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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 10:56

 

 

C’est le quotidien régional qui l’annonce. Que ferait-on sans la presse régionale ? C’est de là que sourdent les nouvelles vraiment signifiantes. Une t’ a été exterminée, pas loin d’ici, dans la banlieue d’une métropole provinciale, à coups de marteau. L’article s’appesantit lourdement au masculin, la décrivant comme « un travesti ». Á vrai dire je n’en sais rien et je m’en fous. En tous cas elle était publique comme telle, voilà qui compte. Quand les concitoyens d’ici en auront marre de voir ma gueule, envie de s’amuser un coup pas cher, et qu’on m’aura assaisonnée de la même manière, je suppose que le même journal régional parlera une fois encore d’un « travesti bien connu » ; il est vrai que pour faire moderne, des fois, au hasard et à la louche, on se voit promues « transsexuels ». C'est le nec plus ultra actuel à straightlande. Vont pas se casser la nénette à s’enquérir de ci ou de ça ; de toute façon on est ce qu’on naît, même les camarades lgteubés l’affirment comme vérité politique, alors… M’en fiche un peu. Pour deux raisons. D’abord les discussions ontogénésiques sur ce qu’on est ou pas me lourdent, ainsi que leurs conséquences en termes de clientélisme politique communautaire et de course à l'intégration ; d’autre part ça me fera une gigantesque jambe puisque je serai crevée.

La troisième raison, qui a quelque chose de définitif, c’est que les tueurs savent, eux, toujours, très bien qui et pourquoi, en matière de meurtres socialement et politiquement normés : on nous tue, quelle que soit notre sous-catégorie, parce que nous sommes à tuer. La réponse est dans le fait, brut. Des mecs qui muent en nana, que ce soit temporaire ou permanent, un on les baise, deux on les tue. Comme des nanas. Beh oui. C’est, quand on prend la peine de juste regarder un peu dans le tuyau, tout de suite au dessus de l’embouchure du patriarcat, de l’amour, de la famille, du bénévolat relationnel et sexuel, des sexualités en général, de l’hétérosocialité et de tout ce qui va avec en pack intégral : le viol, le meurtre, des nanas par les mecs. De personnes affligées de formes sociales f par des personnes imprégnées, boostées de formes sociales m. Le tuyau a tous les jours de très nombreuses descentes.

 

Á coups de marteau. Alors, je ne sais pas si vous suivez un tant soit peu la chronique des meurtres de f-t’s en france, mais figurez vous qu’outre le couteau, le marteau figure assez fréquemment comme mode opératoire, comme disent les fliques et les judic’s. Hé oui. Est-ce parce les bio trouvent toujours un marteau sous la main après avoir rendu visite à leur t’ favorite, que cet ustensile traîne toujours ostensiblement chez nous ? J’ai été voir la cagette à outils qui trône effectivement, comme à peu près toutes mes affaires, au milieu du taudis que j’occupe et que je n’arrive pas à m’approprier, comme disent les psy : il y a effectivement un marteau, mais il est petit. J’ignore absolument, n’ayant jamais tué personne, même qui le mériterait bien – je répugne totalement à ce genre de solution – si on peut tuer avec ça. Sinon il y a une énorme masse et une grande hache dans un coin. Là je pense que ça peut être létal. Mais avis aux amateurs, si c’est moi qui me défends avec, la douleur risque de changer de camp, comme on dit en novlangue.

Or j’ai le sommeil, hélas, perturbé. Je ne reçois pas à domicile. Enfin j’ai fini, tardivement mais résolument, par apprendre à faire comme faisaient les bundistes en période de progrom : cogner la première et sans discutaille.

 

Évidemment, aussi, et je sais que je me répète mais je crois qu’il le faut, une fois estourbie, toutes les inclusivistes transploiteuses de la famille jailliront de leurs cantines et playrooms pour venir larmoyer, bavouiller, de combien c’est horrible et de combien la violence c’est mal et de combien la méchante société est transphobe. Ouf. Que ce soient les mêmes qui m’aient précipité à l’isolement et la vulnérabilité, après avoir gravement abusé, ça, ce sera comme on dit un de ces détails de l’histoire qu’on aura la joie et le soulagement à f-tpglande d’oublier instantanément. En effet, morte, je ne pourrai plus leur river le clou et répéter ce qui a eu lieu. J’aurai enfin la gueule fermée. Ce sont elles qui auront la parole, ce sont toujours les vivantes qui ont la parole, qui établissent la vérité dernière. Comme beaucoup de mouvements politiques contemporains, celui-ci aura surtout esquinté ses marginales, plutôt que ses ennemis. L’avantage, en plus, c’est que quand les dites marginales crèvent, on reporte le compte sur les méchants d’en face, hop, et on se tartine la conscience et la pub d’autant de beurre gratifiant. Rien de perdu tout de gagné, dis donc. Si on n’existait pas, comme toujours, il faudrait nous inventer, les trop les pas assez. Ça tombe bien on existe, on se reproduit, d’une certaine manière, par l’exemple, bref on coûte rien à la famille, et on est disponibles à plusieurs exemplaires en permanence. La nature est bien faite. La culture aussi.

 

Bref, marteau. C’est tout de même ennuyeux : nous idéalisions le marteau (que d’ailleurs nous avons toujours évité de prendre, histoire de ne pas rompre des liens potentiellement profitables) comme un moyen de combat. Il s’avère qu’il sert bien plus souvent à nous assassiner. Ce qui pose immédiatement la vieille question récurrente de la prétendue neutralité des moyens, de la technique, etc etc. Je me tiens là-dessus à l’avis de mémé Arendt : c’est la fin qui conditionne tout, même et surtout quand elle est implicite, et semble précisément n’exister que comme moyens.

 

Il est possible aussi que le marteau soit, en quelque sorte, une version cheap, démocratique et accessible (bricomarché pour tous !) de la lapidation, à laquelle, je le rappelle, nous condamnent expressément, les qui choisissent délibérément et sans vergogne les formes f, les traditions abrahamiques (ou au feu, mais c’est plus lourd à mettre en œuvre). Vous savez, celles qui vont nous libérer du capitalisme, de la domination intégrale et de la valeur, après les avoir répandues dans les moindres recoins ! Concurremment avec leurs homologues de la sagesse populaire droitière du printemps des c…s, ou bien nozamies institutionnalistes néo-conservatrices « retour aux fondamentaux », soucieuses de nous protéger de nous-mêmes et de toute émancipation désordonnée, mais surtout d’extirper du social les chimères et chèvre-pieds qui bousculent et minent leur paysage idéal. Comme ça tombe bien, nous sommes à l’intersection de toutes ces entreprises de nettoyage social. Alors, hein, comme la fin, consensuelle, veut les moyens, après tout, marteau ou autre chose…

Je suis de plus en plus ébahie, de manière générale, à voir les daubes et les drouilles qu’on ramène aujourd’hui en guise d’opposition. Nature, culture, planète, complémentarité, dieu, peuple, destin, réel plus que réel ; j'en oblie et il en glisse sous la table ; toute la panoplie des tenues historiques qui nous ont menées où nous en sommes est ressortie dans l’allégresse. Carnaval. Avec quelquefois, donc, des marteaux dans les poches. Ce qui, comme je le dis plus haut, fait partie d’une tradition hégémoniquement partagée : il y en a qui doivent périr. N'en trop. On en est. Comme dirait l’autre ça tombe mal, hein ? Puisque ce qui doit être notre dû, fatalité, norme, destin, couverture sociale est écrit, clamé, déclaré, par nozamies de partout, enfin exécuté par les vraies gentes qui savent jouer du marteau – admirable complémentarité et solidarité des bio de toute obédience dans la définition et le traitement des nanas t’ - hé, que nous reste-t’il à dire, à faire ?

 

Beaucoup.

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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