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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 18:12

Ce titre a été mille fois utilisé, et ce pour la profonde raison que les choses se répètent, même quand on a répété mille fois qu’elles étaient insupportables.

 

Ce qui est insupportable, avec nos amies, c’est qu’elles nous sont toutes dévouées. Indécollables. Et que bien entendu, en échange – puisque l’échange est un des grands truismes de ces dernières décennies – nous leur appartenons. Dans le sens précis où nous faisons, de gré ou de force, dès lors, partie de leur territoire, ce qu’on appelle aujourd’hui l’identité.

Ah l'échange, encore un des ces petits mensonges que j'irai clouer quelque jour sur les murs de je ne sais quelle église idéologique. L'échange est bien sûr obligatoire, chez nous. C'est une annexe du fameux privé qui est politique, vous savez ; ce qui donne latitude à n'importe quelle personne qui est plus forte et existante que vous  (qu'on appelle fréquemment plus légitime en novlangue) de vous en priver, justement, pour en faire sa politique. Et en nourrir ses petites affaires.

 

Nos amies sont ici les bio transphiles, on l’aura deviné.

 

Je dis nos amies. Il est vrai que de nos jours, et surtout chez les militantes, on dit plus sobrement mais aussi malignement nos copines. L’amitié est une vieille, antique notion dont on subodore qu’elle pourrait entraîner des effets néfastes pour le bonheur de l’humanité. Le don sans condition par exemple, sans pedigree renouvelé tous les jours qui certifie que l’on fait partie des personnes socialement fréquentables.

Tandis que copine, c’est comme camarade dans les vieux partis, en plus conditionnel encore. Ne pas oublier que le monde se recrée à chaque seconde. Voire qu'il y a, comme on dit, autant de réalité que d'identités ou de statuts sociaux. Et que ce serait parfaitement réactionnaire d’exiger une suite là dedans basée sur autre chose que la trique de la dès lors inévitable terreur sociale. Ou de soupçonner qu'il pourrait être excessif et injuste d'aider à couper la branche à laquelle se raccroche la personne que vous êtes en train d'exploiter, dans le même moment. 

 

Ce qui est terrible, c’est que nous en arrivons à nous traiter nous-même en copines. Á nous surveiller et à nous envahir, ce qui est, comme je le dis toujours, une véritable performance. Je ne sais pas si cela relève de la schizophrénie ou plus prosaïquement de la bêtise à coloration idéologique. Mais ça fait des ravages. 

 

Le fait divers qui m’inspirait ce billet vient d’une discussion sur une liste mail expirante, d’un groupe lui-même a peu près crevé, mais qui comme dans bien des cas cherche à se régénérer. J’espère qu’il y arrivera. Là n’est pas la question. Mais voilà, ce groupe est de constitution féminine, et voilà qu’un M apparaît. Ce M est trans mais personne ne le sait, à l'exception de peu de gentes. Une personne du groupe demande sur la liste si quelqu’une comprend cette présence. Je lui réponds en mail privé que cette personne, que je connais, est ftm. Et accessoirement sympathique. Je ne pense pas nécessaire que toute l’ancienne liste soit au courant d’emblée de l’identité de genre, puisqu’il faut dire comme ça maintenant, de cette personne. Et en fait, je note juste que la question ne s’était jamais posé jusque là pour ce groupe. Ce qui veut dire qu’elle se pose désormais, mais sans préjuger.

 

Ce mail n’apparaît donc pas sur la liste, comme désiré. J’avoue que c’était aussi un test. Pas plus de deux heures après, la transphile bio de service, comme il y en a deux ou trois sur la dite liste, se précipite sur son clavier et informe généreusement toute le monde, et avec fierté de penser être la seule ou la première à le claironner, que la personne mystérieuse est ftm. Elle ne nous laisse par ailleurs pas un instant le droit d’ignorer que de « vraies féministes » ne devraient même pas se poser de question mais, le doigt sur la couture du battle dress, inclure la personne sans retard. Tout n'est-il d'ailleurs pas connu, archiconnu, et inscrit dans les Textes ? Toute réflexion serait de l'apostasie pure et simple. 

Je ne préjuge donc, pour ma part, pas un instant là-dessus, étant moi-même trans, et sachant combien les fameuses "non-mixités inclusives", à commencer par bio/trans, se sont révélées daubesques et promotrices de violences.

Mais déjà, donc, le vieux principe d’une relative discrétion rapport justement au "statut de genre" des gentes, et de peut-être attendre un peu que l’on parle entre personnes, fut-ce par mail, eh bien tout ça saute. C’est que pupuce ne veut pas non plus que l’on ignore un instant qu’elle est une grande féministe, qui détient réponse à toutes les questions d’inclusion et d’exclusion, et même serait indignée que tout cela ne soit ni mathématique ni automatique. D'ailleurs, je sais que la même personne bio agiterait vigoureusement la tête de haut en bas si on évoquait devant elle le principe de relative discrétion sur l'identité de genre, dont je parlais. Ce petit monde est un fouillis de contradictions et de foutages de gueule, faut bien le dire. Et je ne suis pas en reste à ce sujet, je le confesse bien humblement.

 

Je rajoute avec un malin plaisir que cette amie des trans en est surtout une affable consommatrice, à tous les niveaux. Comme pas mal de ses consœurs transphiles, elle ne saurait vivre sans s’adjuger répétitivement parole, présence, action pour et sur les trans.

 

Comme je l’ai dit, semblable à tant d’autres. Le milieu, ses idéologies, ses valeurs et ses comportements ont fait éclore cette obsession, cette fascination des trans, par des personnes qui évitent volontiers de vivre ce qu’ellils vivent, pasque c’est quand même plus tranquille d’être bio. Mais bon dieu s’arrangent pour ne jamais en manquer. Jusqu’à l’abus, inclusivement.

 

J’ai été encore aujourd’hui attaquée dans la rue, en plein marché. Pugilat. Beuglements. J’ai expliqué récemment que ces soudaines attaques, que je n’avait jamais vécues depuis ma transition, sont causées par la dégradation de mon apparence physique, due elle-même à l’abandon et aux violences subie de la part et dans le cadre du milieu féministe et tpdg ; et singulièrement des copines transphiles. Dont, ô étonnement, la dite agréable personne si prévenante. 

 

Le monde est vraiment petit. En taille comme en diversité de conséquences. Et rempli d’amies. Quand est-ce qu’on crève la panse de ce monde ?

 

 

Plume

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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