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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 10:14

 

 

La bêtise, en société attributive, n’a rien de hasardeux, de fatal ni non plus d’innocent. Il s’agit toujours de faire bonne mine et masse afin de protéger ou de tenter d’acquérir ce qu’on croit, et qui est souvent, ses intérêts et ceux de son groupe ou statut. Et de remblayer par cela le sujet social général à ce qu’on essaie de faire le meilleur compte pour soi. La bêtise est l’outil, puisque nous aimons cette analogie, de l’espoir de se voir encastrée dans un pack de valorisation. Quand ça ne marche pas, qu’on succombe, c’est qu’on a eu la « malchance » de faire partie du volant des candidates à éliminer, voilà tout ; élimination consécutive à la valorisation. La malchance est un petit nom pour le rapport social, qu’on croit tangenter par la bonne volonté, et qui impose d’autant sa logique implacable qu’on défère ainsi à ses exigences. Se lancer sans biscuit, en y croyant, dans la course au profit et la poursuite du bonheur, le règlement desquelles suppose qu’on commence par enfoncer celles qui nagent autour, eh bien c’est très stupide. C’est souvent se confectionner une sale fin que personne ne plaindra, ni ne cherchera à vous éviter. Ni les que vous aurez gnaquées pour montrer votre esprit d’adhésion et d’initiative ; ni, et encore moins, les assises que vous espériez rejoindre. Y en a pas pour tout le monde, t’a pas compris ?


La bêtise, ce n’est absolument pas de ne pas savoir – cette scie récurrente des éducationnistes qui croient à un ordre transcendant qui rassemble et dissout par magie les rapports sociaux. Au contraire, adhérer à la bêtise c’est tenter au mieux et au plus court de soigner ses intérêts, ou ceux que l’on désire tels, ses projections, ses exotisations ; ses investissements quoi. Et nulle, je pense, n’ignore pour autant qu’il y aura sélection, et qu’il y a presse à être aussi bien placée que possible – ni non plus que ce n’est pas une science exacte. Enfin, évidemment, il y a les possibles conséquences générales ; mais là encore ce n’est pas de l’ignorance, c’est l’espoir que le déluge viendra après soi, « courte et bonne ». Et que dans l’intervalle on aura place, on sera justifié, ensororisée – la bêtise est une mauvaise foi.


Bref, la bêtise est délibérée, et en quelque sorte rationnelle. En tous cas rationalisante, puisqu’elle croit l’état de choses par essence rationnel, mathématique, vieille scie positiviste. La bêtise est un métier, une monnaie, un des ces moyens que l’on croit magiques (mais n’est-ce pas le cas de tous les moyens ?) pour dissoudre, réconcilier, faire équivaloir, oublier la question sociale. Mais comme tout métier, toute monnaie elle a un cours, d’une part, sur lequel on spécule et sur lequel on trébuche ; et elle véhicule prioritairement, quelles que soient les prétentions à l’égalité marchande, les rapports de force. Elle se retourne facilement, selon son accumulation, contre celles qui pensent être assurées de son concours.


La bêtise ne se pardonne pas – pardonner c’est aider à reproduire. Nous n’avons à pardonner ni la chance, ni la malchance, ces petits noms des conséquences distributives du jeu du cirque social. Du reste, c’est là un truisme hypocrite, la pratique étant de toujours achever les perdantes, dès lors qu’elles ne portent plus utilité ni valeur. Morale comme justice, marché d’équivalences. On ne pardonne qu’à ce qui semble récupérable ; et c’est précisément cette facilité que nous devons nous interdire, dans la mesure où nous voudrions en finir avec ce cirque. Ne plus considérer la valeur de ce qui reste. Par ailleurs ne pas pardonner ne signifie pas maltraiter, assassiner, contrairement à la pratique en vigueur derrière la farce du pardon et plus largement celle de la bienveillance. Sortir du pardon laisse beaucoup plus de possibles, et à plus d’entre nous, que continuer à (s’)enfermer dedans.

 

Ne pas pardonner le passé, mais encore moins le présent et si j’ose dire le futur, ce qu’on (se) promet.

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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