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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 11:44

 

 

On ne cause vraiment pas souvent des nanas en taule. Ici, chez nous. Au pays des bientôt soixante dix mille embastillés. C’est pas propre. Elles ont fait des trucs vraiment pas bien. Comme les mecs mais c’est pire. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais dans le banditisme, par exemple, c’est comme dans la grande cuisine ou la musique : les chefs sont tous des mecs. Marion du Faouët c’est il y a bien longtemps et c’était déjà une exception. Des trucs vraiment pas bien donc : elles ont volé, tué, abusé, estourbi des aliens tous frais, maquerellé, que sais-je encore ?! Bouh les horribles, bouh les traîtres, elles salissent notre réputation de droiture et de bénévolat. C’est pas bien de commercer autrement que selon les règles du droit, de la propriété et de l’exploitation règlementaire, mais quand ce sont des nanas qui le font c’est encore pire. Au trou, au trou carcéral mais aussi au trou de notre mémoire. Rayées de la carte. Nous sommes, devons être toujours du côté du bon droit et de la rectitude ; nous avons encore plus que les autres intériorisé cette exigence.

 

Je dis ça, c’est à propos du statut des activités, qui en fait est le statut renaturalisé des personnes, et de ses conséquences. Les putes, c’est clair, c’est pas du boulot, c’est la honte de la famille de toute façon, alors on va pas les laisser profiter paisiblement de leurs trois sous, au contraire, on va tout faire pour les réduire à passer par où il faut pour ça. Eh bien les taulardes pareil. Il faut bien dire que depuis les débuts prometteurs de la civilisation du mérite, du travail et de la valeur, c'est-à-dire du capitalisme, vers quelque chose comme 1500, on a toujours enfermé et mis au travail les marginales. Les qui rentraient pas dans le système d’exploitation registré rentable. Les pauvres, les putes bien entendu, et encore bien d’autres. C’est à cette époque que les prisons se sont répandues sur la terre (auparavant ça concernait surtout les un peu riches dont on espérait rançon), pour éviter que les vagabondes vagabondent, et que ces prisons sont tout de suite devenues des camps de travail. Et le sont restées. Partout et en tous temps, sauf quelquefois pour quelques « politiques » entre 1850 et 1930. Et pas partout. Bien entendu la prison n’est pas politique ; que vous croyez ? ; la prison est morale et économique, et les embastillées sont des méchantes qu’il importe de mettre au boulot, qu’elles ne continuent pas de nourrir de mauvaises pensées. L’épuisement est excellent contre l’intellectualité, la comprenette et les mauvais penchants. Le travail généralisé s’est d’ailleurs largement d’abord répandu, a été imposé comme ça aux fainéantes que nous sommes : enfermées, comme le sont encore aujourd’hui les ouvrières du textile dans les pays à pas cher. Les prisons, les bagnes, les « hôpitaux généraux » ont été le prototype des usines. L’histoire du travail est l’histoire de l’obligation et de la contrainte au travail. C’est comme ça que nous avons bâti notre splendide civilisation, comme d’autres et en d’autres temps les pyramides et les palais de Babylone. Le travail et l’emprisonnement sont des siamois.

 

Et bref, il y a quelques jours, eh bien une nana entaulée a intenté un procès, chez nous, oui, à françlande, pour faire reconnaître que le droit ordinaire du travail s’appliquait à l’exploitation en prison. Toute comparaison avec le tapin serait bien sûr oiseuse et de mauvais goût. En attendant la première instance lui a donné raison. Je ne doute pas un instant que la très paternelle Administration Pénitentiaire ne fasse appel. C’est que si ça fait jurisprudence ça va coûter cher de défrayer, ne serait-ce qu’au smic et avec les a-côtés de cotise, toute la population carcérale, que nos sages gouvernants comptent bien voir augmenter, afin de contenter l’autre part de la population, celle qui est encore relativement dehors et qui jouit à chaque annonce de châtiment des pas rentables qui méfont, piratent plus ou moins large, comme les élus du paradis sont censés, selon je ne sais plus quel saint (Augustin ?) prendre plaisir au spectacle des tortures auxquelles sont soumis les damnés. L'affaire ne reste drôle et juste qu'autant que c'est l'autre qu'on prend les doigts dans la confiture.

 

On n’a donc guère causé de l’histoire de cette femme, qui a décidé qu’au moins, et dans un monde pour le moment sans issue, nous devions tarifer au plus haut la contrainte, l’inconfort et l’exploitation, au lieu d’en faire des passages métaphysiques de rédemption et de souffrance bénévoles. Ça doit gêner l’idéologie citoyenne, "pauvres mais honnêtes", qui en est à nous préparer à toujours plus de sacrifices et de disponibilité, pour l’économie, pour la république, pour pépé et pour la planète. Déjà les putes font ch…, c’était vraiment pas le moment que les taulardes la ramènent et viennent creuser le déficit. Non seulement c’est mauvais pour le redressement de françlande, mais par ailleurs, et peut-être surtout, plus personne va savoir qui qu’elle est si on ne fait pas une distinction disciplinaire nette entre les braves, qui bénévolent, pointent, engendrent, vigilent, et les affreuses qui fraudent, pillent, avortent très tardivement, tapinent, et autres forfaits. Et si on sait plus qui on est, dans l’ordre civique, c’est le début de sa fin.

 

En tous cas, chapeau la nana. Je ne sais pas ce qu’il va en advenir de son histoire, mais elle a eu courage et ténacité de dire que, zut, tant qu’on est dans cette sale situation générale, autant lui, autant leur coûter le plus cher possible, et de toutes les manières. En attendant de casser la baraque. 

 

Tout le monde dehors !

 


 

 

 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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