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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 18:02


 

Chanson qui fut célèbre dans les seventies, où, il faut bien de lire, je trouve que le registre des chants politiques était bien plus fourni et plus classe que depuis quelques années. Pourquoi je la rappelle, pasque j’ai envie de causer incidemment du rapport des urbainEs et périurbainEs aux bouseuXses en tous genre, où à ce qu’elles imaginent telLEs, à la lumière d’une controverse bien banale.

 

Décidément, comme je le faisais remarquer dans Renouveau charismatique, c’est une époque fort ingrate que celle où on fait assaut de facilité et de paralysie morale de tous les côtés.

 

Je me suis ainsi étranglée, tout autant que la copine qui écrivait peu après qu’elle « ne pourrait jamais manger assez pour en vomir suffisamment » quand j’ai vu passer l’affiche de la pride parisienne, qui représente une espèce de coq assez bizarre, blanc et rouge. Un coq, en tout en pour tout ! Je ne sais absolument pas ce que les concepteurices de ce logo ont réellement pu avoir derrière la tête tellement c’est moche. Et si c’est pour exalter la fRance de mille ans, eh ben même dans ce but c’est franchement débile. Cela dit, le mouvement lgbt ne s’est pas forcément signalé non plus ces dernières années par son intelligence, et je m’étrangle à vrai dire fort souvent devant ses positions comme devant ses non-positions, sans parler de ses images. Je dirais plutôt qu’il manifeste un net opportunisme intégrationniste, qui culmine en ce moment par son silence gêné devant la nouvelle chasse aux putes (via les clientEs), qui va être menée sans doute par les mêmes (le PS en premier lieu) qui lui promettent mômes et mariages. Ah, oui, c’est embêtant d’être serviEs par des politicardEs, hein ? Et, pour ce qui est des images, on ne peut plus lisse, c’est du niveau de la pub des grandes surfaces.

Des fois quand même on regrette les années 70, où on essayait de vivre par nous-mêmes, sans attendre lois et réglements – et où même des fois on réussissait, dis donc ! Mais bon, bien sûr on n’est plus au temps des babos, nous sommes de citoyenNEs modernes, branchéEs, rebranchéEs, indébranchables et de ce fait désormais légèrement dépendantEs. Et urbainEs, je vais y revenir.

Quant aux affiches, je préfère donc pas trop en parler… L’apologie nuit assez facilement à la qualité, pour ne pas dire à la profondeur, et les affiches de prides ne sont généralement pas des modèles. Plutôt des jetables de la minute de l’amour du semestre… Mais incontestablement, celle-ci a cette fois-ci basculé dans le plus intolérable – sauf que je suis gênée d’à qui on colle cet intolérable comme signe.

 

Parce qu’une des réactions, d’ailleurs tout à fait prévisible aussi, m’a tout autant découragée. Celle de Lesbiennes of Colors, qui se lance, assez bas aussi, dans la ridiculisation des paysanNEs, du monde rural, qui comme chacun sait « marche dans la m… », censé être le principe moteur de cette France xénophobe. Ah, ça, y faut bien dire que tous les partis qui ont, dans le vingtième siècle et le présent, caressé cette fibre, se réclament des « racines », ont de bien sales idées derrière la tête. Ce qui est évidemment un vaste foutage de gueule pour des gentes qui autant que les autres promeuvent modernité et déracinement, exproprient à tour de bras et règnent sur un pays où les agriculteurices se suicident de manière massive… Et les principes moteurs de la haine et de la guerre de touTEs contre touTEs semblent tout de même bien plus vivaces dans les villes qu’au fond des campagnes désertées.

 

Il s’agissait bien sur de la paysannerie française, ou de ce qu’il en reste. Je devine la sainte et juste colère de LoC si on s’avisait d’étendre cette critique à l’ensemble humain de ce digne corps, dont font partie encore plus d’un tiers de la population mondiale, et qui tente plus ou moins bien de produire de la bouffe, chose quand même légèrement nécessaire. Pourtant elleux aussi pataugent dans le fumier, comme le coq en question, comme les petitEs paysanNEs auvergnates ou ardennaises.

Donc, comme argument, on pouvait trouver mieux.

 

En outre, je doute assez fort que les têtes de nœuds qui ont pondu l’affiche aient grand’chose à voir avec ce qui reste du monde paysan dans ce pays (ou ailleurs). Et qu’ellils méprisent et ignorent probablement tout aussi fort et même plus que les LoC.

 

C’est même bien là un des nœuds (et re-, donc) de la question ou plutôt de la non question, du donné. C’est que probablement, touTEs les protagonistes réelLEs de cette misérable et ridicule affaire, où les paysanNEs et, on le sent bien, les ruralEs en général, que je ne crois d’ailleurs pas meilleurEs qu’ellils sont, se voient convoquéEs – eh bien que touTEs ces protagonistes et agonistes, prideurs gays comme lesbiennes antiracistes, sont des urbainEs, des péri-urbainEs, des banlieusardEs, bref des gentes intimement liéEs à la ville. Peut-être je me trompe mais je crois pas trop, statistiquement.

LiéEs à la ville, à la concentration, et à une approche, à un ressenti (ce fichu ressenti) – bien urbain de promiscuité, de hargne, d’angoisses, de peur et de violences, fantasméEs et réelLEs. Que de quel côté de la barrière politique et sociale qu’ellils soient, les gays confits de leur leadership social à lgbtlande ou les lesbiennes comme d’hab minorisées et en rage, ellils sont bien forcéEs de communier de cette même coupe.

 

Et que du coup ça fait un peu grincer des dents que de voir invoquéEs, pour les départager, précisément cette autre minorité désormais, dans notre monde d’urbanisation de la vie, les bouseuXses, qui sont sans doute pour les unEs comme pour les autres l’archétype de ce qu’il y a à fuir et à honnir – alors que ce qu’ellils fuient et honnissent, en fait, se trouve tout d’abord en concentré dans l’urbain ! Fut-il affublé d’un coq – assez peu réaliste au demeurant. Ca fait quelque peu réglement de comptes sur le dos du tiers absent...

 

Et aussi, l’impression que ça donne que ce monde rural est le fond du pays, voir qu’il représente une masse grouillante, omniprésente et néfaste, alors qu’il est minoritaire, affaibli et plutôt honteux – ce qui correspond singulièrement au fantasme généralisé chez les urbainEs du dit pays des barbares mal rasés et prêts à l’engloutir. De ces deux côté – urbains, trop urbains – la même peur complètement disproportionnée. Ça ne vous interroge-t’y pas ? Mais de touTEs ces innombrables paysanNEs, mais de touTEs ces innombrables "étrangèrEs", qu'est-ce qu'on va en faire ? parce que vous aurez noté qu'il faut, de nos jours, toujours que tout le monde serve, fut-ce au pire...

 

Pour tout dire, je suis persuadée que personne n’a sérieusement pensé au vrai monde rural au sujet de ce gallinacé plastifié. Et que si c’est une revendication nationaliste, elle est carrément daubée, ratée. Ça ressemble autant et plus à un faramineux trou d’inspiration, dont serait sortie par défaut, comme par hasard, le truc le plus franchouillard et le moins propice à la réflexion possible. Ce qui est alors issu bien autant de la bêtise abyssale de notre époque et, je regrette de devoir le dire, de notre milieu lgbt, que de ses crispations les moins avouables. C’est terrible, mais la bêtise et la facilité ne semblent plus l’apanage particulier de personne actuellement.

 

 

Plume la rurale à la rue

 

 

PS : c'est quand même significatif... Cela fait x années que les prides sont le rendez-vous exhibitoire favori des belles, des beaux, des neujEs, des fièrEs, des présentables, du commerce et des pas pauvres, des zurbainEs, de celleux qui sortent, de celleux qui ont jamais honte, de... Mais de dire que c'était puant, c'était être une mauvaise coucheuse. Va te cacher dans un coin sombre !

 

Aujourd'hui que quelques abrutiEs déjà registréEs dans les catégories suscitéEs se font prendre la main dans la confiote de l'imagerie réac, ah là ça beugle et ça boycotte. La compétition du copié-collé, comme d'hab...

A raison ! Mais des raisons ça fait longtemps qu'on en avait, et qu'on affectait de pas les voir... Ou de les trouver encore tolérables ; on trouve facilement tolérable ce que l'on envie, en fait...

 

Tant mieux que ça boycotte. Il était temps ! Si ça ne pouvait être qu'un début de questionnement de l'arnaque "lgbt" et des ses valeurs... Ca fait fort longtemps qu'on aurait du déserter, touTEs celLEs qui pour une raison ou une autre ne rentrent pas dans les catégories "pleinement humaines". Plutôt que d'aller essuyer une larme et suivre les camions boum boum. Je dis ça pour moi aussi, qui ai longtemps, trop longtemps consenti, à part une fois où on avait essayé de troubler un peu la fête - mais si peu...

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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