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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 08:20

 

 

La ola autogérée, mais quand même un peu nourrie par les institutions, en faveur des formes sociales et relationnelles en vigueur et dont nous entendons bien, majoritairement, qu’elles le restent, ne connaît à peu près pas de répit. Que ce soit en faveur de l’économie, qui ne peut être de l’exploitation que si elle « ne marche pas », ou que ce soit la relation et la sexualité, qui ne peuvent être un système de contrainte et de chantage que si des méchants s’en mêlent, c’est la foire aux cantiques. Là, c’est la famille ; on fait mine de découvrir qu’un nombre respectable de mômes, après leurs mères, sont brutalisées et tuées. Mais bien sûr c’est une anomalie grave, due à des affreux. Pas un instant on ne pourrait, à l’instar des lesbiennes hystériques d’il y a quarante ans (opportunément remplacées par celles d’aujourd’hui, plus raisonnables et hétéroformées), supposer que la famille en soi, comme toutes les institutions fermées et basées sur le rapport de force, puisse en elle-même être lieu de violence. Ni que la reproduction est un devoir social qui enferme et dépossède.

 

Cet enthhousiasme, dans sa candeur engluante, n’exclut absolument pas la roublardise misogyne. En effet, en lisant les articles qui traitent de ce « fléau social » que ne saurait être la famille, donc, mais juste la violence qui la grève, finalement relativement inexplicable, pasqu’il ne faudrait pas non plus stigmatiser hétérolande – en lisant donc j’apprends donc qu’on range désormais dans les « enfants malmenés » les fœtus estourbis, notamment à terme. Ah celle là il fallait la trouver. L’oser. C’est fait. On savait de toute façon que même pour les gentes de gauche l’avortement est un drame – et qu’hors les délais de la loi de tolérance et de dérogation (ce mot est en toutes lettres dans le préambule pro-vie de ladite loi) qui le concerne, il est aussi un crime. Que les aliens sont sujets de droit, unités de valeur, citoyens consommateurs en puissance, en fait, de toute éternité, et tout particulièrement après la fameuse quatorzième semaine d’aménorrhée. Que les nanas qui en disposent tardivement, circa partum, histoire de n’avoir pas à vie des crochets suçoirs présents ou possibles (cf les projets de lois sur le droit à connaître ses origines) sont des meurtrières, qui se prennent dans le silence le plus assourdissant des peines de plus en plus lourdes en cour d’assise. Y compris quand il s’agit, comme encore récemment, d’un assassinat délégué par pépé (« la honte sur toi ! »).

 

Il y a un consensus rampant de plus en plus insistant pour hameçonner les nanas en déclarant sujets, enfants, les fœtus. Ça passe par les canaux les plus divers, chasse aux méchantes mères néonaticides, bien sûr, mais aussi définition comme meurtre de toute extinction de l’alien, lequel en plus passe martyr. C’est doublement pratique : ça augmente la population combattante – darwin et hobbes avec nous ! - et ça met d’emblée la nana sous tutelle et dépendance du tas de cellules, socialement (comment qu’y va le chancre ?) comme légalement. Évidemment c’est mieux que le chancre se révèle mâle. Plus plus.

 

Notre fichu pays a une loi parmi les plus restrictives, notamment en termes de délais, en ce qui concerne la possibilité d’avorter. Il a aussi une des politiques surveillante et répressive des plus complètes envers les fameuses « mères à risque ». Et enfin c’est un paradis du natalisme, du familisme, de la mise à l’index de celles qui n’entendent ni branler pépé, ni torcher les lardons. Ça n’empêche pas nos nvb et autres institutionnelles de continuer à se rengorger, comme des coqs, et de nous proclamer pays des droits des femmes, où seule la chasse aux putes manquerait encore à l’établissement de la félicité citoyenne.

 

Je finis ces jours ci, après une longue interruption, le livre de Molinier sur le care. Livre qui montre tout sans pourtant rien poser, comme bien des livres de sociologie actuelle, comme finalement toute notre littérature : bureau des secrets publics ; les fondamentaux sont là, et tout, et toutes, doivent se déterminer et se positionner par rapport à eux. C’est le monde post-ien, où il est devenu déconseillé de supposer possible et souhaitable une atteinte aux structures, et où il n’est même plus révolutionnaire, de ce fait et par ce consensus, de les dévoiler, puisqu’il est entendu que ce n’est pas pour les bazarder, mais au contraire les aménager – ou bien mieux s’y adapter ?

Et donc il y est à un moment parlé de l’envie de tuer des nanas essorées par le care multicéphale. Il y a de quoi. Et nous en serons à tuer les gentes, les chancres ou les aliens, parce que nous n’avons pas réussi à tuer d’emblée les nécessités qui s’imposent : relationner, conjointer, dépendre, familier, engendrer, élever. Les nécessités imposées par la reproduction de l’ordre social, moral, économique (qui c’est qui va payer les retraites ?), relationnel ("toutes les filles et les garçon de mon âge..."). Ces nécessités qui nous tuent, au sens strict du terme.

On cause souvent à feministlande de l’imposition des tâches ménagères. J’ai de plus en plus souvent l’impression qu’on en parle pour ne surtout pas parler de ce qui les conditionne, de ce dont elles sont la conséquence : la famille, l’enfantement, l’(hétéra)sexualité et le relationnisme. Pas de conjoint, pas de môme, pas de lieu familial, pas d’exploitation ménagère. Enfin dans ce cadre, puisqu’il y a aussi la domesticité dans les cadres du travail ou du care, dont l’imposition aux nanas suinte de toute l’organisation sociale. Mais charité bien ordonnée, vous m’avez compris. Il faut avoir le cran de prendre l’affaire au collet : l’exploitation domestique commence avec l’injonction, intériorisée, à la relation, à l’affection et à la reproduction. Comme l’exploitation en général avec l’économie, qu’elle soit monétaire ou relationnelle. Le féminisme institutionnel restera dans la contradiction et l’impasse tant qu’on refusera de critiquer les systèmes d’échange contraints en eux-mêmes (1). Une critique en actes, dans l’état de ce que nous sommes, serait déjà de tirer vers un monde de nanas in-dépendantes, dispersées, dispersives. Pas de mettre des pansements sur la glu dominante dont nous sommes les vrais morceaux de, en nous efforçant d’en positiver les assujettissements, dans le cadre d’une moral-realpolitik qui nous traîne toujours plus loin dans les cercles infernaux du consentement. Et se plaindre de conséquences dont nous nous appliquons à reproduire les cadres et les causes, quand nous n’en sommes pas carrément à déconseiller de s’en dissocier.

 

Ici comme ailleurs, nous n’en sortirons pas que nous ne prenions la question à la racine. Et la prendre c’est arrêter de faire ce qui est attendu de nous, et considéré comme indispensable, que ce soit à la mode complémentariste ou à la mode paritaire. Cesser de reproduire comme de produire, de faire des mômes et de soutenir pépé. Ce sont enfants tous d’un lignage. On ne partage, n’étale et encore moins ne valorise la vérole, on s’en extrait et s’en débarrasse. Á l’application ! Ouvrir une sortie au couteau dans l’enveloppe de ce monde pourrait passer par une grève définitive du care et de l’enfantement, de la domesticité - bénévole qui plus est, bref de la contribution féminine qui le fait tourner et sans laquelle il chérait rapidement ; une grève pour elle-même, pour arrêter de torcher, nourrir, branler, consoler pépés, lardons, ou qui que ce soit d’ailleurs, pour ne plus carer, non pas pour réclamer considération, parité, distributisme, encore moins pour les exercer dans de « bonnes conditions », mais précisément pour le faire tomber, ce monde indécrottablement basé sur ces structures, et nous débarrasser de celles-ci. Ne se voir plus contraintes à rien donner – ni à rien réclamer.

 

 

 

 

(1) : Je renvoie ici à cet article sur le meurtre d’une ts au paradis suédois, où le choix par défaut et résignation des institutionnelles apparaît de façon énorme : puisqu’elles ne veulent pas critiquer le système d’échange économique et relationnel en lui-même, leur obsession de l’éradication des putes en arrive à défendre de facto l’amour, la famille, l’hétéronorme et les violences qui en font indissolublement partie : http://site.strass-syndicat.org/2013/07/justice-pour-jasmine-justice-pour-dora/ ou aussi

 http://www.actupparis.org/spip.php?article5208  ; http://www.metronews.fr/debats/mobilisation-mondiale-en-memoire-des-prostituees-assassinees/srCmgt!znFdut8gaprA8BuO1zN8xQ/

Il ne s’agit pas d’une question simplement morale : la renonciation à la critique et le recours aux fondamentaux ne peuvent visiblement que couvrir, encore et toujours, le même monde de domination, de brutalité et de statuts fétiches. Ce monde n’est pas réformable, on ne peut que le renverser ou s’y soumettre ; quand nous essayons de nous l’approprier, c’est lui qui nous réforme, et fait de nous des zombies capables de justifier le pire au nom d’un moindre mal lui-même épouvantable. Ce genre de cas en est une illustration.

(Pour ma part, je ne demande pas justice ; je tiens la justice, la notion de justice, pour pire qu’une belle jambe : pour une des véroles qui nous a menées où nous en sommes, et qui nous poussera toujours, tant que nous la révèrerons, plutôt que de nous occuper de nos fesses, à nous entredévorer les unes les autres à la recherche de notre compte, au profit de cette divinité féroce qui nous transforme en quantités échangeables ! Nous ne voulons pas la justice, qui d’ailleurs ne pallie jamais l’impuissance où elle nous a mises à tremper – une fois mortes, des fois, on nous venge, et c’est là la belle jambe ; nous voulons vivre. Tant que nous demanderons des miettes, selon les règles et idéales imposées, nous passerons à la broyeuse). « La justice et le travail », comme dans la chanson**, on a pu désormais historiquement mesurer ce que ça coûtait. Tout le monde dehors !

 

** c’est marrant comme et l’Internationale, et la Semaine sanglante, après une description et un énoncé des volontés bien dressées, finissent l’une et l’autre par un couplet disciplinaire. Le parti, la virilité et la mise au boulot de force pour l’une, la « république de la justice et du travail » pour l’autre. Il y a comme une soudaine peur devant la remise en cause de ce qu’on vient de décrire, peur largement nourrie par le recours au ressentiment, d’une part, pour noyer la critique, et d’autre part par l’inaltérable croyance en l’opposition capital/travail, pourtant d’emblée déconstruite par le vieux barbu. Toute aussi inaltérable, imperméable à une expérience pourtant douloureuse et souvent humiliante, est notre confiance en le droit et les lois pour nous protéger ou nous octroyer une vie supportable. Tout ça se rencontre au bout du tuyau avec l’océan de violence et de dépendance que constituent l’amour et le désir, prétendument gratuits et gratifiants. Et ça nous brasse une splendide société, mutilante et essorante à souhait, dont nous ne cessons de demander encore et encore.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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