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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 12:16

 

 

Nième épisode ? Il va de soi qu’il ne faut pas laisser les gentes faire quoi que ce soit d’elleux-mêmes, et encore moins ne rien faire d’elleux-même et tout simplement vivre, quand c’est possible.

 

Il est en effet un monde où seuls existent des problèmes ; et où le destin de ces problèmes est de connaître solution, quoi qu’il en coûte. Sans problèmes tout perdrait sans doute intérêt. Ce monde est le nôtre. Aplaudissons-nous ! Nous nous le tricotons quotidiennement.

 

Un article du Monde, du 29 novembre, nous cause ainsi de l’afghanisation du Mali. Je suis toujours en retard, j’étais restée à la libanisation de mon adolescence. Mais depuis, le chaos et la brutalité économiques et identitaires ont progressé, la main dans la main. Il y a de nouveaux référents. J’apprends même au passage qu’on était déjà passé, entre, par la balkanisation. C’est étourdissant. C’est digne de Vialatte.

 

Ce qui m’a fait régurgiter mon café du matin, c’est une phrase, vers la fin du dit article, dans la meilleure veine philanthrope. « Une formation technique aux métiers de base du bâtiment et de la mécanique permettrait aux jeunes de ces régions, où de toute façon une forte émigration régionale est incontournable, d'échapper   aux petits boulots dégradants de livreur d'eau ou de gardiens qu'ils exercent dans les villes du Sud. » Ben voyons. Tout vaut mieux plutôt qu’ils ne deviennent des bandits (c'est le vrai sens de "petit boulot") – et on sait que ce terme recouvre depuis fort longtemps tout autant les francs-tireurEs les plus cyniques de l’économie que celleux qui l’ont désertée. Il n’est pas sain de déserter, encore moins de prendre au mot les promesses d’enrichissement. Donc on va en faire des manars. Tel quel. Des fois que la construction reparte. Gageons que si demain une armée européenne envahit le Sahel pour en stopper l’afghanisation et inculquer aux autochtones la vraie valeur des choses, elle sera cette fois suivie d’une cohorte de formateurEs déléguéEs de tous les Greta et lycées professionnels de l’Union.

 

On croit cauchemarder, mais non, c’est tout à fait réel. C’est même d’actualité.

 

Et tout à fait significatif : le travail, ce bienfait de la civilisation marchande, peut tout à fait être introduit par le piétinement sourd des légions en marches (accompagnées aujourd’hui du flac flac flac des rotors d’hélicoptères, devenus le bruit de fond de la modernité depuis Apocalypse Now). Même il le doit, si besoin est. Cette éminente source de dignité et de valeur, d’autant plus précieuses qu’elles sont étroitement rationnées, doit absolument prendre possession des possibles bandits de toute la planète. Même et surtout si la déesse économie implose. L’important n’est pas le réel mais le statut. C’était déjà l’horizon univoque en 1848, avec les Ateliers nationaux, où on faisait trimer les chômeurs à creuser des trous puis à les remblayer en les surveillant, contre un bout de pain et un peu de monnaie. Et ça paraissait tellement bien, ce sort, opposé au néant qui semblait déjà être la seule alternative au salariat ou à l’entrepreneuriat, que les dits chômeurs se sont soulevés militairement quand on les supprima ! La boucle est bouclée. Le travail ou la guerre ? Le travail et la guerre, indissolublement liés, voilà le menu du capitalisme, obstinément servi dans toutes les cantines depuis deux siècles. On ne sort de l’un que pour aller à l’autre, ou sombrer dans le néant.

 

Vivre est devenu une occurrence tout à fait obsolète et sans intérêt : ça ne produit pas de surplus, ni d’identité.

 

 

 

coffin turnip

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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