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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 09:00

 

Des fois je me dis, en lisant de déjà vieilles pages internet dont la file s’est interrompue subitement il y a des années – sans même parler de mes vieux zines – que la plupart des lesbiennes sont mortes, ou disparues, peut-être émigrées dans des lieux paisibles qui sait, soyons tout de même optimistes et souhaitons leur du meilleur. Mais c’est vrai que bien des endroits d’expression lesb’ bien concentrée, bien hétéronome à hétérolande, se sont tus.

 

Je suis contemporaine à présent d’une société de « f qui font du sexe avec des f », comme tout le monde est censé « faire du sexe » avec tout le monde ; une société de gentes qui vont se faire certifier « de bonne vie et mœurs » ; mais je ne crois pas que ça réponde à ce que voulut dire être lesbienne. On ne se risque plus trop à être. C’était inutilement provoquant et effectivement ça dégénérait facile. Désormais on fait. Avec.

 

Faire, produire quoi, participer aussi, résume désormais tout. Et baiser, qui est faire au carré, superlativement.

 

D’ailleurs, la vie la plus déglingue, la plus précaire, la plus miséreuse, la moins autonome n’est-elle pas considérée comme supportable dès lors qu’on peut la saupoudrer d’un peu d’amour, de baise et de conso ? Ne nous faut plus que ça aujourd’hui.

 

On aura au moins appris ça des mecs…

 

Il y a encore quelques anciennes qui conservent – avec prudence et sans tonitruer – le niveau intellectuel, l’exigence critique, l’intention d’une vie digne de ce nom, et tout bonnement celle d’un monde de nanas.

 

(Pensez donc un peu, un monde de nanas, manquerait plus que ça, un monde pas paritaire, un monde où les formes masculines, si nécessaires pour structurer nature et culture, seraient jetées au vent).

 

Et quand elles ne seront plus ?

 

Tout cela fait un grand vide, un sacré. Il y a en quelque sorte une voix qui s’est tue. Une voix qui n’était pas une, amalgamée, une voix qui était la voix de personnes. Une rumeur, un gros murmure. Des questions et des déclarations. Des paroles quoi.

 

Á la place, des haut-parleurs clament des slogans, édictent des conseils sanitaires et vantent des produits. Rien laisser perdre.

 

Nous voilà muettes et bruyantes, décomplexées quoi, comme la société majoritaire à la porte de laquelle nous tapotons.

 

Il faut se taire pour entrer. Nous nous sommes tues, avons été tues ; fait taire nos voix pour prendre place dans le vacarme.

 

Mais on est quelques unes à ne pas faire avec ça.

 

 


 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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