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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 08:37

 

 

Hé oui, on aurait presque tendance à les oublier tellement y sont partout, petits et grands. Ça fait un moment que je n’en avais pas causé. Nous on marche ni sur des œufs, ni sur des pois, on zigzague entre les boulets, on se tape les chevilles dedans.

 

Dernier en date, Ozon, le cinéaste aimé des gays misogynes et des libérés genre club échangiste miteux bien sombre. Passe encore qu’il nous ait sorti un film débile et caricatural sur le tapin, un de plus ; il faut bien croûter, n’est-ce pas ? et ce genre de truc se vend, particulièrement je pense à ceux qui se croient tellement attirants - mais quelle pitié, personne ne le reconnaît ! 

 

Mais comme c’est le festival, et qu’il faut assaisonner la pub de profondes sentences morales z’et culturelles, il a réussi à nous ressortir le très classique, au moins aussi vieux que les Lumières, cliché des nanas qui, naturellement, par leur constitution, aurions pour fantasme de tapiner, comme ça, rien que pour la chose, gratoche au besoin – ce qui est un non-sens, le tapin implique rétribution. On est juste à côté, bien entendu, du fameux fantasme de viol, si on te dit non tape la et entre, elle attend que ça, qui est l’équivalent en termes de « relation amoureuse », comme on dit.

 

Hurp…

 

Alors déjà c’est frappant (!) à quel point les mecs se considèrent tellement comme désirables et valeur en soi que leur obsession, finalement, c’est toujours de nous avoir, déjà, et de nous avoir pour rien, et qu’en plus on dise merci. J’ai déjà fait remarquer que c’était un des fonds récurrents de la pensée des mecs anti-tapin – comme des autres ! Du patriarcat, quoi, pour être lapidaire. Désir qui s’est universalisé dans l’idéal amoureux et sexuel, un des plus sûrs systèmes d’assujettissement qu’on ait inventé, et que nous sommes encore à essayer de nous imposer à toutes.

 

Mais ce qui m’épate encore plus, au-delà du répétitif « les femmes c’est comme ça, les hommes c’est comme ça » et les unes doivent passer sous les autres afin de devenir ce qu’elles sont, c’est la naturalisation des systèmes sociaux qui fait la crèche dans laquelle nous jouons les santons, bien prévisibles bien dociles.

 

Ben oui. Le tapin est un boulot. Ce qui pose immédiatement la très insistante analogie : les humains fantasment à mort de bosser. Tellement ça fait mouiller d’être commandé, humilié, exploité, stressé, mis en concurrence, tout ça pour gagner sa vie, jouissance ineffable du virement de fin de mois ou d’affaire conclue. Et si les choses se grippent, d’en revenir au travail forcé et gratuit, pendant qu’on y est. On y est, d’ailleurs, en ce moment même.

 

Le pire c’est que nous en sommes arrivées à une telle situation de dépossession, d’aliénation et de violence que, oui, effectivement, on en est à fantasmer, à désirer de bosser, pasqu’y a quasiment plus d’autres possibilités de survie, et aussi que c’est censé être ce qui nous fait exister, nous justifie à nos yeux et à ceux des autres, fait de nous des personnes utiles.

 

Comme le sexe. Tiens, j’ai dit bizarre, comme c’est étrange…

 

Évidemment on est censées rêver de bosser pour un bon salaire, dans de bonnes conditions, à quelque chose dont on arrive à s’imaginer que ça nous intéresse. De même que baiser super cool, sans dépendance et sans violence, en jouissant à fond et sans attraper de boutons.

 

Que, comme système social, et système d’échange et de concurrence, ce doive fatalement être pas du tout ça pour une très grande majorité, et à terme pour tout le monde, ce n’est, depuis deux ou trois siècles, qu’un mauvais moment à passer. La démocratie, la croissance et la safety consentimentielle vont nécessairement parvenir, par leur perfectionnement et leur absolutisation, à faire de ce charnier d’imperfection un paradis terrestre. C’est ce que nous racontent toutes les instances chargées de faire en sorte que ça tourne et qu’on n’en sorte sous aucun prétexte. Logique shadokienne : plus ça rate, plus c'est sûr que ça doit réussir. 

 

Et – pareil – que dès qu’il y a valeur d’échange et recherche de l’équivalence, tout est par essence marchandise, à commencer par nous-mêmes, oh ben non alors, ce serait trop déprimant. Oublions et prohibons. Tout le monde aux galères décentes. Et aux relations gratoches – voir plus haut.

 

Une fois de plus, c’est effarant comme il y a, au sujet de la crèche où nous devons santonner, consensus fondamental entre nozamies la glu et nozamis les boulets, les prohi et les pro-sexe par exemple. Les systèmes d’échange auxquels nous sommes contraintes sont incontournables, incriticables, naturels, il s’agit juste de les faire bien fonctionner, d’en traquer spectaculairement les mauvais aspects et les pires méchants – étant entendu que ce ne peut être le système lui-même qui soit à remettre en cause. Bosser, baiser, citoyenner, quel pied. Au moins cher possible cependant, sobriété santé – parce qu’on a bien compris que l’intérêt, le seul, le vrai, c’est celui de la boutique, de l’état, de la relation et de l’économie.

 

C’est pour ça que ce que dit Ozon est largement aussi bête que méchant. Et exprime à plusieurs niveaux les structures du patriarcat. Celui de la nature de sexe comme celui de la nature humaine et sociale. En affirmant, candidement, l’appétence pour les rapports de domination, on est à deux doigts de se flanquer dans le décor, de renverser tout le carton pâte qui fait le fond de la crèche, ce qu’évidemment aucune des protagonistes ne souhaite, ouh là là.

 

Quand Ozon éructe que « les nanas, ça rêve qu’à ça, et dans toutes les positions », j’entends en parallèle la clameur planétaire : « les gentes, ça rêve qu’à être salariées, utiles ». Je me méfie de la paléontologie des formes sociales, mais c’est tout de même à se demander ce qui a suivi quoi.

 

Bref, ben non, le boulot, la dépense de force non pas pour vivre mais pour gagner sa vie en y laissant l’essentiel, pour moi ça n’a rien d’excitant, que ce soit le tapin, la caisse enregistreuse, les couches-culottes ou les services de geston/répression. Je sais que ça l’est devenu pour un certain nombre, genre artisans consciencieux ou cadres workaholics. Ça fait plutôt froid dans le dos. Comme dit un vieux proverbe russe, « si on cogne suffisamment longtemps sur un lièvre, on peut lui apprendre à gratter les allumettes ». Et à aimer son sort.

J’ai eu l’occasion de remarquer que ça l’était beaucoup moins, devenu excitant, chez les nanas qui tiennent des emplois de m…, commerce ou aide à la personne, ces emplois honnêtes que voudraient généreusement nous offrir les prohi, lesquelles ne tiennent pas du tout à remettre en cause le travail et l’économie, encore moins la subordination qui va toujours avec.

L’aliénation, ce n’est pas de faire ni même de subir – c’est de se projeter dedans et de s’y retrouver comme soi-même.

 

Pour en revenir à notre ami le boulet, évidemment, là il l’a faite bien grosse, au milieu du parquet, on ne peut pas la manquer et c’est ce qu’il voulait, sûr de l’approbation plus ou moins discrète de ses congénères. C’est ça qui compte, en ce printemps des c…s. C’est là-dessus que capitalisent tous ceux qui sentent peut-être venir un retour aux fondamentaux de l’ordre des choses moderne, lesquels peuvent se résumer en peu de notions : la disponibilité enthousiaste, la précession des désirs, l’amour de la dépendance. Avec l’accès gratuit, pasque les caisses sont vides, mais qu’il reste hors de question de renverser la relation-valorisation et le repos du guerrier de pépé, qui est déjà au chômage, déclassé, le pauvre. Ozon, les mecs en général, les prohi et bien d’autres instances font dans la protection et la perpétuation d’hétérolande, à pas cher. On ne peut guère montrer plus nettement que là se tient, avec le rapport d’appropriation, ce qui maintient l’ordre des choses en place.

 

 


 

 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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