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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 17:35

 

 

"On avait eu les minutes de l'amour, on attendait les minutes de la haine. On n'eut pas longtemps à attendre"

"Thank you Saddam, tract diffusé en janvier 91)

 

 

 

Tout le monde a l'air grimpéE sur les chaises à propos des révolutions, enfin disons des fins de dynasties en cours.

Je dois avouer, je suis un peu douchée depuis le précédent de 89. Je me rappelle encore mon cohabitant, que je n'avais pas encore réussi à décourager, un anar de la génération avant moi, entrant tout transporté dans ma chambre, en notre logis de courants d'air (que je regrette fort aujourd'hui dans mon garage). Il était tellement heureux de voir des stals virés qu'il en criait. La fuite de Ceausescu en hélico avait frappé son imagination. Bien vite, devant l'étrange chasse aux insaisissables "securitateae", les fosses communes introuvables, le règne d'Iliescu, les mineurs envoyés contre les étudiants avant d'être eux-même virés, l'armée en arbitre, on a oublié la liesse...

Autre flash back littéraire : l'annonce de la prise de la Bastille dans un salon parisien : tout le monde est sur les chaises, tout le monde crie.

Puis il y a eu la suite. Nettement plus morose. De la vertu coupante aux généraux en passant par la guerre de conquête, forcément, puisqu'il fallait exporter le bonheur, fut-ce à coups de bottes...

 

(Le bonheur semble ne plus pouvoir exister qu'à condition d'être exigé et imposé. "Sois mon frère/ma soeur ou je te tue" a été modernisé en "Sois heureuXse, jouis et fais jouir, sans quoi tu es unE ennemiE des peuples")

 

Je ne crois obstinément ni au "sens de l'histoire", ni aux "complots" et autres théories des "élites qui sauraient et seraient derrière tout". Mon oeil. Ces "élites" sont à aussi courte vue que les autres.  Et même un peu plus. Aussi incapables que stupides, la seule différence étant la taille du gourdin. Les prochaines élections et le profit immédiat. Pas le genre de chose qui vous rend capable d'imaginer un monde, fut-il de "contrôle". D'où des gaffes monumentales - et facilement meurtrières évidemment. 

Heureusement pourtant, d'une certaine manière, si j'ose dire ; je me sens rarement à l'aise avec les les gentes qui imaginent des mondes. Là encore, on a plutôt une sale expérience de la chose... Et si réellement les "dominantEs" avaient des plans diaboliques et efficaces, on serait encore plus dans la détresse, ce qui n'est pas peu dire. 

 

Je serais plus proche de l'interpétation des mes ancienNEs amiEs de la critique de la valeur : quand on est touTEs engluéEs, à quel titre que ce soit, dans un monde obsessif et répétitif, allez donc en sortir et ne pas le reproduire sans reprendre à des choses qu'à peu près personne n'a envie de contester... Le propre de la valeur, c'est d'être les personnes. 

 

Bref, là, en voyant des photos de chars enguirlandés et acclamés, je me suis souvenue de ce tract qui circula environ le temps du déclenchement de la seconde guerre du Golfe, début 91. Il fut longtemps affiché sur un mur de ma cagna, et il doit être actuellement dans une chemise que les rats dégustent. Je n'en ai donc pas le texte, que je vous aurais bien transmis, puisqu'on parle tant de transmission dans ce monde d'oubli opportun.

Il s'intitulait "Thank you Saddam", reprenait une hypothèse possible mais jamais confirmée sur les Etats-Unis poussant le "dirigeant arabe éclairé" à s'emparer du Koweit pour pouvoir tomber sur l'allié devenu encombrant.

 

Mais surtout il était prédictif et systématique. Il constatait des invariances. Comme la succession nécessaire, pévue par Orwell, des passions obligatoires : les minutes de l'amour... puis les minutes de la haine. Ah ces "émotions de masse", désormais disponibles sans aucun péril (encore que, ça dépend quel genre de péril) par le virtuel... Il faut res-sen-tir, mes petites loutres ! C'est fondamental pour la révolution, cf l'Insurrection qui vient et revient et trois petits tours et...

Le chaos minuté profite toujours aux invariances. Et l'armée, le pouvoir nu comme un sabre dégainé, en est une, une bonne vieille. Qu'elle soit d'ailleurs officielle ou clandestine.

 

Et aussi, donc, le retour des militaires, désormais garants de la croissance que mettent en péril les petits ou grands tyrans trop rigides (Franco, dont le dauphin Carrero Blanco fut expédié en l'air certes par l'ETA, mais sous le discret regard très favorables de pas mal de gouvernements), ou trop peu enclins à la redistribution, ce qui finit par coincer le dialogue social. Ce qui semble être le cas actuellement, si j'ai bien saisi dans mon état de schizophrénie larvaire.

Les militaires, sur le devant de la scène, paternels et opportuns. Et là aussi, ça en fait surgir des images et des souvenirs, depuis Napo et les lendemains du premier "meilleur des mondes". Les militaires qui nourrissent le peuple (sous la troisième république, en france, les sdf de l'époque faisaient la queue pour le rab de gamelles à la porte des casernes ; c'étaient les restaurants du coeur de l'époque. Vive l'armée ! Un peu moins quand elle tirait sur les grévistes (mais, dame, à l'époque les socialos n'avaient pas encore inventé la police anti-émeute).


Là encore, d'ailleurs, ça me rappelle les appels du pied des Chinois envers l'occident après Tien an Men : "On a rudement besoin d'une police anti-émeute, pasque nous, entre rien et les chars, ben on n'a rien". Aussi tôt dit aussitôt fait, quelques années après la république du peuple pouvait s'ennorgueillir de riot troops formées en Europe.

 

Et notre increvable cinquième république, oublie-t'on qu'elle vit le jour dans les mains crochues d'une menace de putsch militaire ?


Les militaires, tranformés on ne sait comment en ultimes papas-gâteaux de recours. Chavez partout. Non mais... De qui se moque-t'on ?

 

Bref, tout ça pour dire que ça rappelle bigrement bien des déconvenues. Et je ne parle pas des nôtres,  vu qu'en europe on a clos les foucades napoléonniennes et boulangistes avec Portugal et la Roumanie. mais de celles des gentes qui se font casser la figure, pour que demain la valeur, le marché, les inégalités, et la paix civile de course folle que l'on sait se juchent sur de nouvelles épaules. 

 

Bon, moi je crois que je suis sur la sortie, et que ce ne sera plus moi qui serai là pour entendre causer de la prochaine accélération des choses, dans quinze ou vingt ans, vers un monde fleuri et rentable. Mais bon dieu, quand vous voyez des tanks, même et surtout couverts de fleurs, dites vous qu'y va y avoir pas mal d'os dans la purée.

 

Tiens, d'ailleurs, il y a des nanas dans la rue, comme souvent plus audacieuses que les mecs - mais dans les chars ?

 

 

La vieille Plume

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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