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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 14:16

 

« Que les Romains leur donnent et leur ôtent leur trônes à volonté, ils le savent fort bien.

Mais ne pas oublier pour autant, les malheureux, qu’ils portent encore le titre de rois. »

C.Cavafy

 

 

Pont. Strapontin. Je ne puis m’empêcher de penser, au spectacle de nos petites camarades qui entendent et prétendent représenter le « peuple des t », aux petits rois de l’époque post héllénistique, lesquels prospéraient frileusement sous l’aile de l’Empire. Les t’ sont à sauver, à développer, à insérer, à mener vers la terre promise de l’égalité civique, judiciaire et autres hochets. Bonne affaire ; le social marche bien en période de naufrage, et se pare des couleurs du prophétisme. .

Pour mener à bien cette noble tâche, elles ont résolu de se faire proclamer ici et là par trois pelées et deux tondues supposées nous incarner. Ou, pour les moins achalander, de s’auto-exalter sur internet, ce vide grenier de la reconnaissance. Un peu comme ces sacres à la sauvette de monarques ou de papes contestés, mutuellement schismatiques, à la fin du moyen-âge. Quand de toute façon la réalité du pouvoir était déjà passée ailleurs.

 

Passée ailleurs. C’est ce qui les fait roitelettes autant que strapontines, ces braves t’folks. Bien sûr elles entendent régner sur ce fantasme de peuple que nous inspirons désormais, comme toutes les autres identités, dont on ne dira jamais assez qu’elles dessinent des cultures, au sens du bouillon, où se multiplie le pouvoir et son exercice. Mais bien entendu le vrai pouvoir est ailleurs, au dessus, dans les ministères, ou dans les grosses orgas d’état. Il s’agit donc pour nos roitelettes de se battre bec et ongles pour un très hypothétique strapontin, lequel correspond, s’il existe, grosso modo au trône d’un de ces petits potentats dépendants et protégés par un empire. En effet, ce à quoi elles font le plus penser, comme modèle historique, sont ces ethnarques qui, dans les empires de l’antiquité occidentale, régissaient leur peuple sous la houlette commune, tout en s’en faisant accroire et à grands renforts de décorum.

Elles règneraient ainsi, le chef nimbé d’une double auréole associative et politique, au nom de notre insertion fructueuse dans la grande nécessité collective étatique. Imprégnée du xilophène du bien commun, lequel est censé tuer net la vermine incivile. Classe.

 

Le pire, ou le meilleur, c’est que, dans la grande tradition démocrate, ce rêve d’être l’élue (ce qui veut dire choisie, reste à savoir par qui) est un fier mélange de sincérité citoyenne et de cynisme fasciné par le rôle de représentativité, qui est la forme actuelle du pouvoir.

 

Et d’y aller de leurs initiatives, longues stations dans les couloirs des conférences ministérielles, audacieuses plaintes à La Haye, quand ce n’est pas carrément faire campagne pour un poste électoral. Sans parler évidemment de l’inénarrable débat sur la natûre de notre identité, farci de la déception, genre celle de la consommatrice qui ne trouve pas dans l’emballage la couleur escomptée, des deux ou trois autoproclamées qui jouent (avec une foultitude d’autres lobbyistes) les acariennes du tapis rouge de l’assemblée. Il faut avouer que je me suis un peu marrée. Et que j’en pense au final la même chose que l’autre jour.

Depuis, et au rythme d’un communiqué par semaine, la nationale trans (« tout ce qui est national gnagnagna »), toujours une mégalomanie d’avance, a carrément préempté la représentation mondiale. Elle octroie, figurez vous, satisfecit et conseil à la R.P. du Vietnam (ont-elles consulté en outre le gouvernement en exil du Sud ? Si elles ont oublié je le leur conseille. On ne sait jamais, l’histoire a des imprévus). « Et demain le monde entier », comme je le disais il y a déjà un moment à leur sujet. On y est. Á quand la galaxie (trans, bien entendu, ce sont des ethnarques, selon la vieille tradition hèllénique) ?

 

La seule, finalement, l’unique anicroche, dans tout ça, c’est précisément ce peuple par identité dont elles affirment être à la fois l’émanation (on ne peut effectivement leur contester d’en être, elles aussi) et les bergères. Bien sûr, je ne suis pas tant que ça typique de t’lande (encore que, je me sens aussi caricaturale qu’une autre) ; je répugne à être confite de droits, à ce qu’on me reconnaisse, à ce qu’on me facilite la vie, à être recensée, encadrée, certifiée. Bon. Mais il faut bien avouer que quelles qu’en soient les raisons, le dit peuple fait quand même bougrement défaut. Oh, je ne vais pas ici m’enfoncer dans une revue critique des possibles raisons. Mais voilà, de fait, la situation de nos roitelettes fait un peu pitié. Juchées sur de fantomatiques assoces aux noms ronflants, œcuméniques, comme sur de très étiques cavales, jouant avec une virtuosité qu’on ne saurait leur contester du communiqué par internet, se grisant pour finir de leur jactance et de l’admiration inconditionnelle des trois pelées évoquées plus haut, lesquelles ne manquent jamais dans ces équipées, elles représentent un nec plus ultra de l’anecdotique contemporain.

 

Et le peuple en question, si disputé et si absent ? Est-ce au fond un problème qu’il le soit ? Ne sommes nous pas, identité supplémentaire, déjà une valeur parmi d’autres ? Ce qui règle la question : que nous le voulions ou pas, que nous soyons là ou pas, nous serons comme on dit dans le langage de la charité moderne prises en compte. Dans la foire aux identités collantes, on se retrouve empeuplées sans même l’avoir voulu et encore moins pensé. Ce qui permet aux roitelettes de se réclamer de nous, de présenter des listes, des diagrammes, des statistiques, à la puissance supposée bienveillante.

 

Quand même une chose qu’on ne peut, il me semble, leur reprocher. Contrairement à la pratique martyrologique qui sévit par chez nous comme en bien d’autres (auto)gestions d’identités et m’exaspère, elles ne font pas trop dans le funéraire. C’est plutôt le domaine de la bureaucratie horizontale de l’autosupport communautaire. Il y a un côté « je positive » nécessairement plus marqué chez ces associatives de pouvoir vertical. Mais du coup elles font moins que d’autres commerce et engrangement de nos malheurs et déconvenues, à l’inverse par exemple des épicières de sos-homophobie ou des onze-novembrités du TdOR.

 

Nos vies ne valent rien, et c’est tant mieux. Il est temps de le faire savoir, et de ruiner les petites spéculations de celles qui essayent, bien maladroitement, de les introduire en la bourse politico-judiciaire. On s’occupe de nos fesses, qu’elles s’occupent des leur.

 

Mais bon, je vois à quel point je me moque ici de cible bien faciles, visibles comme un furoncle sur le nez retroussé de t’lande, et même trompeuse, abstraction une fois faite de la réelle et indiscutable nocivité de l’état, des lois et des institutions de ce type. En effet, nous n’avons hélas pas même besoin de ces clounes de la soif potentiaire pour étancher la nôtre d’autogestion, d’intrégration volontaire et enthousiaste, civile autant que soucieuse, au jeu de la responsabilité, de la reconnaissance, in fine de la domination infuse. Elles rêvent conseils trans, nous rêvons communauté(s), droits, schizophrénie de la différence dans l’égalité ou l’inverse. Mais surtout et toujours gestion, prise en charge, rationalisations, care ; d’être toutes garanties d’un sanitaire chier droit ; toutes surveillantes de notre participation décente ; toutes mécanotes de notre générale. Ce qui se profile derrière les roitelettes qui s’agitent dans les couloirs des sous-ministères, c’est nous, ce peuple t’ que nous aurions pu peut-être éviter de devenir, mais qui est en train de se coaguler effectivement par nos volontés et nos consentements. Nous n’aurons pas su éviter d’être et faire comme il est prescrit de, au fond de nos consciences individuelles de masse ; identité santé, empeuplement et pouvoir intériorisé au bout, même et surtout dans l’impuissance.

 

Ou peut-être ? Mais il nous faudrait alors sévèrement réviser nos conduites et désirs ; cesser de vouloir faire aussi bien que ; enfin rétropédaler en diable. Ou mieux, refuser de pédaler.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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