Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 12:03


 

 

« Les habitants du pays de cocagne ne manquent de rien, mais comme ils ne veulent pas manquer de plaisir, ils ne veulent pas non plus manquer de manque »

Günther Anders

 

 

Rien à faire. S’il y a quelque chose qui a toujours angoissé, attristé, déçu, révolté, indigné, ce sont les aléas de la production, de sa distribution aussi mais pas que, non, de la production elle-même et de ses insuffisances, si si.

Et ce, bien sûr, notamment des biens les plus symboliques. Il se trouve que désormais l’inné est bravement inclus dans le produit et l’estimation-qualité. Et que si ça ne va pas il faut réclamer. Ma BMW a un défaut de pare-chocs ? Ma bite n’est pas assez longue ? Je réclame. J’en appelle, au besoin. C’est en effet une grave injustice sociale que de n’avoir pas été serviE au mieux. ClientEs nous sommes, jusques au trognon. Et le/la clientE est souverainE (enfin… euh… oui, le contenu de ce terme a subi quelques avanies au cours des derniers siècles. Il ne s’agit plus de vivre une vie autonome, il s’agit désormais que les tuyaux et autres branchements de la dépendance tous azimuts soient disposés au mieux et pourvoient de la meilleure camelote..)

 

Il est vrai qu'à présent il existe également tout un secteur économique voué à la rectification des défauts originels. La souveraineté consommatrice ouvre des tiroirs qu’on n’aurait jamais soupçonnés. Il suffit de voir le contenu des spams sur les boîtes mails. La panique génitale des pissotières d’écoles de garçons est devenu un immense marché !

 

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/10/21/the-question-quelle-est-la-taille-normale-dun-penis/

 

Bien entendu, cela m’a fait penser aux interminables discussions, toujours renaissantes à mtflande, sur les performances des chirs, ces co-producteurices de trans. « Combien de profondeur ? », « Ça se referme », et toutes angoisses qui font appréhender de ne pouvoir jouir à plein de sa « nouvelle vie », de son « nouveau statut », qui incluent bien évidemment et nécessairement un usage optimal de ce qu’on a entre les papattes, lui-même garant de notre valeur relationnelle. Ce n'est d'ailleurs pas spécifiquement trans comme souci et norme - voir toute la littérature formative des "identités", qui ne brasse guère plus que comptabilité des droits et entretien de la tuyauterie.


C’est aussi bête que ça mais je vous assure que ça faire bruire et même mugir. Dans quelques années, quand tout ça sera normalisé par chez nous, je crois qu’on aura d’une part une belle concurrence à la vagino, et d’autre part des files devant les tribunaux pour contester les centimètres promis et pas tenus.

 

Ce qui me conduit bien sûr, comme j’ai l’esprit mal placé, à en déduire que nous aurons encore conquis un domaine, une forme sociale qui était jusques alors le pré carré du patriarcat, réservé aux hommes bio. Et ce faisant réalisé, universalisé le dit patriarcat dans ce qu’il a de plus signifiant et opérant. Que les centimètres aillent dans un sens ou dans l’autre est tout à fait secondaire. C’est une nouvelle valeur, un nouveau chiffrage de ce que je suis.

 

Vous aurez bien compris que les exemples que je jouxte plus haut ne sont pas en eux-mêmes la question, mais qu’ils y mènent inexorablement.

 

Ce n’est pas pour rien que j’ourdissais, mais n’écrirai peut-être jamais vu à quel point je m’affaiblis et baisse les bras, l’Usine à trans. Et je n’y causerais d’ailleurs pas particulièrement des lieux où ça fourbit, bistourise et remodèle. Non. C’est le comment, toute la logique qui prévaut à ça qui me tracasse, dans mes moments de lucidité. Nous sommes, nous nous vivons, nous nous agissons (oui, je sais, la langue se mécanise autant que le reste) comme produits, co-producteurEs (il nous faut de l’aide) et zone de production. C’est d’ailleurs revendiqué depuis des années à queerlande.Production de soi. Okay. Mais il faudra assumer ce dans quoi ça s'insère inévitablement.

Revendiqué – je viens d’ailleurs de toucher à nouveau l’autre appendice de ce « système idéal » (ou idéel ?). La production s’obstine à ne pas être « égalitaire », à connaître des « aléas ». Même quand on la prend en charge nous-même. Le meilleur des mondes, cette cocagnie d’où le manque serait banni, semble obstinément se refuser à nos efforts titanesques pour l’édifier. Il nous faut donc reporter avec foi ces aléas sur la distribution, que de sombre complots et de mauvaises fées s’activeraient dans l’ombre à fausser. Et revendiquer. Revendiquer l’accès, comme on dit, au bien ; mais aussi revendiquer que ce bien soit aussi parfait que nous le désirons. Car rien ne justifie plus actuellement les choses que le désir et sa demi-sœur la peur.

 

La question n’est pas de juger et encore moins d'évaluer tout ça moralement, binairement, en bien ou mal, ou en unités de satisfaction, autre piège des paniques collectives. Ce qui pique ne se niche pas dans la réalisation et son degré de perfection ou de « justice sociale », mais dans les principes mêmes qui les rendent incontournables, et qui se retournent sur le fait, la possibilité même, dans notre cas la transition (mais les cas sont aussi nombreux que les occurrences) pour la faire entrer dans le tunnel des logiques prévalantes.

La question est dans quoi nous sommes entréEs. Á quoi nous participons désormais. Et que si ce quoi se révèle n’être autre que la même machine qui a constitué la virilité, le capitalisme, les concurrences sociales, les exigences de perfection, les abstractions réelles et tout ce bataclan qui nous glisse de tous les organes préhensiles pour « vivre » sa « vie » autonome, et qu’on est bien avancéEs, qu’est-ce qu’on va faire ? Ou pas ?

 

 

La petite murène

 

 

PS : le lendemain, je lis, à propos d'une espèce de foire berlinoise au néo-porno, cette déclaration enthousiaste d'une leader du secteur : " l'Europe produit à elle toute seule assez de films intéressants pour alimenter le festival ". Et sans doute dès demain pour alimenter (!) toutes les cambuses.

Oh comme c'est beau, comme surtout ça résume bien l'intégration parfaite de tout ce qui est imaginable dans le double geste qui structure notre monde de rêve : produire/consommer. Une fois que ce stade de développement est atteint, la félicité est assurée.

Je ne sais par ailleurs plus très bien, au niveau de la signifiance du produit, ce dont il retourne ; l'émancipation avait déjà été avantageusement remplacée par la libération, mais effectivement celle-ci semble s'être pour de bon accouplée, au point d'en rester coincées, avec la distribution. Hier c'était la machine à laver et le mixer, aujourd'hui c'est le porno durable et respecteux de l'environnement humain.

Soupir.

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Dans Les Orties