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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 11:02

 

J’ai beau apprécier Kafka, je ne pardonne pas à son ombre de cacher, comme bien souvent les hommes cachent les femmes, les sommités les mal reconnuEs, les charismatiques les profondEs, Milena Jesenska, dont j’ai parlé il y a peu après avoir lu le livre écrit en mémoire d’elle, et de leur immense affection réciproque dans le puits d’horreur du camp de Ravensbrück, par Margaret Buber-Neumann.

Même son nom y a presque péri. Kafka Franz l’avait réduite à son prénom, avec ses fichues « lettres à », et touTes ses continuateurices, même les mieux intentionnéEs, ont emboîté le pas. « Milena » tout court. Ben non, pas que « Milena », Milena Jesenska, pour le temps comme pour l’éternité.

Marre de cette espèce d’animalculisation, qui rétrécit si souvent à un « petit  nom », ou à un petit surnom.

 

C’était une nana inestimable, un libre-esprit, qui s’est comme beaucoup d’entre nous noyée dans les autres, alors même qu’elle avait tant à dire, sans parler de s’occuper d’elle. Et qui en est, on peut le supposer, en partie morte. Mais la haine et le mépris envers nous-mêmes, sortis des marais de l’histoire et qui continuent tranquillement à déambuler en notre sein sous tous les oripeaux possibles, à commencer par ceux de la culpabilité militante, de l’amour, de la redevabilité, de l’exotisation, cette haine et ce mépris n’ont ni commencement ni fin. On ne peut pas les attraper par la queue, ni les piéger, sans se piéger soi-même. Et alors tout recommence, en pire.

 

Ça fait penser à un péché originel, sans faute pourtant. D’ailleurs… cette notion de péché originel relève plus de la malédiction que de la faute.

 

Milena Jesenska est une des ces femmes dont j’aurai vraiment envie, si je survis, de perpétuer la mémoire. Mémoire amoindrie par le cannibalisme permanent que nous pratiquons les unEs sur les autres, vivantEs ou mortEs.

 

Elle est oubliée et morte. C’est une personne de bonne compagnie ! Ce l’était déjà de son vivant – alors à présent je vous dis pas. Je vous expliquerai un de ces jours pourquoi les mortEs sont de meilleure compagnie que les vivantEs.

 

Deux citations d’elle :

 

« Une personne que l’on a assassinée, on la conduit au cimetière – et elle repose en paix. Mais celle à l’encontre de qui l’on commet un assassinat moral doit continuer à vivre – et pourtant elle ne peut vivre ».

 

« Lorsqu’on a deux ou trois personnes ; que dis-je, lorsqu’on a une seule personne avec laquelle on peut se montrer faible, misérable, rabougrie et qui, pour autant, ne nous fera pas souffrir, alors on est riche. L’indulgence, on ne peut l’exiger que de celui ou celle qui vous aime, mais jamais d’autres gens et surtout jamais de soi-même. »

 

 

LPM

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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