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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 18:43

 

 

« La raison est impersonnelle de sa nature. Ce n’est pas nous qui la faisons, et elle est si peu individuelle, que son caractère est précisément le contraire de l’individualité, savoir : l’universalité et la nécessité, puisque c’est à elle que nous devons la connaissance de vérités universelles et nécessaires, des principes auxquels nous ne pouvons pas ne pas obéir. La raison n’appartient pas plus à tel moi qu’à tel autre moi dans l’humanité ; elle n’appartient pas même à l’humanité. Par ses lois, elle la domine et la gouverne. Si la raison était personnelle, elle serait de nulle valeur et sans aucune autorité hors de l’individu. »

 

Cité in Blanc de St Bonnet, De l’affaiblissement de la raison

 

 

On ne saurait mieux dire. J'ai exulté en lisant ce passage, dans un vieux livre introuvable et téléchargé. Impression de retrouver de vieilles copines qu'on aurait, que j'aurais moi-même longtemps tenues enfermées ou éloignées.

Ce qui m’épate avec les alternoTEs et autre militantEs contemporainEs, c’est l’obstination, que j’ai moi-même défendue dans ma longue, trop longue période nominaliste, à affirmer que des choses sont politiquement et moralement exactes, et même que c’est un crime contre l’humanité ou la classe opprimée en vogue de les contester – et en même temps à défendre un point de vue complètement relativiste, d’où l’idée même d’universel, de chose qui existe en dehors des perceptions et de « histoires sociales », est bannie comme contre-révolutionnaire. On ne peut pas scier avec plus de constance la branche sur laquelle on s’asseoit.

 

Ainsi donc du terme devenu infiniment péjoratif d’universalisme, qui est censé désigner désormais une perception des choses imposée historiquement par des "multidominantEs". Soit. Ca peut me parler, comme on dit en novlangue. Mais ce qui m’irrite c’est qu’on appelle ça universalisme, du terme même qui désigne la capacité à reconnaître que des choses existent indépendamment de notre subjectivité. On devrait user ici du terme hégémonie, au besoin hégémonie d’une subjectivité ou d’une vision du monde, intériorisée éventuellement. Mais en aucun cas d’« universalisme », comme la pensée déconstructrice et son gourdin de bien-parler nous l’enseignent avec constance depuis quelques années. Avec leur petite copine l’exotisation à outrance qui a fini par avaler autant les exotiséEs que les exotisantEs (ce qui est d’ailleurs un excellent sujet de pensum pour l’étude des rapports de pouvoir réels : comment la culpabilité des unEs mais qui veulent quand même garder présence et profiter contamine tout le monde). Cf mon billet sur « s’occuper de ses fesses ».

 

C’est pourquoi je goûte infiniment cette citation tirée d’un ouvrage parfaitement contre-révolutionnaire, de la bonne cuvée post-révolution française et premier empire, et qui nous rappelle que des tas de choses échappent à notre bon ou mauvais vouloir. Et même que nous les recevons telles quelles. Gloups. Quelle honte n’est-ce pas ?

 

Enfin, à côté de l’universalité se tient la nécessité. Alors là aussi, je sais que ça va probablement aiguiser quelques ressentiments, mais oui, je crois qu’il existe une nécessité. Que tout n’est pas possible, que le principe de non-contradiction par exemple, ou bien les bases matérielles de ce très-bas monde, entraînent des choses inévitables. Qui s’imposent. Auxquelles donc, comme le dit notre bonhomme, « nous ne pouvons pas ne pas obéir ». Geste impossible.

 

Et enfin que tout ça n’est pas « individuel ». J’ai toujours été en guerre avec l’individu et ce qui se ramenait avec. Ça fait bougrement du bien d’apprendre qu’il existe des terres, des lieux, qui ne sont pas sous son égide.

 

Je dois avouer, je tends à mieux respirer, après des années d’intoxication idéologique, en échouant sur cette terre ferme, ainsi qu'une tortue géante qui débarrasserait sa gorge des sacs en plastiques avalés, comme des couleuvres, au gré des courants. C’est fou ce que ces quelques mots me suggèrent d’un seul coup de possible. Yes !

 

 

La petite murène, solidaire des tortues géantes étouffées

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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