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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 21:23


 

Á mesure que les mouvements pullulent qui revendiquent la bonitude, l’excellence et la place nécessaire d’une identité, d’un statut, d’une passion, il se passe comme un phénomène de vases communicants : ils remplissent le monde, où pourtant on se trouve déjà bien à l’étroit, mais, réciproquement, se remplissent du même monde, de son inertie, des ses fétichismes et idéaux, l’inclusion auxquelLEs est ardemment réclaméE.

 

J’avais déjà remarqué, avec quelques complices, il y a plus de vingt ans, à quel point, jusques dans les luttes et les sabotages, nous incarnions un rôle prévisible. Et même n’existions qu’à condition d’incarner ce rôle, nécessaire à la complétude du jeu. Même quand il s’agissait, écrivions nous alors dans une brochure oubliée (1), de celui « d’extrémistes toujours sur le qui vive ». Et ça en disait long, pensions nous, sur notre épongéité, sur à quel point n’importe quelle attitude registrée permet de, conduit à intégrer profondément, intimement le fonctionnement, aussi critiqué soit-il. Je le pense toujours, et même je crois le discerner quotidiennement.

 

Cela nous conduit aussi à incarner des types, des formes humaines et historiques, à les moderniser et à la multiplier. Plus le mouvement enfle, plus de monde s’y agrège, plus de formes classiques y sont ainsi assumées, par unE ou par autre. C’est notre manière d’être diversEs.

 

Je causais l’autre jour du syndrome de Napoléon, ô combien national. J’avais oublié de préciser que des Napo, même chez les trans, j’en connais quelques unEs. Des institutionnelLEs et des tpdg, des petitEs et des grandEs. Qui sont bien obligéEs de se rencontrer. C’est un peu comme dans ces asiles de fous où, dans les années qui suivirent la mort du vrai Napoléon, on vit se répandre à maints exemplaires des mecs (je voudrais bien savoir si jamais une nana se prit alors pour l’empereur ; qui sait ?!), la main dans le gilet et rêvant d’un petit chapeau. C’était croquignole quand plusieurs se retrouvaient dans le même établissement. Je pense que, plus sages (!) dans leur manie que les petitEs empereurEs de notre féodalité T, ils s’ignoraient.

 

« J’ordonne ou je me tais », proférait encore une fois l’original. Ils s’en étaient souvenus.

 

De nos jours c’est plutôt je revendique et je te marche sur les pieds.

 

Bref on a des NapoEs. Mais nous avons aussi des GuignolEs.

 

Je dis des GuignolEs parce que je n’avais pas envie de dire des Tartuffes, que ça ne me semblait pas d’ailleurs recouvrir exactement le personnage social. Je tiens les figures de Molière pour assez frustes, tout dire. Et nous ne manquons pas de naïveté dans nos magouilles. Mais il s’agit de scène, de monter sur le théâtre, de faire des grands moulinets. Avec il faut le reconnaître quelquefois de l’esprit. Mais aussi du foutage de gueule. Donc GuignolEs.

 

Je dois avouer, j’ai joué mon rôle sur le Guignol T. J’ai moi aussi proclamé « oublie… mais n’oublie jamais… », ce must de la double contrainte intellectuelle et politique qui sévit en surenchère, bien plus qu’en réponse, aux doubles contraintes sociales et stigmatisantes. C’est pourquoi, quand je vois jouée pour la énième fois la tragi-comédie du « séparatisme dans la convivialité », je moufte, je charrie, je piaule dans les vestiaires – mais je me rappelle bien que j’ai tout autant reproduit. J’ai moi aussi été la tortue en plastique multicolore, sur mes petites roulettes, mon petit chapeau de baigneur sur la tête, attelée par une ficelle à la suite de biolande, de féministlande et du restelande, tout en clamant l’irréductible T-itude. J’évite aussi de faire mine d’oublier, comme pas mal d’autres, mon existence pédée. Donc, bon, quand je lis les rodomontades de celleux qui se la jouent à nouveau « séparatiste », en dehors même de ce que je pense de la logique inhérente à la chose, de ce décalque de la souveraineté appliquée aux identités et aux intérêts, je cause en archimouillée et détrempée, croûte de pain pourrie dans les toilettes mal tenues de toute cette histoire.

N’empêche, je tiens que rodomontades ce sont. Et surenchérissements sur les obsessions contemporaines.

 

Attelée. Nous sommes atteléEs. Le Guignol tout entier n’est qu’un immense attelage, où nous nous évertuons à reproduire et réclamer l’identique ajouté, tout en essayant d’éviter, chacunE pour sa pomme, les vraies conséquences de cette séparation sur laquelle nous fondons notre commerce. Bref en nous cannibalisant dans l’entrée des coulisses. Nous ne nous en réclamons que pour en sortir et intégrer l’économie politique, relationnelle, juridique et existentielle. C’est là que je dis que, dans la logique comme dans les petites entourloupes, il y a du foutage de gueule. Mais il y a aussi pas mal de crocs en jambe. Et les moins agiles seront toujours par terre, derrière la porte claquée. Avertissement sans frais. Car ce qui se joue, encore et toujours, sur ce Guignol, ce sont les quotas de l’intégration. Celle-ci n’est qu’à ce prix. Ne le serait-elle pas, d’ailleurs, que ça ne serait guère mieux, cet avalage. Mais là en plus c’est l’arnaque autogérée. Les places sont déjà réservées pour les séparatistes réussiEs sur le grand marché socio-relationnel toujours réunifié, comme pour les Napo les plus coriaces dans les institutions. Il n’y aura que peu de surprise au résultat de celleux qui les occuperont. Juste un peu, assez pour préserver la fiction d’une fatalité.

Nous nous arnaquons réciproquement, tout en basculant dans la même auto-arnaque commune. Les deux !

 

Je ne m’insurge pas du tout « contre » cet ordre de chose, j’ai déjà dit quinze fois que je n’émargeais pas chez les indignéEs. D’aucun secteur. Non plus qu’à l’impasse historique de la « redistribution » des « privilèges », néo-terme pour « bénéfices ». Je signale juste. Et, quitte à être réellement séparéEs, ce qui demande d’ailleurs à être vérifié, et si c’est lié à la t-itude ou à tout à fait autre chose, je suggère une fois de plus de quitter le théâtre, de quitter la défroque de GuignolE, de dénouer la ficelle de la tortue en plastique, et d’aller paître ailleurs. Au désert, n… de la d….se ; au désert ! On ne règlera jamais l’enfer de la distribution si on continue à (se) produire. Ce n’en sera que le rubik’cube.

 

Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter de nous poser des questions, pour continuer à jouer indéfiniment, par roulement, les scènes de l’apparition collective, et particulièrement cette vieille bluette du « je te colle moi non plus ». Vieille manière de se faire désirer par l’agglomérat blasé.

 

Nous sommes d’autant moins des personnes que nous restons des acteurEs. Mais qui a besoin d’être une personne dans le peuple qui foisonne ?

 

Nous sommes de tout. Après touTEs et avant touTEs. De toutes les postures, de toutes les impostures, de tous les mensonges aménagés et vérités catéchisées, de toutes les attitudes, de toutes les crédulités et de toutes les roublardises, pourtant déjà bien usées par nos prédécesseures, leurs échecs, leurs désastres et leurs retours d’enfants prodigues. Nous aussi on y veut jouer. Nous n’avons rien oublié ni rien appris, de même qu’aucunEs des prétendantEs à la légitimité. Nous faisons notre petit tour sur scène, les unEs après les autres, pour gagner nos places au balcon et le monde dont nous sommes issuEs. C’est notre issue et nous n’en cherchons pas d’autre. Déjà qu’il n’y a déjà là pas de place pour tout le monde…

 

Le séparatisme, l’institutionnalisme, le traitement des identités, autant de prétextes. De prétextes autant à nous obnubiler, qu’à celleux qui le mieux surfent à en profiter. Nous en sommes, après bien d’autres catégories qui elles aussi n’ont finalement été formalisées que pour ça, à la T-xploitation. Nous nous exploitons avec ferveur et entrain. Tout doit y passer. Tout doit apparaître.

Ce qui touche à l’arnaque déjà ancienne du « privé » mouliné et redistribué en « politique » pour échoir entre les bonnes mains ; et somme toute d’une véritable pathologie du collectif.

Tout doit apparaître – et consécutivement nous disparaissons. Nous ne sommes pas « les éléments ».

 

Encore une fois, si c’est cela qui, comme c’est fort probable, est voulu, assumons, ne soyons pas cyniques à moitié. C’est se fatiguer pour rien. C’est jouer devant une salle à peu près vide, désertée d’un public semblable à nous-mêmes qui connaît déjà toutes les réparties, tous les coups de théâtre, toutes les retrouvailles finales, et où ne stationnent plus que quelques loqueduEs en rade de conscience. Nous ne jouons plus que pour nous-mêmes, pour nous donner une contenance que personne ne nous réclame.

Cela dit – si nous sommes liéEs à ce monde et à ses fonctionnements structurels (la production de tout, y compris de soi) comme obsessionnels (l’identité et la légitimité) au point que nous ne puissions exister hors, ce que je crois bien possible et à plusieurs titres (physiologique, idéologique…), eh bien effectivement, en tant que T, il n’y a pas d’issue autre : there is no alternative but THIS world. Nous sommes condamnéEs à rester la tête dans le bidon. Mais en tant que T uniquement. Reste-t’il autre chose en nous que nos collections d’identités ? La réponse reste peut-être encore un peu à venir. Je l’espère en tous cas.

 

Ou alors, si on veut vraiment jouer, et autre chose qu’un rôle surécrit, on se barre ! Mais voilà, qui se barre ? Pas les barbie-T, les ken-T ni les napo-T, les quelque chose-T qui ne se referont pas, d’ailleurs « on » ne le leur demande même pas. Á aucun rôle-T. « On » se reconnaît subitement tout à fait autre chose, ou rien du tout, très peu, et les « solidarités T » s’évanouissent. Avec leur matérialisme comptable à deux balles qui n’est là que pour fétichiser le Mal, l’incarner chez d’autres, le pourchasser dans nos sombres recoins, remblayer nos comptoirs ambulants et coudre des coussins aux fesses de celleux qui le mieux performent. Á la poubelle. Hop ! Tant mieux. Plus vite ça serait fait moins on souffrira. C’est cette fiction même qui permet de maintenir l’échelle, laquelle ne mène qu’aux loges du présent.. Retirons l’échelle. L’échelle, c’est nous.

 

 

 

enterrée vive

 

 

(1) Complément d’enquête sur un engagement différé, 1989.

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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