Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 20:12

 

 

Là y faudrait citer toute la fable de La Fontaine, L'ours et l'amateur des jardins. Ce que je ne ferai pas c'est trop long. Z'avez qu'à aller la lire. Pour la énième fois, j'affirme que La Fontaine est une base de morale pratique incontournable, et qu'on ferait bien de s'en inspirer plus souvent.  

 

 

 

C’est quelquefois pesant d’avoir des amiEs. C’est terrible quand ellils vous laissent tomber. Mais ça peut devenir encore pire quand ellils veulent à tout prix ce qu'ellils pensent être votre bien, ou le bien commun. Je ne nie d'ailleurs pas l'existence raisonnable d'un bien commun, mais il faut quand même être prudentE avec ça. On s'y abuse fort aisément. 

J'avais déjà parlé des transamiEs et autre translovereuses. Là c'est les meilleurEs amiEs des putes, c'est à dire les prohibitionnistes. Celleux qui veulent notre liberté (bien entendue, cela va sans dire) et notre dignité (un peu moins notre porte-monnaie, mais entre amiEs on ne compte pas !)

 

Cela faisait quand même quelques années que je faisais remarquer, dans nos grandes et moins grandes occasions putounesques, que nous menions notre canot diesel revendicatif (pout pout pout !) avec le nez collé au rétroviseur. Nous passions notre énergie à beugler sur la LSI et son fameux article sur le racolage ; certes c’était comme on dit scélérat, mais au bout d’un moment c’est le crocodile prohi qui a pointé son museau par devant, tout grand ouvert pour nous avaler - amoureusement bien entendu ! - et nous toujours à pester contre le méchant sarko et ses lois caractérielles. Là, il faut bien le dire, c'est plutôt de gauche qu'est venue au départ l'initiative. 


( D'ailleurs tiens c'est bête hier j'étais à Clermont à une manif pour les hopitaux ruraux ; il y avait le Grand Dédé, Chassaigne, notre idole régionale. Je l'avais plus vu je crois depuis la buvette du festival de St Amant, en 92 ou 93, ça fait loin ! Il était toujours aussi grand, aussi beuglard, aussi lieux communs popu - mais devenu tout blanc ! Moi entre temps je suis passéE de la crête rouge à la crinière rousse, et j'ai légérement changé de genre. Bref j'aurais pu aller l'embêtouiller un coup sur la question, d'autant que je sais très bien que les cocos y sont à fond pour la prohibition. Mais bon, je suis pas en forme, j'ai pas osé. Quand j'aurai une maison, promis, j'escalade le Grand Dédé devant tout'l'monde ! )

 

Reprenons


J’ai en tous cas commencé à bicher quand le mouvement du Nid, notre ami obstiné, collant et dévorateur, a résolument tourné casaque et s’est mis à faire campagne justement sur l’abolition de cet article. Ouh, me suis-je dite, là ça sent qu’ellils ont un gros polichinelle dans le tiroir. Bref qu’ellils ont trouvé super bien mieux pour nous faire disparaître (enfin qu’y croient) de la surface de la planète, leur rêve. C’était pas difficile à deviner ; si on tape plus sur les putes, et qu’on les veut quand même éradiquer, reste que les clients. Puisque même sans macs ces perduEs s’obstinent à tapiner.

 

Dès cette époque, d’ailleurs, quelques députéEs commençaient à se vanter auprès d’assoces féministes qu’ellils pensaient, à tort ou à raison, complaisantes, que des projets de loi à ce sujet étaient tous prêts pour 2012.

 

Mais bon, j’avais beau en causer à droite à gauche. Ça tombait dans des oreilles peu ouvertes. La clameur anti-LSI continuait, et on se retrouvait même des fois, je vous dirai pas où pour outer personne, à la même table justement que les gentes du Nid, à asticoter des éluEs rétiFves. Ça commençait quand même à sentir le vieux hareng. Je me disais à part moi que quand même ça devenait bizarre une telle sollicitude, et qu'on était en train de se faire arnaquer, qu'on nous incitait bien pour tout dire à toujours zieuter en arrière. 

Là aussi, quand je risquais un mot sur la pénalisation des clients, tout le monde s'échappait. C'était plus un problème local. Et un député PS du coin, menteur et comédien invétéré, la main sur le coeur, jurait que "non, jamais il laisserait passer chose pareille. Tu parles... Comme dit plus haut ses collègues crachaient déjà le morceau là où c'était censé plaire...

 

Ah ben voilà. Maintenant que ça commence à sérieusement poindre, la pénalisation des clients, voire que c’est considéré comme acquis, ça crie chez nous comme un poulailler qu’à aperçu un épervier. Ça se comprend, mais on aurait pu se bouger avant, et lancer notre campagne à nous.

 

N’empêche, le Nid, y sont bien contentEs, y se frottent les paluchounettes. On va faire la chasse aux méchants pervers prostitueurs (beh oui, au masculin, sont pas très au courant qu’il commence à y avoir une clientèle féminine). Et surtout on fera plus du tout de mal aux putes. On peut donc sans nul inconvénient abolir sans délai le délit de racolage, vu que de toute façon sa charge passe de l'autre côté. Elles vont juste ramper dans des couloirs sombres, craindre l’espionnage jusque sur internet, ne plus pouvoir être approchées que par des bonnes sœurs en guimpe (et encore, munies d’une accréditation, puisqu’on dit à présent que la vie religieuse prédispose aux avidités illicites) ou des travailleureuses sociaLEs avec un badge gros comme ça - et une finesse du même type. 

Comme ça, plus besoin de leur casser le moral ou des les persécuter. Ellils iront d’elleux-mêmes prendre boulots et formations pourriEs, où la survie revêt une incontestable dignité. Du moment qu’on loue pas son cul, on peut bien crever de misère. La liberté de la misère est un déjà très, très vieux must du libéralisme social. Comme la liberté de la peur...

 

J'ai jamais dit que la tapin était un travail sans souci aucun et de délices incomparables. Vous en connaissez, vous, un boulot, en tous cas largement accessible, qui en soit un ? En tous cas, c'est pas en nous clandestinisant encore plus qu'on va le rendre plus commode. Il est vrai que ce n'est pas du tout, du tout, le but des bonnes âmes qui entendent nous prémunir... C'est de le rendre impossible.

 

Trop contentEs vous dis-je. Le paradis de l’amour gratuit sans violence et sans contrainte. Mè si, si on vous le dit !

Autre enseignement : quand vos ennemiEs, puisqu'il faut quand même bien finir pas dire vrai, commencent à réclamer la même chose que vous, scrutez bien ce qui arrive derrière...

 

 

Plume

 

 

PS : Ce fut aussi le cas d'autres indécollables sollicitudes, comme celles de Sysiphe ou, plus tard, d'Osez le féminisme. Il faut d'ailleurs être honnêtes, étant féministes, elles avaient beaucoup plus tôt contesté le  caractère hypocrite du délit de racolage. Mais le fond reste le même : nous sommes le syndrôme de l'ennemi, du patriarcat. Après tout, on peut en discuter ; mais alors dans les deux sens. Ma thèse, depuis longtemps, c'est que le féminisme a commis la bonne vieille bévue de... se "réapproprier" à peu près tous les aspects qui fondent et forment le patriarcat, à part la hiérarchie masculinocentriste en vigueur. Boh, ce n'est pas une nouveauté ; le mouvement ouvrier a bien réussi à se coltiner tout le fonctionnement du travail capitaliste et de l'obsession de la production de valeur en régime socialiste, et ce jusqu'aux tentatives anarchistes ; et les anticolonialistes à encenser les pires mascarades pourvu qu'elles ne semblent pas "occidentales" ; alors... . L'affaire se joue sans doute sur l'identification de ce qui crée réellement un système. Tant qu'on en restera à la culpabilité du méchant ennemi de classe comme cause centrale, unique, et solution consécutive dans le départagement de qui est le/la vraiE humainE et l'horrible dominateurice abstraitE, on retombera dans les mêmes marécages, les mêmes éradications et les mêmes massacres. 

 

 


 

Partager cet article

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Dans Les Orties