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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 10:10

 

 

« Rien n’a changé, mais tout commence. »

 

 

 

Vu combien nous avons, d’un avis qui se répand parmi nous, passé outre le tolérable, lequel n’était déjà pas souhaitable, le moment est peut-être propice à ce que, parmi les quelques f-t’s zonant dans les fossés du milieu féministe inclusif, il y en ait qui soient dans la disposition de renvoyer l’eau de vaisselle à la figure des cis qui nous bousillent, d’abonder une recension d’exaspérations, avec quelque support que ce soit, sur les manières dont nous y sommes à la fois exotisées, léchouillées, agressées, méprisées, infériorisées, violentées et j’en passe - et ce, à commencer par les biotes qui se proclament le plus transphiles, défilent, pleurent au TDoR, quand elle ne sont pas carrément « un petit peu trans » pour se rapprocher encore. Bref les ceusses qui nous « soutiennent », nous « aiment », nos « alliées » - et dont il n’est guère plus possible de douter, à l'expé, qu’elles soient parmi les personnes les plus dangereuses pour nous, les plus violentes, malveillantes et abuseuses envers nous. L’affection comme la « bienveillance » des qui ont du pouvoir sur d’autres sont des promesses de piétinement. Oh zut on a (encore !) marché dans une trans. Quand ce n’est pas pire.

Analyser comment, de ce fait et de cet ordre des choses, nous nous retrouvons tronçonnées, coincées, contraintes à y passer pour garder un croûton de vie humaine et politique, avec pour alternative en cas de refus l’isolement et la mort, civile toujours, physique quelquefois.

 

On remarque qu’enfin, curieusement il y a aussi quelques féministes bio qui ne se la jouent pas « pro tout ce qui bouge », ne préemptent pas toutes les occasions d’exotiser, ne vous agressent pas quand vous avez déçu leur avidité et leurs fantasmes, ou bien que vous avez risqué d’occuper une place identifiable dans le féminisme, lesquelles leurs sont réservées par essence, bref montrent par le fait qu’on peut résister à cette irrépressible pulsion, voire s’intéresser à tout autre chose. Celles là ne sont pas nozamies ; celles là peuvent des fois réellement être nos amies. Cela dit, cette constatation ne vaut que pour elle-même, et dissimule un autre piège : en cas de pogrom, elles ne sont évidemment pas plus courageuses que d’autres, et la solidarité dominante bio se resoude, ne serait-ce que sur le silence.

 

Le caryotype xx ne protège ni contre la capacité à abuser (encore un euphémisme) des plus faibles et stigmatisées, ni contre la fascination envers les conceptions les plus régressives, ni contre la lâcheté intellectuelle et morale vis-à-vis de cette situation.

 

Quand je dis « les manières », bon, je n’imagine pas tant une revue des cas particuliers, qui serait répétitive et monotone, qu’un examen des aspects de cette constante, et aussi une tentative d’amener ça à de la critique systémique des impensés et automatismes, si intéressés soient-ils, de tout le monde et des bio en particulier (lesquelles, ça tombe bien, constituent 99,7 pour cent de ce tout le monde, ce qui offre comme on dit un panel représentatif).

 

Cependant, vous pensez bien que la polémique et l’exaspération n’auront pas à en être gommées ; bien au contraire. Et que l’exposé d’exemples bien gratinés ne sera nullement superflu.

 

J’ignore absolument ce que nous pourrions attendre d’une telle entreprise, à part quelques débats acides et sans suite. L’exemple de beaucoup qui ont déjà fait de même pour leur catégorie, choisie ou pas, est éloquent. Ça va au mieux prendre place sur les rayons des infokiosques, dans les lectures recommandables pour être dans la vérité et fuir l’erreur, à peu de frais.

 

Mais comme on dit les écrits restent, tandis que les paroles sont aisément oubliées.

 

Et puis je cause d’écrire, par habitude ; mais si on sort des habitudes on pourrait aussi causer d’agir. Couper net, par exemple, avec les instruments les moins prévus, les arrogances, certitudes, paluches et autres pseudopodes qui se baladent et s’approprient. Bas les pattes. Condition première. Après on verra. Ou pas.

 

En outre, mais là encore c’est de mon point de vue, il n’est pas question de réclamer l’intégration à un état de fait qui précisément permet sans détours ni vergogne des pratiques si pourries, une mentalité si régressive, un tel exotisme à la fois abusif, hargneux et excluant, mais de le faire éclater, de provoquer une remise en question. Je tiens que le revendicationnisme n’a pas d’autre avenir que l’enfoncement dans le présent. Et ce présent est maudit. Par ailleurs, je ne me fais guère d’illusions ; le rapport de force n’y est pas. Mais on peut être un caillou dans la chaussure, qui persiste et signe en vue de temps meilleurs. On en est à un point où seule reste l’alternative entre la mort résignée et l’optimisme sans pardon.

 

Je limite mon appel aux f-t’s féministes, ce qui ne fait aujourd’hui, malheureusement, pas grand’monde, parce que plus les années passent, plus se confirme une espèce de déséquilibre propre à notre situation, déséquilibre numérique certes, qui est d’ailleurs particulier à ce mouvement, à nos motivations, à l’inverse de ce qui se passe à straightlande, mais pas seulement. Déséquilibre politique et illégitimation récurrente également. Le sexe social est là, finalement assez identique à ce qu’il était déjà, binaire, clivant, et voilà. Notre illégitimité attirante et repoussante alternativement est en fonction de. En gros, les t’ n’existent en tant que t’ que jusques à un certain point, pas toujours très éloigné du départ ; après, il faut rajouter le préfixe, autrement y a pas moyen.

 

Je rappelle d’ailleurs que des m-t’s de notre milieu ont déjà quelquefois entrepris ce genre d’éclairage. Car ce sont bien des coins fort sombres du comportement et de la pensée qu’il s’agit de mettre en lumière. Les attitudes tordues, les humiliations, les violences envers nous en milieu f, sont parmi les championnes dans la course au déni et à l’invisibilité. On n’a même pas le temps de les voir du coin de l’œil qu’elles ont déjà disparu. Qu’il ne s’est jamais rien passé d’ailleurs. Les féministes bio peuvent, et savent que dans le contexte de pouvoir social et idéologique elles peuvent, faire ce qu’elles veulent de nous, envers nous. Beaucoup ne s’en privent pas. C’est pour cela que la première urgence est de leur imposer bas les pattes, que ce soit relationnellement, politiquement, moralement ou autre. Et qu’elles reconnaissent leurs violences, abus et mensonges déjà faits ou en cours. Ne serait-ce que pour qu’on sache ou on en est, parce qu’une bonne part de ces choses est dans le placard.

 

Dans mon idée, il s’agirait de faire le point d’une manière aussi critique que possible, aussi peu revendicative et larmoyante que possible aussi, d’aller au-delà (mais pas en deça) du règlement de compte, aussi désirable soit-il ; mais c’est évidemment au gré des éventuelles contributions.

 

Voilà. Je sais que mon appel concerne très peu de gentes. Que l’éparpillement méfiant, hostile même où nous maintiennent la pression, la terreur et le chantage de biolande, comme notre propre incapacité à sortir des lois qui y règnent, nous incitent à une survie de calcul. Mais même en comptant ainsi – nous sommes se manière permanente en voie de disparition, par la négation et l’anéantissement. Perspective dont l’issue d’ailleurs doit plaire à pas mal. Elles ne pourront certes plus nous tripoter, mais notre absence leur épargnera l’énergie mise dans l’hypocrisie et la dissimulation de la violence. Et puis elles trouveront bien quelqu’une d’autre à mépriser et utiliser, ça ne manque jamais.

Ça ne veut pas forcément dire qu’il n’y aura pas quelques f-t’s féministes radicales, la mauvaise herbe étant tenace, mais que nous serons toujours peu, isolées, tenues à la fois au devoir de réserve et à la merci des bio quand il leur prendra fantaisie d’exotiser un coup, tout autant que quand elles auront un besoin pressant d’extérioriser leur mépris et leur haine. Et tout ça gratos (je dirais même à nos frais).

 

Á moins que nous ne nous laissions plus faire.

 

Il est temps, si nous ne voulons pas crever, de dresser l’ardoise, tout autant que de proposer une mise au net du comment, et peut-être du pourquoi. Il n’est en outre plus tolérable de laisser continuer ce qui se passe sans rien dire, ni non plus sans rien faire. Il se peut que dire limite l’ampleur de la désormais inévitable casse matérielle, relationnelle et politique. Si toutefois ce dire ne se heurte pas aux coutumiers dénis des biotes.

 

Cela dit, rien ne perce non plus d’une éventuelle solidarité f-t’ féministe, ni de la volonté d’une entreprise critique. Comme dans toutes les petites minorités stigmatisées, nous préférons la négociation individuelle, le couinement sans suite et le chacune pour soi. Quand nous ne sommes pas carrément biophiles, collaboratrices de notre assujettissement (on y arrive facilement, naturellement ; je l’ai été). Ça n’a rien d’exceptionnel, hélas, et se voit sur de larges échelles dans des rapports sociaux de sexe voisins. Les bio, qui sont à la fois transphiles et transphobes, sont indéniablement des crapules et des charognardes, mais jusques à présent nous avons été de franches imbéciles, pour ne pas dire pis ; et passer toutes nos renonciations, tous nos consentements, toutes nos magouilles pour tenir sur le vieux compte d’épargne toxique de la victimité et de la déresponsabilisation, ça commence à bien faire. Amen. Dans le cas où tout ce sale cirque continuerait, l’action directe, avec ses déficiences, avec sa pauvreté, sera individuelle aussi, par force, et restera seule en lice.

 

 


 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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