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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 10:54

 

 

 

...toujours être en désaccord avec ses petites camarades. Même en y mettant toute la mauvaise volonté possible. Je songeais de nouveau ce matin aux histoires de relation. Bon, passé le cap de mon opinion sur le « système relationnel » et ses injonctions, reste, et le verbe est faible, que nous les humaines vivons et agissons volontiers de concert. Affectif ou pas. On peut avoir bien d’autres passions que l’affectif, voui. Par exemple, mézigue, je rêve de fréquenter toute une bande de sorcières intellectuelles et critiques, des qui tournent des potions, enrobent des bonbons pour empoisonner les consensi et les facilités de pensée, décevoir les attentes. D’ailleurs, j’ai de la chance, j’en connais une, et depuis quinze ans tout de même. Mais nous ne nous voyons et correspondons que peu. C’est ça le sorcièrat de nos jours, ça fait de nous des bestioles peu sociables.

Je songeais donc à ça, et je me disais, voui, finalement je suis en accord avec le compromis souvent mis en œuvre dans cet hamsterlande dont je suis, malgré tout, aussi partie et quelque peu, ourps, sinon citoyenne, ressortissante en tous cas, n’ayant pas su ne pas vraiment l’être : vivre en collectifs et « relationner » par ailleurs ; ou pas. C’est un bon remède à l’enfermement couplal ou trouplal. Je suis toujours effrayée quand je vois des gentes en couple. L’impression nette qu’il en manque une bonne partie, compressée par la contrainte. Quelque chose qui, même chez les plus rieuses, ressort d’un sourd mélange de violence et de tristesse, à la fois subies et agies. Ne pas être seule, on sent ce revolver dans le dos de toutes.

Savoir pourtant déjà ce que veut dire seule. Je sens ainsi la solitude qui exsude de bien des personnes en couple ou en famille. Et pour ma part, je me croirais incroyablement accompagnée si je correspondais avec quatre des sorcières sus évoquées, elles-mêmes au quatre coins du pays, que si je me retrouvais coincée avec une. D’ailleurs, les liens à grande distance, avec des vies indépendantes, sont bien les seuls qui me puissent faire triper.

Coincée. Même en binôme on est coincée. Binôme, le couple light. J’ai vécu. Je ne m’en suis d’ailleurs pas encore tout à fait sortie, ça revient des fois. C’est finalement aussi gluant que le couple assumé. Ça part des mêmes sentiments : peur, dévalorisation. C’est ch…t. Peut-être cela pourrait-il être autre chose, mais dans l’état de ces même choses, ça ne paraît pas possible. On pense aux amitiés mythiques, mais ça succombe sous le goudron des angoisses et des ressentiments.

Pour ça, oui, je reconnais, quand on n’a pas vocation à l’érémitisme, le collectif, ce cénobitisme moderne, est peut-être mieux qu’un simple moindre mal. Peut-être. Quand il ne se transforme pas en famille, en consensus ou en secte. Quand les idées et les représentations ne prennent pas le pas sur les personnes. Quand les exigences ne visent pas à faire des gentes d’autres, qui haïssent et craignent les premières. Ça en fait des « quand ». Un « quand » est pourtant plus favorable qu’un « si ». C’est du déjà là. Possible et même réalisé.

Hannah Arendt, les livres de laquelle je ne saurais trop conseiller de relire, affirme que dans la solitude, nulle action n’est possible ; tout juste de l’agitation, peut-être. Elle parle bien entendu de la solitude, et plus précisément de l’isolement qu’entraîne la dissolution, la destruction ou simplement l’absence de communauté, de vivre commun ou partagé. Il ne s’agit pas d’affectif au sens limité, et d’ailleurs, parmi les isolées de notre époque, figurent en « bonne » place les participantes à couples et familles, endroits de silence lourd et de contrainte non dite. L’affectif et la peur d’être seule sont paradoxalement parmi les plus grandes instances de production d’isolement. Les conséquences en rejaillissent sur toutes ; aussi bien celles qui recherchent la douteuse sauvegarde de la relation, que celles qui préfèreraient de tous autres modes de vivre. L’affectif et le relationnel ont tout occupé, tout empoisonné. Ou peu s’en faut.
C’est sur ce peu que nous pourrions peut-être encore débarquer, au milieu du déluge sentimentiel et vigilant. C’est pourtant pas le pied, les îles, surtout désertes – au sens où il n’y a pas de quoi vivre dessus. Trop exiguës, sans eau potable. Juste un palmier qu’on croirait en plastique, comme ces étranges caoutchoucs, je sais pas si vous en avez déjà vu, ces plantes… ces plantes qu’on dirait fausses, précisément parce qu’elles survivent à ce à quoi une plante ne devrait pas survivre. Il y en avait un dans l’école où officiait ma mère, quand j’étais enfant. Il était couvert de poussière, au fond d’une salle, dans un pot sec et archisec. Oublié. Et cependant vivant. Mais jusques où est-ce vivre, ainsi ? Subsister, plutôt.

Bref, nous risquons de juste subsister, d’être proches de l’état de vestiges, quand nous refusons le jeu de la valeur-relation. Essorées, étrangères à nous-mêmes, ou vestiges. Le choix !

Décidément je ne finirai pas sur une note gaie. J’aurais bien dit, de manière platounette, que nous « pourrions inventer d’autres manières de vivre », mais c’est précisément la rengaine que nous nous passons en boucle dans le patriarcat, la relationnite et la société de contrôle, pour nous désintéresser à peu de frais de ce que nous n’avons pas su vivre, précisément, sans même avoir à l’inventer. Je ne crois pas qu’il y ait tant de bon que ça dans les promesses d’avenir, qu’elles soient d’illimité ou de généralisation des formes en vigueur. Le passé est passé, et nous est passé dessus. Zut – ne nous octroierons nous donc jamais un peu de présent ?! Et de présence plus indépendante ?!


murène tectosage

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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