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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 11:33

 

La culbuto bleu blanc rouge n’a pas failli à sa réputation, en nous promettant, l’autre jour, une nouvelle flambée régressive contre l’avortement, histoire d’en allécher quelques de plus. Comme elle ne se sent pas vraiment d’y aller de front, comme les populares en Espagne, qui elleux sont au pouvoir, et de ramener le droit à des « situations exceptionnelles », elle touche au porte-monnaie, déité adorée sous nos latitudes. Déremboursement – comprenez, braves gentes, que vous n’aurez plus à payer pour les traînées.

 

Le souci, c’est que n'est pas anecdotique ; elle se base, comme beaucoup d'autres, sur l'opposition avortement (mal)/contraception (acceptable, enfin pour le moment). L’avortement est un « échec », par définition – et de l’échec à la culpabilisation, dans notre société de réussite (warf !), il n’y a pas loin. Quand on me parle de réussite, ce mot qui a perdu son complément pour s’absolutiser, je me mets à courir.

 
C'est hélas là une position encore très majoritairement répandue (l'avortement comme "mal (plus ou moins) nécessaire"), position qui bloque toute avancée (délais, dépénalisation réelle, etc.) et ouvre la porte aux restrictions comme aux régressions. On essaie de cacher le « mal » sous le droit, mais ça dépasse. Il reste malséant de dire tout cru que se débarrasser d’un alien qui va vous bouffer la vie soit un bien. Même le penser est assorti d’une recommandation de mea culpa.

Il y a encore peu de temps, au sénat, dans un débat sur l'autorisation donnée au sages-femmes de délivrer ou non l'ivg médicamenteuse (qui a finalement été votée... et retoquée par le conseil constitutionnel !), la présidente de la commission ad hoc, Mme Dini, centriste et plutôt "progressiste" (elle est membre de l'ADMD), proclamait, sans que personne ne la reprenne, "personne n'est ici favorable à quelque IVG que ce soit" – tout en défendant l'amendement ouvrant cette ivg aux sages-femmes

 (http://www.senat.fr/seances/s201107/s20110701/s20110701012.html).

Il y a réellement une approche un peu schizo de la chose qui imprègne toute la société, quelquefois jusques en milieu féministe. C’est même difficile de faire la part de la répugnance et de la réprobation réelle, et celle de l’autocensure : n’allons pas trop loin, on nous enlèverait tout. Alors que toute l’expérience humaine et historique montre bien que c’est précisément en faisant nôtres les préventions adverses qu’on se prépare à tout lâcher au besoin, ou à tout se voir arracher des mains.

 

Cette gêne retrouvée envers l’avortement coïncide, ce n’est pas forcément un hasard, avec une espèce d’investissement désespéré, au milieu du naufrage, dans une notion de vie abstraite, bonne en soi (alors même que nous avons renoncé à maîtriser nos vies concrètes), et de l’enfance. Cette enfance, baudruche sociale et émotionnelle remplie de supposée « innocence » et d’une espèce d’espoir qui relève plutôt de l’abdication de nous-mêmes. D’où un paradoxal « refuge », bien peu efficace, dans le couple et l’engendrement, de quelque manière que ce soit.

J’ai été soufflée, aussi, de lire récemment des éloges d’un produit culturel infiniment compassionnel, sur le destin d’un enfant moribond (mais hein, tout de même, c’est beau la vie !) – et que ces éloges sont venus tout autant de lgbts patentéEs que de catholiques intégristes. Il paraît difficile d’être des deux. Mais ce n’était pas la question ici : la communion se faisait précisément sur cet idéal de l’enfance comme recours au désespoir, et d’une vie réduite à elle-même, n’ayant à peu près plus rien de supportable, qui fait penser à la triste « vie nue » dont parle Agamben. Valeur à laquelle il faudrait désormais cantonner nos volontés.

Ce qui fait d’ailleurs tristement rigoler quand on pense aux arguments genre « la vie c’est génial, il faut la donner ». Voui. Ce serait éventuellement quelquefois fondé si nous avions précisément su nous octroyer des vies supportables. Mais dans le naufrage actuel, de misère, de dépossession et de contrainte, alors que personne pratiquement n’arrive même plus à maintenir l’intenable fiction abnégatrice que « nos zenfants vivront mieux que nous » (tu parles, actuellement c’est déjà la génération des trente quarante ans qui se réfugie, sans rien, chez les parents et grands-parents soixantenaires, dernierEs pensionnéEs), c’est au-delà du foutage de soi-même.

Mais que n’endurerait-on pas pour pouvoir arborer un nenfant, en talisman social (plus ou moins efficace d’ailleurs) ; pour disposer de quelqu’unE sur l@quelLE crier au supermarché ; pour être en mesure de le laisser cuire ou geler dans la voiture ; afin de trouver où investir ses projets et autres schizophrénies ? Et néanmoins marcher blanc si quelqu’individu non parent l’estourbit. Pour pouvoir familler, tellement ça a l’air classe.

 

On veut de la « vie » - même, surtout peut-être, réduite à la servitude et à la reproduction du même ; on veut des nenfants. Donc on se méfie de l’avortement. Pas bien. Négatif somme toute.

 

Plus de nenfants, moins d’avortements, pour ne pas avoir à nous regarder nous-mêmes. Et à risquer l’effroi.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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