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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 11:20

 

 

Rien à faire, la reproduction est redevenue le fond de nos obsessions et de nos pratiques. Et ce à tous les égards. Il y a bien sûr l’infantomanie, pondre, projeter nos vies misérables, dans toutes les positions. Mais les symboles, les signes aussi ont suivi. J’étais déjà assez triste que le genre, cette aventure incertaine des années 80-90, soit devenu un nouveau catéchisme, parmi tant d’autres. Mais, surtout, plus je nous regarde, plus ça grouille ; je veux dire, précisément, que nous n’avons pas du tout affaibli ou dissous les normes sexuées ; au contraire, nous les avons émiettées, et comme toutes les formes autonomes, elles se sont ainsi multipliées et disséminées. Identiques et innombrables.

 

Nous avons encore plus sexualisé le monde qu’il n’était déjà. Ce qui représente tout de même une performance ! Mais une des celles dont on se passerait, je crois, parfaitement. En cela, je dirais qu’on s’est magistralement vautrées. Nous avons disséminé le genre, et sa binarité, au lieu de le dissoudre, de le contrer, et encore moins de le déserter. Y en avait déjà presque partout, c’est sûr, faut pas non plus nous accuser de ce qu’on n’a pas fait – mais grâce à nous, il s’est encore propagé où il le pouvait, et le voilà hégémonique.

 

C’est sans doute conséquence d’une attitude fondamentale affirmative, plutôt que négative. On finit ainsi, même après de longues et tortueuses démarches, où d’ailleurs d’aucunes d’entre nous sont restées, couic, par valoriser ce qui est. Par le justifier. Par investir dans les signes et dans les gestes, et nous méfier de la critique de fond, déléguée à quelques expertes, muettement suppliées de ne pas aller trop loin, et surtout de rester dans le cadre spécifique, bien clos, non remis en cause.

 

Le genre, c’est comme le travail, ou la violence, ou même la divinité. Nous croyons naïvement pouvoir en faire usage. Y trouver notre compte, comme nous disons si souvent, sans penser qu’en proférant cela nous nous sommes nous-mêmes fourniEs comme données et équivalences. Eh bien non, et l’histoire devrait nous instruire : ce sont ces formes, ces abstraction réelles qui, au contraire, font usage de nous. Se multiplient par nous, leurs exemplaires. Nous sommes leurs mères porteuses, nous les reproduisons en produisant nos images idoines. Et en retour, elles nous hégémonisent et nous totalisent ; je lis ce matin, dans un article sur un magazine t anglophone, cette déclaration définitive « toute personne sur terre a une identité de genre ». Allez hop, égalisée intégrée. On a déjà vu ce que donnait la notion hégémonique d’humainE comme « possesseurE de » (l’anéantissement des non-rentables). Je me demande ce que va nous imposer cette forme en sus. Et pour tout dire je n’ai pas confiance, ce par principe, dans cette passion de la définition. Ça rappelle bougrement la théologie, et ses frasques séculaires…

 

La seule issue serait de les fuir, pour les stériliser. Mais il nous faudrait dès lors nous envisager nous-mêmes profondément autrement. Sans identité, reconnaissance, équivalence et toutes ces belles choses qui sont censées garantir notre présence au monde. Ce serait aussi fuir un certain nous, un certain je.

 

Multiplier les genres, multiplier les états, multiplier les guichets, multiplier les statuts, multiplier les identités, multiplier les reconnaissances, multiplier les valeurs, multiplier le même, multiplier les moyens de la domination ; au lieu d’une tentative de sortie, c’est une fuite en avant dans l’identique que nous pratiquons et théorisons avec entrain et rage. N’en espérons que la perpétuation de ce même, toujours plus dense par la concurrence, jusques à notre étouffement. Nous finirons étouffées par notre progéniture.

 

Cessons d’enfanter, cessons de reproduire le gros animal, cessons de faire des petits !

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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