordre sexué et de son évolution, qui est censée aller vers les formes m, toujours et encore.

 

 

 

 

Notre mort nous-mêmes

 

 

Les loquedues « comme » mézigue, qui nous sommes faites, et là j’insiste, nous sommes faites parce qu’au bout d’un moment tu sais très bien ce qu’il en est, si tu persévères c'est en connaissance de cause - bananer, maltraiter, mépriser, et qui néanmoins continuent de sauver la boutique en la tenant 24/24 – pendant que les mieux placées sirotent des sodas au jardin – eh bien j’en ai, cette fois ci, radicalement marre de les plaindre. Elles crèvent ? Tant pis pour leur gueule. Elles savent. Moi aussi je crève, moi aussi j’ai tenu longtemps, trop longtemps, la boutique, même si à présent je les vomis. Mais bien fait, bien fait. J’y suis revenue trop longtemps, trop vieille, à ce vomi. Je le dis, passé trente, trente et quelques, ce n’est plus soutenable d’y revenir.

 

Et la manière dont nous avons, à l’occasion, maltraité à notre tour, quand les cheffes, les évidentes, les qui ne se discutent point, nous jetaient en proie la super loquedue, la pas bien, la perdue – eh bien je suis désolée, mais par là aussi nous avons précipité notre mort. Et cimenté la justification de notre tourment. Encore bien fait.

 

Je le dis aux autres loquedues, bio comme trans, qui s’agrippent au comptoir, ou qui ont trouvé le bonheur dans un canapé : si vous venez à crever, à crever de votre veulerie roublarde et craintive, des conséquences de votre confiance, de votre abandon, de vos consentements répétés, je ne verserai pas une larme, bien au contraire. Je ne crois pas à la politique du pire, je ne crois pas un instant que la mort au cul fait lever les fesses et radoube la pensée critique ; bien au contraire aussi. Mais là n’est pas la question. La question c’est que zut, on se fout encore plus de soi, du monde et de celles qui pourraient, auraient pu être ses camarades, quand on fait partie des quart-de-solde, et qu’on y reste que quand on fait partie de celles qui prospèrent. Et que la patience, ça va bien un moment : ça n’a jamais rien donné non plus, côté émancipation et bouleversements.

 

Nous sommes, par là, les principales responsables de notre mort, et de notre mort très sale, très basse, très rampante, la confession et la profession de foi sur les lèvres, ne pas mourir hérétiques, hé !

 

Nous nous cuisinons nous-mêmes pour devenir comestibles. Hé bien tant pis, et bien fait. Je le dis franchement, je ne lèverai plus une phalange pour contribuer à ce genre d’intégration, et je ne verserai pas une larme quand crèveront les indispensables, majoritaires perdantes de cette misérable loterie à la normalité. Pas plus, d’ailleurs, qu’elles n’auront fait montre de la moindre solidarité avec les loquedues et inabordables comme moi et d’autres.

 

Je dois le dire, nettement ; quand je lis, entends le déluge monotone d’espérance plate et de consentement pourri, de celles « qui sont devenues de vraies femmes » - et ne sont donc plus des trans puantes et inachevées - à celles qui font la queue devant les divers guichets de la reconnaissance de nos zidentités par les institutions de ce monde, depuis la justice jusques à l’amour, je me dis, en voyant déjà comme la plupart d’entre nous finiront, l’illusion passée, poursuivies dans les rues, leur sésame légal et évidemment inefficace en poche ou à la main, rejetées, isolées, malades, devenues inutiles à leurs protectrices bio exotisantes, eh bien oui je me dis, ce sera bien fait, merde ! Ce sont elles qui actuellement surinent discrètement les non-consentantes, les critiques, les insupportables et les inintégrables, pour s’assurer la place au soleil que l’ombre de la révolution réactionnaire et du retour aux fondamentaux assombrit pourtant déjà. Eh bien c’est aussi stupide que la justice, la némésis. Elles crèveront de ce à quoi elles auront assidûment adhéré. Je n’éprouve aucune pitié, aucune solidarité envers elles, qui n’ont qu’horreur pour les trublionnes dans notre genre, et qui sont bien contentes quand nous disparaissons, ça leur fait un emmerdement de moins, une épine de moins dans le cul, et une mort de plus à négocier. Mais surtout elles auront tout bêtement, matérialistement, empêché toute avancée vers un renversement radical, abondé le système même qui, masculin, misogyne et fétichiste, ne pourra que nous offrir en pâture au loquedus auxquels il ne pourra plus fournir le nécessaire. Dans ces cas là le nécessaire redevient centralement la haine des femmes, leur viol, leur meurtre, derniers ciments sociaux, et les f-t’s bien entendu en toutes premières, avec collaboration des biotes qui espéreront retarder ainsi un instant leur passage à la machine. Nous y sommes même, je pense, à peu près déjà. Alors même que nous nous gorgeons de belles paroles sur les droits et l’état civil, la situation se tend un peu partout, et les meurtres se multiplient. On ne saura peut-être même pas jusqu’où nous eussions pu aller, si nous avions eu quelqu’audace, car il est bien possible que nous soyons toutes massacrées bien vite, et que ce soit cela qui fasse de nous une anecdote de l’histoire – ou bien un de ces fantômes insistants, de ces rêves d’échapper au carcan qui renaissent obstinément. Dans ce cas là, espérons qu’une future vague féminisatrice ne se flanquera pas dans d’identiques impasses.

 

Nos morts ne sont pas que dues à une action extérieure de la domination, et aux sombres complots despotiques que cela suggère ; elles sont dues aussi, et je pense achevées, sanctionnées par notre propre appétit à réaliser les formes de cette domination, vues comme libératrices, et notre absence à peu près totale de critique à cet égard, notre énergie étant mobilisée dans la revendication de cette réalisation intégrative. C’est hélas une vieille scie des luttes sociales. La lutte même, et le social, nous avalent, président à notre passage naïf et confiant à la broyeuse, quand ce n’est pas à notre extermination mutuelle. Et je le redis une dernière fois : nous ne sommes pas des imbéciles, je le sais très bien, pas la peine de faire semblant. Si nous ne nous en prenons pas aux logiques de ce monde à la racine, et voulons au contraire nous les approprier, c’est délibérément. Je ne crois pas un instant que nous ne soupçonnions pas, pour le moins, que ces logiques sont celles du pouvoir. Il nous tombera sur la gueule, et nous l’aurons bien cherché. Comme toutes les identités sociales qui veulent le rester, nous faisons la queue devant les guichets de l’utilité et de la raison des choses, d’où sort notre mort. Sans queue pas de guichets. Nous collaborons, comme bien d’autres, à notre anéantissement. Couic donc !

 

 

 


 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines