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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 10:13

 

On a pensé des fois à nous en de singulières circonstances. Ainsi de ce message radiodiffusé, envoyé par les insurgéEs de Kronstadt, la veille du 8 mars 1921, alors que l’armée rouge venait de commencer son attaque sur la ville :

 

« Aujourd’hui est un jour férié universel, la Journée des femmes ouvrières. Au milieu du tonnerre des canons, nous envoyons de Kronstadt nos vœux fraternels aux femmes ouvrières de l’univers. Puissiez-vous bientôt vous libérer de toute forme de violence et d’oppression. Longue vie aux femmes ouvrières révolutionnaires ! Longue vie à la Révolution sociale dans le monde entier ! »

 

Cela dit, et comme on va le voir, des fois il vaut mieux qu’on vous oublie, plutôt que de vous assigner un destin, fut-il de porter les espoirs de touTEs les avides et autres éspérantEs. L'émancipation commence quand on cesse de mettre ses rêves sur le dos d'autrui.

 

Je m’étrangle tranquillement ce matin en lisant les innombrables inepties publiées dans les journaux. Ah, ça, comme on dit avec les amies d’ici, y a pas de quoi être marsiennes ! Ainsi de cet épouvantable article paru dans la Libre Belgique, dont je vous extrais ce passage :

 

« Papa travaille. Maman travaille. Il est de plus en plus difficile de se passer d’un salaire pour se consacrer aux enfants uniquement. Pourtant, il faut se résoudre à faire des choix : la crèche ou le retour à la case "maison". Si le dernier cas est choisi, c’est souvent la mère qui décide de faire un trait sur ses engagements professionnels pendant un certain temps. La punition ne se fait pas attendre : pas de salaire, une carrière stoppée avec tout au bout une pension qui se réduit comme une peau de chagrin et qui, le jour venu, deviendra peut-être une cause de précarité.

Que se passerait-t-il si les femmes, pour ces raisons, refusaient la maternité ? Cette question n’est pas rhétorique et le danger d’une dégradation au niveau démographique aux conséquences dramatiques doit être considéré.

[...]

On risquerait d’avoir à terme des taux de fécondité dans le monde qui chutent et ce, en dépit de l’envie bien naturelle des femmes d’avoir des enfants. Quand viendront donc de vraies "compensations" pour celles qui veulent "materner" à temps plein ou à temps partiel ? Pourquoi doivent-elles dépendre financièrement de leur compagnon ? Pourquoi sont-elles "punies" à la retraite ? Parce qu’elles ne disent rien ? Parce que leur voix est trop faible pour être entendue ? Parce qu’il y a tant d’autres problèmes plus importants que celui-là ? Parce que c’est un poncif et que cela peut encore attendre ? »


Ah c’est splendide, ahurissant ! La guerre et le travail sont décidément leur réciproque continuation par les si fameux "autres moyens" ! Mais y a une évidence qui, elle, ne bouge pas d'un poil : la raison d’être des nanas (bio, mais qui sait ce qui va arriver dans quelques années, si l’inflation de moyens se poursuit ? Va-t’on, les T, nous mobiliser aussi ? Le désir qui envahit déjà les M-T va-t-il se jeter sur nous ? Argh !), la raison d’être donc des nanas est de pondre. Et leur raison de bipèdes de bosser ; c'est même juste en cela qu'il y a "égalité". Point. La baise/maternage et l’usine/bureau, voilà l’horizon du Titanic humain, côté F, et les deux seuls pôles entre lesquels il est loisible de s’équilibrer. L'avenir ? Mais des crèches, un raz de marée de crèches pour que la ponte continue et enfle, des crèches pour tous les petits jésus et pour les vierges Marie bénévoles, désirantes, productives, rentables ; au secours !

Un peu plus de taf, un peu moins de ponte, ou l’inverse, ou les deux, à fond, à mort ?

Si on ne veut ni enfant ni boulot (ni mec), ah là c’est l’asocialité sucrée de crime contre l’économie, laquelle a tellement besoin de futurEs consommateurices et de futurEs exploitéEs. L’idéal étant de fondre les deux en un.


Notre vieille Valérie (reviens !!) avait, on peut le dire, traité le problème en quelques phrases : qu’est-ce qu’on en a à foutre de relationner, de baiser, et surtout qu’est-ce qu’on en a à foutre des « générations futures » ?! Clac. Ciseaux encore plus radicaux que ceux que nous agitons bien souvent sans grande conviction. Nous n’oserions tailler que dans les images et les fantasmes, elle taillait dans le vif, la bougre. Elle parlait de nous, et non pas des autres. Quand refuserons nous, justement, ce fichu idéal de reproduction, et ce non moins fichu idéal de la colle ? Histoire de vagabonder quelque peu.


C’est là que l’on voit les limites de la critique tronquée : elle nous ramène toujours au même, par les courbes les plus ondoyantes. Les nanas de l’imaginaire révolutionnaires étaient et sont toujours résolument des « travailleuses », intégrées dans le monde ô combien masculin de la production sacrée. Il ne leur en était déjà loisible de sortir que pour reproduire la valeur, d’une autre manière, sous forme de lardons ; je songe aux chambres froides du Palais de la Maternité de Petrograd, décrites par Babel (Isaac).


Et qu’est-ce qui unifie ces, somme toutes, deux aspects du travail que sont la reproduction de la valeur, et celle des reproducteurices elleux-mêmes ? Mais le droit, cette rhétorique de la possession, de la dépossession et de l’objectivation, bien sûr.


Les bras ne m’en sont donc même pas tombés lorsque j’ai lu cette recension judiciaire 


http://avocats.fr/space/caroline.mecary/content/les-affres-de-la-separation-pour-les-enfants-d-un-couple-d-homosexuelles---tgi-senlis-fevrier-2012_8B9E9CBC-B28C-4E96-9567-85AA88DCAB8F


Aussi ridicules que les hétér@, décidément nous sommes. Jusques dans la succession des détails, la mesquinerie et les vies qu’on pourrit à soi-même et aux autres.


Quand est-ce qu’on envoie bouler la relation obligatoire, le couple, la famille, les lardons, le boulot, et le pouvoir qui vit là-dessus à nos dépens ? Quand est-ce qu’on se débarrasse de cette subsistance qui nous fait psychopathes, à la fois serviles et cannibales ?


Ou bien est-ce que nous singerons encore quelques siècles (optimiste !) les formes du patriarcat ?

 

Bref, méfions nous autant du 1er mai que du 8 mars, et désertons autant les maternités, les garderies, que les usines et les cuisines, sans parler des prétoires. Nos émancipations, la prise de nos vies, c'est pas là qu'elle se trouvent ; ça se saurait. 

 

Et que les rêveurs d'un monde plein comme un oeuf nous oublient - à moins qu'on ne le leur fasse radicalement oublier ?

 

 


 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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