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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 11:19

 

 

Il m'arrive souvent de lire, affirmé comme article de foi et vulgate historique, que l’homosexualité fut un délit en france jusqu’en 82. Euh. En fait, fut supprimé cette année-là un article de loi qui stipulait que la majorité sexuelle n’était pas la même dans les relations homo qu’hétéro (18 contre 15). Cela créait effectivement une inégalité franche - j’étais d’ailleurs, jeune et pute, dans les personnes concernées - mais jamais les lois de notre fichu pays, depuis la révolution, n’avaient prévu l’homosexualité en tant que telle. Elle n’était visée par aucune disposition spécifique depuis la suppression en 1791 du crime de sodomie, qui s’appliquait spécifiquement aux mecs et visait la pratique même. Ça pouvait vous mener très loin : mort par le feu.

La seule mention appuyée qui en ait été faite dans un cadre institutionnel fut la fameuse déclaration sur les fléaux sociaux de 1960, déclaration d’intention, ou l’homosexualité, le tapin, l’usage des stups et je sais plus quoi étaient dénoncés comme de tristes tares dont notre société avancée devait se débarrasser. Sinon, la drague tombait sous le coup de l’atteinte aux bonnes mœurs si on se faisait choper sur la voie publique.

Rien de moins, rien de plus. C'était déjà bien suffisant, si j'ose dire...

 

Actuellement, en france comme dans à peu près tous les pays où il n’est pas tout simplement totalement interdit, l’avortement est réprimé par le code de la santé et à travers lui par le code pénal dès lors qu’il est pratiqué hors de délais fort courts et autrement que par des toubibs reconnus, dans des endroits précis. Seule concession, l’avortement sur soi-même ne l’est pas, encore qu’il vaut mieux éviter qu’il soit trop tardif, pasque ça peut mener direct aux assises, les aliens devenant subrepticement, à un certain moment, des personnes de droit qu’il n’est pas recommandé de faire mourir autrement que plus tard, dans des conditions légales et pour de bonnes raisons, économiques par exemple. Une vie supportable, sans sangsue, pour une nana n’est, vous l’aurez compris, pas une bonne raison – passées les douze semaines en tout cas.

 

C’est marrant qu’on ne dise jamais, malgré ces restrictions assez sévères, que l’avortement est toujours un délit en france. Alors qu’on le dit au sujet de l’homosexualité quand on évoque cette ancienne disposition, elle aussi plus restrictive qu’autre chose. J’ignore si on peut en tirer quelque conclusion.

 

Á ma connaissance, aucun groupe féministe de quelqu’importance ne réclame publiquement aujourd’hui la dépénalisation tout court de l’avortement (ce qui était demandé avant la loi de 75, quoi).

 

Il est vrai que personne d’autre non plus. L’avortement, et somme toute les femmes en général avec la totalité de ce qui est assigné f continue de relever du mal qu’on aimerait éviter. La civilisation entière est misogyne, structurellement.

 

Par ailleurs, dans le débat sur l’extension des prérogatives hétérotes à toutes, lequel débat est déjà un must de l’obsession réaque autant que du cocufiage électoral, on apprend que l’accès à la PMA, dissocié des droits civiques, sera (peut-être) consigné dans le code de la santé publique. Ce même code qui prévoit la répression de l’avortement hors critères imposés. Je me marre d’avance à imaginer les restrictions dont les angoissés du gouv’ ne manqueront pas d’assortir l’exercice de cette pratique, si même il doit jamais être ouvert aux lesbiennes et aux nanas seules… A ce propos, d'ailleurs, je signale un article (1) collectif qui rappelle pertinemment que dans toutes les luttes féministe et lgtb des quarante dernières années, bien large, les lesbiennes ont soutenu hétéra, gays, etc. et l'ont eu dans le baba pour la réciproque ; elles constituent, avec désormais aussi les t',  la variable de négociation entre associatives majoritaires et pouvoir politique.

Dans la soirée même, paraissait dans le Monde la complainte (2) d’une députée soce, laquelle, avec autant de brio et de mauvaise foi que les fameux missionnaires cathos au PS dénommés « Poissons Roses », dont si ça se trouve elle fait partie, lesquels bafouillent des trucs du genre qu’un mariage entre personne de même sexe bafouerait la parité (yes ! il faut arriver à le dire sans s’étrangler), laquelle donc affirme que l’ouverture de la dite PMA entraînerait de droit celle de la GPA – dont le principe n’a pas grand’chose à voir. L’important étant de faire peur. J’ai beau être plus que critique de notre engouement pour les formes et pratiques d’hétérolande, l’obsession miteuse des opposants, qui résume au fond toute la misogynie et le virilisme du monde, ne peut que me faire vomir.

 

Comme une reculade réactionnaire n’arrive jamais seule, on apprend dans la foulée qu’un projet parlementaire d’abrogation du délit de racolage passif (oui, juste ça, on va tout de même pas supprimer la LSI, vu le naufrage qui commence, la domination aura besoin de toute ses forces pour réprimer les mouvements d’impatience) vient tout juste d’être retiré du programme (3). Par une sénatrice verte fameuse pour son affection démonstrativement visqueuse envers les minorités - mais pas tant épaisse qu'elle ne soit aisément dissoute par l'acétone de l'autorité des ministres en charge et de leurs crews. Comment ça suspendre la chasse aux putes ? Laxisme zéro, répression décomplexée. Les verts n’en sont il est vrai plus à une compromission, ni à une léchouille près. Ni les soces à une dérive droitière. Les léches des politiques sont pourries, est-il besoin de le préciser, donnent la gangrène. Motif officiel du retrait et donc du maintien du harcèlement policier, tiens, encore une « concertation » pour une « loi plus large ». Peut-être elle aussi au code de la santé publique, tiens ? Mais non, bêtes, la loi plus large c’est celle de la prohibition du tapin, après laquelle on pourra s’aligner pour aller se faire assassiner dans les coins sombres comme la collègue de Rouen l’autre jour. Ou bien plier des emballages pour à peu près un rsa dans les ateliers de réinsertion des cathos du Nid (pasqu’attends, pour faire caissière y faut pas d’antécédents – y faut être née caissière en fait). C’est merveilleux les choix qu’on propose à notre consentement. Je dois dire que j’ai beau ne rien attendre d’un partage de la brutalité, pas plus de quoi que ce soit venant du pouvoir, quand j’apprends ce genre de truc c’est shoot’em all et rien d’autre.

 

Évidemment, ce que je pense in petto, c’est qu’on ne pourra jamais, je dis bien jamais, respirer tant qu’on sera à réclamer et attendre, quelquefois jusques à la mort, l’ouverture d’un petit guichet supplémentaire dans le mur que la dépossession et le pouvoir ont élevé entre nous et nous-mêmes. Bref que la seule issue est d’enlever leurs sales pattes de sur nous. Et de casser ce mur. Mais où avons-nous donc foutu ces sacrés marteaux ?

 

 

(1) http://www.liberation.fr/societe/2012/11/05/les-lesbiennes-ont-ete-flouees_858256 


(2)http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/08/mariage-pour-tous-une-intime-conviction_1788115_3232.html

 

(3) http://www.actupparis.org/spip.php?article5004).

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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