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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 08:32

Relation, amour, hétérogrouinke, et même enfantement (mal ô ventre !). Voilà le beau programme qui apparaît en bandeau dans une pub animée quand vous regardez le Monde sur internet. Une pub pour une sorte de banque. Évidemment c’est la millionième et il y en aura encore un million. Mais ça fait gerber ; ça agresse, comme on dit en novlangue. Après, eh, y a qu’à pas aller sur internet si on veut éviter les pubs ignobles. Incontestablement. Et ne pas marcher trop dans les rues des villes aussi. Plus lire, plus regarder les films. Crever quoi.

Beh oui, ce n’est pas parce qu’on se fait assassiner chez les féministes, quand on n’est pas dans la ligne de ce qu’il faut penser et être, qu’on en devient béatement satisfaite de respirer le nuage patriarcal et relationniste. On souligne bien relationniste, parce que, chose étonnante, toutes les belles « doctrines du ressenti », que ce soient celles de la famille hétéra ou de ses diverses copies relationnelles « déviantes » (on allait écrire « copines », hé hé) passent par cet énorme tuyau aspirant : la célébration des relations, la dénonciation de la solitude. C’est ce qui apparaît en plein ou en filigrane dans toutes les pubs (au sens large du terme ; une pub ne sert pas forcément qu’à vendre monétairement un objet ou un service. Tout ce qui incite au bien est une pub).

Or il s’agit, quand on y fait un peu gaffe, d’un véritable bombardement. Une part énorme des messages dont nous ruisselons comme de crachats n’a au fond pour seul argument que « être ensemble c’est bien, être seule c’est mal ». Avec évidemment tous les sous-entendus d’une époque où se renifler le cul est considéré comme le mode d’épanouissement inévitable et suprême (« le plaisir – sexuel évidemment – c’est bien ; la frustration c’est mal »). Et bien entendu, les nanas forcées à séduire, squelettiques et cadavériques, et les mecs à la fois suaves et maîtres du jeu. C’est fou à quel point, depuis quelques années, les rôles dans la pub et dans la culture en général sont redevenus cyniques et outranciers. Et à quel point ça passe, sans doute parce c’est ce qui est demandé…

Bref, pub patriarcale, incontestablement ; ça fiche mal au ventre, physiquement, de se prendre ça dans le caisson. Mais aussi pub relationniste, et c’est probable que les deux sont liés, depuis des temps sans doute immémoriaux. C’est pourquoi ça ne fait pas moins mal au ventre, finalement, de subir les Têtu ou les publications « subversives » qui toutes subordonnent la valeur à un type ou à un autre de relation (et c’est d’ailleurs fort peu varié, par force, finalement ; en gros ce qui est censé changer est le nombre de personnes avec qui on baise…).

Cercle vicieux. Bien évidemment, si c’est ce genre de message qui revient toujours, c’est qu’il est réclamé avec avidité. De même qu’un film ou un bouquin sans histoire d’amour, sous une forme quelconque, va ennuyer et désorienter une bonne partie du peuple. C’est malheureux mais on a ce qu’on demande, somme toute.  

C’est terrible parce que, superficiellement, ça finit par donner une espèce de vernis de fausse lucidité à des déclarations en elles-mêmes pitoyables, mais qui, dans leur énoncé, contiennent à un moment une suite dont la pertinence formelle saute aux yeux (de qui n’est pas dans le cirque). Ainsi du triste histrion qui, à la honte même de bien des catholiques, occupe actuellement la Chaire de St Pierre, et qui vient de gratifier les ouailles portugaises de considérations vite fait sur le gaz au sujet de la « société du désir et du plaisir », qui engendre les propres « nuisances » qu’elle prétend par ailleurs combattre (violences, pressions à la performance, concurrence acharnée à la « réalisation »…).

C’est terrible parce que formellement il a raison, le bougre, dans ce qu’il dit là. Enfin… dans une certaine mesure vu qu’avant cette société la continence et le respect ne semblent pas voir été plus suivis comme voies de comportement possible...

On ne peut échapper alors au vertige qu’en se rappelant que, l’idéologie du plaisir étant historiquement conssubstantielle au libéralisme, on la retrouve… jusque dans cette église qui court après les dernières franges de la modernité pour se faire bienvenir. Il n’est que de lire par exemple les hilarants articles « familiaux » de Famille Chrétienne, organe clérical fort peu « réformateur », sur l’épanouissement personnel, sexuel ou ce genre de choses (dans le couple hétéro et prolifique bien entendu – mais cette imposition de cadre est elle plus impertinente, incohérente en elle-même que la « non-monogamie safe » des alternotes ?). Eh oui, que ce soit le collectif x, notre amie du centre lgbt Le Doaré ou Benoît XVI, tous dans ce même bateau.

Bon, évidemment point trop n’en faut. Anathématiser la terre entière en aplanissant et en niant la réalité des plus vieilles oppositions est aussi se fourvoyer définitivement. Benoît XVI n’est ni Le Doaré ni les alternotes de l’axe du Bien. Et encore moins le contenu de la pub pour Axa. Et réciproquement. Heureusement. On tombe facilement dans l’illusion que tout ce qui est ailleurs est même, par principe ou par volonté. Ça simplifie le monde à outrance et ça s’autonourrit. Il est bien plaisant pourtant de grossir les choses qu’on voudrait faire voir et que le regard fuit. Mais il ne faut pas se mettre à y croire, et encore moins à le savoir, pasque là on est foutue.

N’empêche, le fil rouge de la valorisation implicite ou explicite des « relations z’et sexualités » comme valeur fondamentale se retrouve bien un peu partout quand on mâche les différents sandwichs.

Et on est pris du vertige évoqué plus haut quand tout cela apparaît concentré dans les deux frimousses sur fond de pièce de monnaie qui se rejoignent (!) dans la pub en question.

 

 

La petite murène

 

 

PS : évidemment les militantes revendicatrices vont sortir du chapeau la "lutte contre les pubs sexistes". Ce qui se tient et est bien agréable (bling crash !). Mais aussi revient toujours à externaliser le mal et à réclamer (donc à se mettre en dépendance et à attendre d'autrui, fut-ce sous la pression).

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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