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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 08:36

 

Toute fraîche ou peu s’en faut une solide tranche de biosollicitude très très directive, pour rester euphémique, de la part notre amie la seule vraie présidente du plus orthodoxe de tous les centres lgbt. Ça faisait bien longtemps que je n’en avais causé, il faut croire que je m’ennuie – ce qui est sans doute le cas. Tout de même, que nous avons d’amiEs, et de si bon conseil ; il est remarquable, désarmant, que nous n’en soyions pas déjà toutes crevées. Ce qui prouve par le fait que nous sommes, les f-t, de la bien mauvaise herbe.

 

Je cite donc son pensum de l’autre soir, qui pourrait étonner si on ne lisait pas à intervalles réguliers ce genre de profonde analyse à notre sujet, que ce soit de la part de bio ou quelquefois de celles de collègues en bioformation qui se veulent faire, plus ou moins vainement, intégrer, et qui copient avec application, la langue sur les lèvres ; comme quand on apprenait à écrire.

 

"Les trans se sont souvent, et à juste titre, plaints du manque d'intérêt et de solidarité des gays à leur égard, mais ne se sont pas non plus vraiment intéressés à la déconstruction du système patriarcal ; il est extrêmement
rare de croiser un ou une trans un tant soit peu féministe. Au départ, n'étaient visibles que les transsexuelles hommes devenus femmes (M to F). Au contraire d'être féministes, la plupart adoptaient alors une représentation extrême, voire parfois caricaturée de la féminité, que la plupart d'entre nous, lesbiennes, ne voulions surtout plus être. Pour nous, il s'agissait justement d'une représentation sexiste des femmes. Incompréhensions, forcément, alors qu'avec la plupart des gays, ça passait beaucoup mieux."

 

C’est mis à un passé tout relatif, light et lourd à la fois, comme si ça ne concernait tout à fait que les t d’ hier, les ébauches ; merci pour elles, ces croquemitaines qui ont fait le trou et ont tout pris dans la gueule ! Mais on sent bien que ce passé si présent est suspendu sur nos têtes comme une menace anhistorique : nous sommes toujours et par nature sociale susceptibles de redevenir ces cro-magnon du genre. Mécanisme du reste bien connu : quand on n’est pas comme y faut, c’est inscrit, gravé, récurrent, ontologique ; on doit s’exténuer à s’y conformer, avec soumission et gratitude, mais c'est un boulot toujours remis en cause. 

Suivent quelques bafouilleries surérogatoires, pour le salut de son âme, sur ce que les transgenres, un tantinet plus modernes, mais surtout, c'est ça qui l'intéresse, opposéEs aux autres t', mieux décon-reconstruitEs, sont tout de même bien plus fréquentables que les transsexuelles, et autres âneries déjà bien tannées, tout autant que l’inverse. Je suppose au reste que c’est elle qui décerne les définitions et les galons aux gentes sur la foi de ses images d’Épinal. Toi t’es une sale t en jupe, morveuse, surfaite et va de la gueule ; à ma gauche ; toi t’es une bonne t en anorak terne qui la ferme et suis mes conseils ; à ma droite.


Ah fa f'est fûr que les t sont beaucoup moins féministes que les lgb en moyenne, que la société bio en général, quoi. D'ailleurs ça se voit tous les jours, combien toutes ces braves gentes le sont massivement. Honte donc aux t' à la traîne. Et suspicion envers celles qui prétendent l’être pasqu’au fond une t' ne peut pas être sincèrement féministe, quoi qu'il arrive et surtout si elle n’en fait qu’à sa tête. On ne fait mine de le regretter que pour la forme.

Quant à la caricature, n’en parlons pas, il est notoire que les stéréotypes dits de genre – sans même causer des autres - ne sont plus visibles que dans quelques recoins de bouzlande, quelques banlieues fort hostiles, chez les fem, qui ne seront jamais de vraies lesbiennes, et chez les t bien sûr, qui ne seront jamais de vraies rien du tout. Partout ailleurs c’est bleu de chauffe, bien dégagé sur les oreilles et postures dignes. Vous ne le percevez pas ? C’est que vous êtes mécréante, négative.

Ça montre bien que le phénomène est circonscrit et ne devrait pas tarder à se diluer dans les égouts sous les nettoyeurs haute pression de la citoyenneté moderne, avec un peu de javel incluse. Réappropriation du monde des signes m, vade retro l'enfer f. Pas nouveau ça non plus. Et une t' féminine, bien sûr, c'est une faute doublement grave ; plus on est t', moins on doit être fem. Sans quoi on est vraiment un mec. C'est d'une singulière manière que nous sommes taxées pour renflouer la misogynie qui imprégne la totalité de ce monde.  

 

Il était, de toutes manières, bon de rappeler que, dans quel sens qu’ellils aillent les t restent ou deviennent toujours des mecs pour nos tradies, de même que pour bio-hétérolande. C’est fou comme les unes et l’autre arrivent désormais à se mettre d’accord ; on n’aurait pas cru ça possible autrefois ; il leur manquait juste un objet à ce. Nous nous trouvons l’être, gloire à nozigues ! Nous mettons tout le monde d’accord sur notre dos, toujours trop ou pas assez, ou les deux ; ce qui devrait bien nous inciter, cela dit encore une fois, à ne plus chercher à plaire à personne. Fuck off l’intégration comme l’alignement.

On n'est pas là pour remplir vos rêves. Ni pour incarner vos cauchemars.

 

Je vous fais grâce enfin de l’hilarité qui pourra terrasser certaines d’entre vous au lire que « entre les gays et les t, ça passe »… même au passé !

 

Enfin bon, on a l’air de toujours autant se marrer et se mettre l’esprit à la torture, à lgbtlande. N’ayez cependant pas de regrets, vous qui y êtes détenues : ailleurs c’est sensiblement la même chose ! La vie est un mauvais rêve, collectif de surcroît. On s’y décoche de satanés coups de saton, en s’agitant dans notre terreur nocturne, en se fichant les coudes et les genoux des unes dans le menton des autres, au fort de ce sale et sudorifique sommeil aveugle. .

 

Ni oubli, ni pardon, ni léchouille (ça transmet la leucose féline).

 

Mais tout de même et non moins : c’est par où la sortie ?

 

 


 



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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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