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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 08:31

 

 

 

 

« Alors, pour celles qui ont le sens des responsabilités et celui de la rigolade… »

 

« Les mauvais jours finiront. »

 

 

 

 

Ce qu’il y a d’à la fois attirant et décevant avec les ladyfests®, c’est que quand on a été à une, on a été à vingt. Je dis vingt pasqu’y en a pas cent, reconnaissons le. Le menu est identique, et pas qu’à la cuisine collective. Bonne marrades certes, mais aussi répétition appuyée du consensus, regards tout aussi appuyés vers le bout des chaussures à chaque fâcherie, tension, « discussions » sur les toujours mêmes « questions », dont nous connaissons très bien la réponse attendue, de laquelle il convient de ne pas s’écarter in fine. On se montre, se démontre, démonte, remonte les mêmes choses qu’à la fois précédente et suivante, dans les mêmes ateliers de montage démontage.

 

On revient enfin d’une ladyfest comme on y était allée, confirmée, encadrée, certifiée, du coton dans les oneilles et du feutre au derrière. C’est ce qu’on se demande en ces occasions, et c’est ce qu’on s’y octroie. C’est très bien comme cela et il n’y a pas lieu d’y redire le moins du monde. N’en faut pour tous les goûts.

 

Et si ce n’est pas ça qu’on voulait, ce n’est pas là qu’il fallait aller.

 

Ah, il n’y a pas d’autres endroits ? Eh bien qu’à cela ne tienne, il nous reste alors à les faire. Des endroits et même des envers (et contre tout).

 

C’est pourquoi je m’octroie, en avance qui sait ? de rêver d’une ladycrush. Ou même tant qu’à faire de plusieurs, « que cent fleurs, que cent écoles etc. ».

 

Lady, définitivement. Et pas seulement pour pas avoir de mecs dans les pattes – ce qui est un minimum pas toujours assuré à ladyfestlande. Pour ne pas avoir non plus la mequitude qui nous imprègne de partout les éponges, ce neutralisme-virilisme de « réappropriation » et de récup’ qui va toujours dans le sens m-forme, et cache très, trop mal notre haine et peur intégrée de tout ce qui est ou pourrait être, paraître « f ». Et surtout notre absence de critique rapport à « ce qu’il faut ». Résolument lady.

 

Ladycrush. Crush parce qu’on y casserait et la croûte (et bien, si possible, pour une fois), mais aussi consensi et évidences, terreurs collectives et fétichismes sociopolitiques. Parce qu’on n’y serait pas juste pour vomir nos tristes oppressions et courir les retrouver juste après, pasque tout d’même, qu’est-ce qu’on ferait sans ? On serait perdues. On n’aurait même plus de quoi se plaindre ; peut-être même on en serait à la limite de tout retourner, oscours.

 

Ladycrush pasque je viens de découvrir le sens de « to have a crush », flasher. Ouaips. Briller dans l’obscurité de ces temps maudits, gyropharer rouge dans la campagne. Enfin s’autoriser à flasher intellectuellement et de manière critique. Á passer les lignes jaunes. Sans honte, sans injonction à un bien commun qui se révèle à l’usage bon pour personne.

 

Se rencontrer et s’apprécier comme des personnes, et pas que des statuts sur pattes ou à roulettes. Faire du nouveau sans pourtant rien oublier. On n'est pas des poissons rouges. 

 

Ladycrush, ladygloups, lady ce qu’on voudra et pourra, pourvu que nous nous sortions enfin des festivités, commencions à nous amuser sérieusement, passions de nous réciter mantras, statistiques et nécrologies à entrer en spéculation et en fermentation.

 

Inscrivons nous dans le temps ! Peut-être que d’ici quelques années (optimiste !) on commencera à en avoir assez marre de la vieille soupe réchauffée et insipide. Alors commencerons nous peut-être une nouvelle cuisine.

 

Par exemple.

Du féminisme de critique et de déconsensus, de bouleversement, de sortie de l’intégration-réclamation victimaire et créancière à ce monde où on crève, et pas seulement d’ennui.   

Du féminisme où on puisse aussi sortir de l’hypocrisie sororitaire et du fétichisme néo-essentialiste, où il n’y ait pas la fable fatale d’ensembles incontournables.  

Du féminisme où on ne soit pas conduites à un accord nécessaire, du féminisme d’arguments et, pour tout dire, de dialectique.

Du féminisme qui s’autorise à piocher le négatif, les séparations, à piter dans les plats, sans honte et avec juste ce qu’il faut de scrupules.

Du féminisme qui cherche à changer les choses, pas à les réaménager ou à simplement réviser les hiérarchies.

Du féminisme qui cesse de se « réapproprier » ce qui nous bouffe (familles, travail, statuts, religions, cultures, identités, virilismes..) pour en faire des boulettes existentielles à remâcher. Sans besoin de s’incorporer les formes de la domination les plus diverses, histoire de se dire qu’on n’en a oublié aucune.

Du féminisme où on cesse de s’agglutiner sur le corps.

Ce qui pourrait importer, enfin ou à nouveau, c’est que qu’on va dire ou faire, pas ce qu’on « est ». Pas un peu marre des destins « inscrits en nous », d’une manière ou d’une autre, par nature ou par statut ?

Nous ne sommes pas mêmes. On n’en a rien à f… d’être « égales » en une « nous » imagée, ni « incluses » en une quelque chose formelle.

Et tant mieux.

Balarguons les fantasmes, les intensités, les désirs et autres spontanéités bien réglées. Vivisectons les évidences. Reprenons aussi ce qui a été laissé en plan, et il y en a. 

 

Ou tout autre chose, mais qui nous change enfin de la lavasse plaintive que nous tournons sans renouveau et sans espoir dans nos baquets, et que nous ingurgitons en quantité pour tromper notre faim. Celles qui ont faim, bien entendu.

 

Fromage et dessert : féminisme et critique sociale. Marre de devoir choisir.

Et café pastis pendant qu’on y sera !

 

Et aussi, peut-être, qui sait surtout ? ne pas arrêter à la fin, ne pas repartir vers nos tristes paillasses, en tisser d’autres sur d’autres lieux, avec d’autres personnes (ou toutes seules), dans d’autres dispositions ! Parce que ce qui est ch… aussi c’est d’arrêter. Et qu’il n’y a rien de tel que vivre, en bien comme en mal.

 

Qui vivra verra. Ladycrush 2019, 2022 ? Au moins. Après avoir beaucoup vomi, il faut avoir encore pas mal jeûné, pour reprendre appétit. Et si c’est avant, si on arrive à prendre, ici et là, la résignation en traître, tant mieux !

 

Grève de la faim et de la socialité, en attendant.

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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