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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 08:08

 

http://www.lalibre.be/societe/insolite/article/734593/des-robots-prostituees-des-2050-a-amsterdam.html

 

Les androïdes, comme dans K Dick, quoi. C’est pas trente ans en avant, c’est soixante ans en arrière que nous voilà dans les conceptions, les fantasmes et les craintes. C’est le tarif du progrès. Un pas en avant deux pas en arrière. D’ailleurs, est-ce que les androïdes feront le « service social et psy », qui est une part non négligeable de notre boulot ? Bah, il y a justement des androïde psy (docteur je sais plus quoi) dans K Dick ! Et une machine peut fort bien appliquer les schémas simplistes des écoles de psychothérapie, de positivation et d’empowerment. Peut-être même seront-elles encore plus persuasives que des humainEs, lesquelles ont toujours de ces possibles réserves, réticences et doubles fonds qui peuvent gâcher une bonne remise en forme.

 

Les « rêves » d’aujourd’hui, si toutefois on peut parler de rêve au sujet de ces prospectives daubées et sinistres, sont de plus en plus fréquemment ce qui paraissait déjà et pourtant hier comme un désastre et une ergastule à fuir. Ça en dit long sur l’impasse sur le fond de laquelle nous nous cognons la tête avec entrain. Il ne nous reste plus qu’à évoquer les fantômes d’un passé raté. Et à souhaiter la réalisation de ce qui fut la provende de la science-fiction dystopique d’hier, laquelle nous présentait assez justement ce qui était à craindre. Mais aussi réclamer en frissonnant ce contre quoi nos parentEs et grand parentEs se sont battuEs.

 

Plein emploi, tiens, tout le monde utile, utiliséE, au boulot, à la famille, à la culture, cet enfermement des années 60 après lequel toutes les identités sociales courent aujourd’hui, nonobstant qu’on ait autrefois tenté de se défaire de ce cauchemar tayloriste. Zamiatine, la valorisationde tout ce qui est valorisable et les tablettes tactiles unies dans la frénésie comme dans la dépossession. C’est qu’il ne s’agit plus de s’émanciper – il s’agit désormais de s’entasser dans la capsule de sauvetage, où les conditions promettent de devenir à peu près aussi favorables et passionnantes qu’au beau milieu du vide spatial. Ce vide que nous met déjà sous le nez l’effondrement des zones dévaluées.

 

Mais n’avons-nous pas un peu le même genre de terreur du vide envers une hypothèse où disparaîtraient vente, achat, équivalence et évaluation ? Il est vrai que, dans les dispositions actuelles, ça sentirait plus le massacre mutuel et l’extorsion infinie que le dégonflement et la sortie des injonctions. Mais de toute amnière, si on n’en sort pas on y va aussi tout droit. Simple question d’épuisement de l’accumulation. 

 

Ainsi donc aussi de la famille ; arrivée là je reste tout de même assise sur mes talons, admirative. On a autrefois fait les efforts les plus compliqués pour arriver à s’extirper, plus ou moins bien, avec plus ou moins d’élargissement, de cette boîte de sardines qui ligote plus qu’elle ne lie, par le mariage, l’enfantement, la parentalité et j’en passe. Le paradis n’est nulle part, mais on était bien contentEs de l’avoir un peu ouverte aux forceps, la boiboîte. Eh bien la débine actuelle, le besoin de reconnaissance qui ne trouve plus rien d’autre où s’accrocher, nous y ont ramenéEs, que dis-je, carrément re… ; nous voilà réentasséEs dans l’idéal des deux (ou éventuellement plus, chacunE avec son jugement d’autorité dans la pochette) nadultes et de leur ribambelle de gosses, qu’on imagine à vélo le dimanche à la file sur les voies vertes (et je cause là du segment dit « privilégié » - drôle de privilège cependant). Encore quelque chose dont on avait entrevu la fin, et qui a repoussé en nous comme une larve parasite, une douve du bulbe. Á ce point d’ailleurs que maintenant, paraît-il, on décore des cadenas, oui, des cadenas, en guise de célébration d’unions. Demain ce seront des menottes. En plastique biodégradable. Vive la prison, quoi (ce qui est d’ailleurs un des leitmotivs enthousiastes de ce temps : que personne ne soit dehors !).

Remarque, on en est bien à revendiquer de rentrer dans les ordres…

 

Quand aux apprentiEs révolutionnaires de l’amélioration, ellils se projettent – en juges ! Étonnant comme les chats-fourrés de Daumier font désormais triper les espoirs. Pasque c’est bien sûr à coups de droit positif qu’on sortira du cauchemar. Et quand il se retourne contre nous, dans sa logique propre, on n’a qu’à crier « justice pourrie », histoire de se défouler, ça ne coûte pas cher. C’est le carcan juridique qui coûte jusques à nos peaux. Nos peaux que nous lui confions bien inconsidérement, à ce tanneur. Mais à qui ne les avons-nous pas déjà con fiées, abandonnées, négociées et bradées ? Á la relation, à l’économie, à la nation et tout ce qui s’ensuit. Alors, un peu plus un peu moins…

Une nana américaine, récemment, ne s’y est pas fiée, n’a pas confiée ce qu’elle pouvait faire illico ; pour une fois la transgression en est une, et une bonne, aller au-delà. Á coups de ciseaux. Sur le mec qui lui sautait dessus. Couic le mec. Mille mercis à cette personne pour nous avoir rappelé que rien ne vaut s’occuper soi-même de ses fesses, de manière, comment dire, pragmatique. Et sans attendre justice. Elle s’est fait coxer, zut. Justice partout, hélas. J’espère qu’on n’est pas au courant pour d’autres qui ne se sont tout simplement pas faites choper, méthode Beignets de tomate verte ! – Dans le monde du Bien, comme ce serait d’ailleurs dans un hypothétique du Mal, tout aussi nœud, la tête chercheuse scrute pour tout passer en valeur économique et pénale. Quand comprendrons nous que coupables et victimes ne sont à ses yeux morts que des occasions de se renforcer et de s’enrichir ? Et que nos vies lui indiffèrent suprêmement ?

 

Dans un contexte tout voisin, la relation étant une forme de l’économie, voici le retour des morts-vivants, l’effarant recours des welfaristes à la figure de… Roosevelt ! Qui ne trouva pas mieux que parier sur une guerre générale, que d’autres, eux aussi passionnés par la technique et le développement, eurent effectivement la générosité de commencer, pour relancer l’économie, laquelle ne peut sainement « repartir » que sur les vides laissés par la destruction et leur remplissement. Classe la nouvelle donne, après les vagues de bombardiers et les exterminations de populations. Pour stimuler la production, à quelle redistribution des cartes de vie ne consentirions nous pas ?

Car rien ne semble faire plus peur que la fin du travail, de la production de masse et de la consommation, de notre misérable richesse d’ersatzs, de prothèses et de babioles.

Il est vrai que cette terreur n’est pas absolument injustifiée dans la mesure où, agrippéEs à nos rêves de reconnaissance, d’appropriation et de croissance boulimiques, nous sommes bien décidéEs à endurer et même à pratiquer la barbarie pour en faire subsister les restes et lambeaux un peu plus longtemps. On en voit déjà les prodromes : la piraterie et la tuerie comme alternatives « franches » et libératoires au commerce et à la représentation classiques, qui éliminent en douce et au loin ; l’important restant que les biens et les territoires prévalent, circulent, soient attribués et valent quelque chose, fut-ce de la vie nue. L’existentialisme nous en avait déjà touché un mot avec Fanon ou Sartre, après Nietzsche et Sorel ; de nos jours c’est l’insurrection qui vient et ça se passe même de mots. La violence libératrice – qui libère effectivement les forces productrices, les formes viriles et exterminatoires qui vont avec. Les gentes sont toujours de trop. Toi aujourd'hui moi demain, ou l'inverse. L'économie durable, néolibérale ou keynésienne, sous son grimouillis habituel de nécessité politico-historique, va nous en toucher un mot, et pas qu'un mot d'ailleurs. Elle va taper sur l'épaule pour dire de dégager, que les susditEs coûtent trop cher. A mesure de l'apauvrissement, comme c'est surprenant. Classe, là encore ! On se la rejoue, des fois qu'on n'ait pas encore bien décelé toutes les subtilités du scénario. 

 

Il sera alors temps de recourir aux manières fortes que l’on n’impose encore aujourd’hui qu’aux déjà inutiles. On en est déjà, en Europe même, à des dispositions légales de type autoritaire, pour protéger la bonne marche de la production. Mais, même là, on se plaint de l’humain retard ; ainsi, un général français soupire-t’il devant le manque de cartes d’identité en Afghanistan. Ah, cette brave et bonne identité, mise en place par des régimes qu’on fait semblant d’oublier, et si utile à déjouer toute fraude, toute échappatoire. Mais grâce aux prouesses de nos ingénieurEs et à la collaboration de nos citoyenNEs, on va touTEs se voir pucer. Gloire à ce Moreno qui vient de périr, à qui nous sommes redevables d’un instrument de contrôle et de contrainte induite qui pourra nous suivre, sous la peau, jusques dans les charniers du stade ultime de la valorisation !

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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