Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 17:46


Mes ex-petites copines militantes et conséquemment très-connaissantes ainsi que bien-pensantes m'épatent absolument tous les jours.

Tous les jours pasque mon exil d'émigrée contre-révolutionnaire a ceci de plus, rapport à d'autres temps,qu'il y a l'immédiateté, c'est à dire l'accumulation, d'internet, par exemple. Tant que j'ai encore un accès - après il restera le café-lecture de la sous-préfecture voisine. 

En fait, je crois que je suis d'autant plus épatée parce que je me vois moi-même. Je me vois, durant des années, pourchassant mal, ignorance et mauvaise interprétation, faisant au fond violence à mon naturel qui est de mal-penser. Je n'en ai pas honte. Je vis assez comme ça dans la honte de ce que je suis. Mais je suis quand même bien éberluée de ce qu'on et de - plutôt comment on peut être amenée à dire et à croire savoir pour consolider chaque jour son appartenance au mille-pattes.

Ainsi, je vois que depuis quelques jours, dans les capitales de l'axe du bien, on discute et rognonne au sujet d'un texte "abolitionniste", à tendance je dirais même prohibitionniste, au sujet du tapin. L'article est issu d'une marathonienne de la gratuité et de la thurifération de l'amour, hétéro évidemment. Of tiens... on a beau s'évertuer à en reproduire les formes et simagrées chez les tpdg, on ne produira jamais autant ni aussi bien d'amour, de sexe ni de tout ce genre de chose qu'en hétérolande et assimilé, au fond. Il serait peut-être bon de le reconnaître un jour si l'on veut réellement s'extirper quelque peu de "l'hétéropatriarcat", comme on dit en novlangue pour le tenir à distance de nos piètres vies. Et de laisser ces passionnantes valeurs à ceux qui les méritent...

Je ne mets même pas le lien, ça vaut pas la peine je vous l'assure. C'est tellement du vieux recuit de dame patronnesse que vous pourrez le trouver en original dans les conférences de notre amie Markovitch ou sur le blog de ma très chère Le Doaré.

D'ailleurs ce qui m'intéresse n'est absolument pas ce que raconte cette personne, mais ce que tentent de répondre ça et là des indignées plus modernes. Tentent pasque sur le site où c'est paru, à la notable exception d'un vibrant plaidoyer pour le féminisme new-wave "faire de moi ce que je veux"(avec lequel je serais pourtant assez d'accord s'il n'y avait pas une tonne de non-dits), eh bien aucun commentaire n'a pu passer, si ce n'est trois mièvres approbations. Probable qu'on se sent mal au comité de rédac, ne sachant au fond quelle bien-pensance va finalement l'emporter. Pourtant toute la presse lgb montre la lumineuse voie libératrice, mais il est à présumer que ces personnes ne la lisent pas...

Ce qui m'épate donc, c'est une fois plus l'affirmation de savoir. Alors bien sûr, il y a le néo-légitimisme qui veut, avec plus ou moins de raison, que la '"parole des concernées" ait une priorité et même une hégémonie absolues, et qu'on ne puisse rien dire de ce qu'on ne connaît peut-être pas d'expé. Voie périlleuse depuis que le travail du sexe, dans le milieu, est devenu une mode supplémentaire et un bon point potentiel. Et que d'aucune l'ont proclamé château en pain d'épices et une des clés de la libération des nanas. Ce qui laisse dubitative plus d'une vieille pute, dont j'ai l'honneur de commencer à être un peu sur les bords. Mais justement, commencer ce genre de discussion ainsi revient très vite à jouer de l’argument d’autorité, qui se cache immédiatement derrière les gneu-gneu de « qui est la plus légitime », et qu’Aristote désignait comme le plus faible des arguments, puisque profondément essentialiste.

Dans les faits, tout ça implique simplement désormais qu'il n'y a qu'une parole entendable à la fois sur chaque "sujet", qui est la dernière litanie produite par l'accouplement de la politique et de la sociologie, et passée par les déversoirs idoines. La possibilité même de réalités perceptibles, compréhensibles et intelligibles est, je l'ai relevé cent fois, un délit réactionnaire et "dominant", puisqu'"universaliste" (voir mon post là dessus de l'autre jour).

 

Mais bon, là nous en sommes donc à l'affirmation de ce savoir. Qui aboutit sans grands détours à de bien belles déclarations, qui donnent un petit peu froid dans le dos. Passe qu’on attaque l’article de la nana gratuitaire comme un tricotage de stupidités cinquante fois remâchées. Je suis somme tout bien d’accord. Mais ce qui me gêne c’est qu’on parle immédiatement de… faire interdire ce genre de propos sur le site. Et supprimer l'aryicle en question. Ce qui implique une conséquence très simple. « Nous possédons exclusivement la vérité, tout ce qui n’est pas la vérité est profondément néfaste et doit être aboli, pourchassé, anéanti ». Ce qui pourrait encore se tenir d'un certain point de vue interne, mais devient franchement hilarant lorsqu'on pense que celles qui sous-entendent ça affirment que tout est construit et que rien n'est absolu. Mais déclarent en même temps savoir. Ce qui est incompréhensible. 

Huh huh… J’ai déjà dit quelque part ce que je pensais d’un point de vue qui était persuadé de savoir et de ne jamais croire. Ce point de vue ne connaît pas le doute. Sans barguigner j’affirme qu’un monde sans doute, vers lequel d’ailleurs nous nous acheminons sous la houlette de tas de bien-intentionnés, est un enfer certain. C'est celui des délits de presse, par exemple, si ordinaires sous le second empire, lesquels réapparaissent vigoureusement sous notre espèce de tiers-empire. Ce qui est remarquable, c'est que les alternotes, autrefois visées par ces pratiques, et même il y a pas si longtemps ("incitation à l'avortement" par exemple), en veulent être désormais d'actives protagonistes, concuremment avec les autres pouvoirs. Chacun gèrerait son secteur, tout simplement. Hum - j'ai des doutes pourtant que ça soit si simple et beau et que tout le monde s'en retire content. 

Vous remarquerez que je n'agite pas le sempiternel chiffon du "droit à dire des âneries ou des méchancetés". Ce n'est pas une question de droit. C'est si j'ose dire une question de sens commun, ce fameux sens commun que j'ai, je le confesse, aussi vilipendé longtemps, pour la bonne cause, comme infiniment suspect. Ce sens commun qui veut qu'on dise bien des choses, qui se rentrent dedans ou se fuient, et que ce soit même l'usage même du dire.

Quant au site en question, vu que c’est une espèce de journal internet libertaire, je ne vois absolument pas en quoi on lui demanderait la moindre intelligence des choses. Ni au nom de quoi. Sauf à croire que les libertaires ont jamais apporté quoi que ce soit, vissé la moindre ampoule au plafond. Ce dont pour ma part je doute résolument. Bref, venant d’elleux rien ne m’indigne en soi. Ellils suivent leur bonne petite voie à la traîne de momies qui ont bien trois siècles, et je ne vois pas très bien au nom de quoi on serait fondé à les en empêcher.

Bref, je suis restée épatée, comme je le dis au début, devant l’assurance de mes ex-camarades. Et devant leur ardeur à nettoyer l’espace militant. C’est quand même fou et inquiétant comme les extrémités apparentes du présent se touchent : sécuriser, nettoyer…

Mais le plus beau, c’est quand j’ai lu une proposition, moins ardente que les autres, qui supposait que dans le groupe auquel appartient l’auteure, une petite cellule d’hétéroféministes, il pouvait et même devait y avoir eu dysfonctionnement. Là j’avoue je suis restée coite d’admiration durant quelques secondes. En gros si des choses inconvenantes, trop ringardes et somme toute simplement trop adverses ont été écrites, c’est que les plombs ont sauté. Ce n’est plus même le crime, c’est l’anomalie ! Ca doit donc encore moins exister, si possiible est.

Je connaissais déjà le traitement des adversaires politiques en ennemiEs du genre humain, voire en criminelLEs contre l’humanité, ce qui est déjà bien crapuleux. Mais là on est aux limites de cette fameuse psychiatrisation que les mêmes militantes n’ont pas de mots assez durs pour réprouver. Il est vrai qu’elles ont d’ores et déjà le recours dans leur bissac bosselé ; les mal-pensantes de tous bords, depuis la nana gratuitaire jusqu’à votre petite murène indomptable et intraitable, auront sans doute accès à un lieu de vie, où on fera sortir doucement d’elles-mêmes, en pressant un peu quand même je pense, tout ce qu’elles refoulaient.

Bon, là je vais parler net. Je savais déjà que dans ce milieu safetytaire et consensuel, on est en grand danger dès qu’on ne s’insère pas dans le mille-pattes avec révérence. Mais là, de tels propos, tenus avec un sérieux qui déconcerte, montrent qu’il n’y a plus d’issue, et que le monde militant est désormais parfaitement clos, clôturé, grillagé. Que l’écrasoir menace de tous côtés. Et qu’on ne peut plus s’en échapper, peut-être, qu’en creusant un tunnel ou en s’envolant au dessus de ce nid de je ne sais quoi !

Les cardinaux de l'église transpédégouine nationale sont réunies cette semaine en conclave consensuel très trié à Toulouse. Cela fera certainement date dans la définition théologique de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas. J’ai tendance à croire à la puissance dévastratrice de la communion de pensée. Et que les doucereuses propositions qui résonnent dans l’axe du bien vont faire des petits, et même s’épandre, comme dans les films d’horreur, en une gélatine agressive et caustique qu’il sera bien difficile d’arrêter, fut-ce en très mauvaise compagnie ! 

La petite murène

 

Partager cet article

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines