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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 11:29

 

 

Au fil du temps, quelques camarades commencent à rouspéter dans l’unanimisme pro mariage, pro famille, pro natalité qui nous a saisies ces derniers temps. Ça ne peut que faire plaisir. Si un peu de négativité pouvait revenir chatouiller l’incroyable consensus autour de l’adoption généralisée d’hétérolande, je dirais… je crois pas que ça changerait la donne en l’état des choses, monolatexique comme il est ; mais au moins on sauverait la face ! Quelques une auraient dit non, au-delà évidemment d’un non réduit à la personne.

 

Mais comme d’habitude nous avons peur de notre ombre. Á peine avons-nous levé la patoune sur les formes sacrées, le droit, la propriété, la citoyenneté, la relation, que le cœur nous manque. Cela ne nous est pas propre, ç’a été le cas de bien des nanas révolutionnaires et critiques. Je songe à Ti Grace Atkinson que je lis ces temps ci et dont je vous reparlerai, ou encore à Simone Weil. Une fois de plus, il n’y a guère eu que la mère Solanas pour refuser nettement de materner le futur, et de se soucier d’un petit comment qui nous réenferme illico dans les procédures actuelles.

 

L’illégitimité foncière dans laquelle nous tient la prépondérance des formes sociales idéales et autres marchandises fait que le vide éventuel que pourrait laisser le bris de leur sacralité nous épouvante, et que nous nous employons, sans même avoir pu faire le moindre geste réel pour nous en débarrasser, à proposer des multitudes de produits de remplacement issus de la même fabrique. Je viens de lire ainsi un texte fort argumenté qui signale, à très juste titre, que mariage, famille, organisation de la transmission, que sais-je encore, sont d’abord, et même ensuite, et même tout court des modes de contrôle social patriarcaux et économistes. Ce qui devrait suffire déjà à une critique et un refus en règle. Mais non. Quand on casse, dans le grand magasin des métamarchandises censées nous insuffler l’existence, eh ben y faut remplacer. Et nous sommes disciplinées, ça c’est un caractère qu’hélas on ne peut nous contester. C’est ainsi que la suite est une invraisemblable mixture de propositions sociales et de fait législatives, puisque malgré le petit anathème au contrôle de l’état en passant, il est demandé la reconnaissance institutionnelle de cette mixture. Et d’où vient cette reconnaissance, cette autre vérole dont nous ne parvenons pas à contester la primauté ? Ben de papa, papa état, une fois de plus. Même demander qu’on nous laisse faire à notre guise (guise d’ailleurs déjà bien mise au carré dans ce texte), ben c’est demander, justement. Demander la bienveillance. Bienveillance tu parles ! Attendre. Exiger. Espérer. Mais toujours reconnaître l’autre, condition d’ailleurs indispensable à un monde où rien ne peut se faire qu’il n’ait été reconnu, et reconnu par une autorité quelconque. Une fois de plus, le problème n’est pas tant dans telle ou telle hiérarchie, mais dans les fonctions sociales dont nous attendons vie et prospérité, la reconnaissance en tête, qui scelle la dépendance. Dépendance qui peut être mutuelle, de même que l’état comme l’ordre social se peuvent reproduire en chacune de nous.

Et combien nous nous emberlificotons à essayer de prévoir tous les cas de figure (exactement le but de l’état depuis des siècles : tout voir, tout prévoir). Je m’excuse mais je crois souvent que si nous avons perdu le sens critique, nous avons des fois aussi perdu celui du raisonnable. Maintenant, dès que nous sortons quelque chose, c’est la cité du soleil. Nous avons définitivement, comme les gouvernants, confondu s’occuper, se soucier de soi, et le panoptique, la gestion. Plus nous prétendons pousser loin les possibilités, plus en fait nous les ramenons dans les murs.

Précisément peut-être parce que nous ne voulons pas remettre en cause les cadres de ces possibles, cadre qui les font par là même injonctions, et qui par ailleurs définissent la direction où nous sommes censées persévérer, réaliser. Des super-relations, des méta-familles, un natalisme libéré – mais s’asseoir sur ces formes nécessaires, et ne s’en plus rendre malades, blasphème impossible.

 

Un député de droite s’émouvait hier à clamer que depuis mai 68, on n’avait pas vu une telle vague libertaire. Ben dis donc, je veux croire que ses souvenirs se sont émoussés. Je ne vois pas grand’chose de libertaire, si on prend le terme au sens strict, de choix critique et antipolitique, aux vagounettes sociétales actuelles. Ça ressemble bien plus en fait à ce qui encadra temporellement l’échec de 68, c'est-à-dire une libéralisation par multiplication des manières admises, registrées, de continuer à vivre pareil, à relationner, à consommer, à produire. Des métamachandises quoi. Mais ce qui est angoissant, c’est de voir que nous nous sommes mises, à tpglande, à en fabriquer aussi. Par peur du vide ? Par crainte que l’audace soit de l’élitisme – ce qui nous ramène au terrible sophisme du refus de toute issue ? Par attachement à la reproduction des rôles, pour laquelle nous avons tout de même beaucoup fait avec le queer ? Va savoir. Mais le savoir, le découvrir, ne serait justement pas anodin. N’empêche, si on attend de tout savoir, la certitude absolue, cette autre vérole – encore – qui vient de l’assimilation de la politique à une science, eh ben on va crever, crever ici même, devant nos calculettes bourrées de données, cliquetantes. Nous ne savons plus vouloir, ne plus vouloir, et tenir des paris. Nous n’avons pas d’audace.

 

L’audace. C’est justement quelque chose sur laquelle j’écris un autre petit texte en ce moment, en mémoire des féministes très radicales des années 70. Ce qui nous manque absolument, ce que nous fuyons en crabe, c’est entre autres l’audace. L’audace de dire par exemple qu’il y a des véroles irremplaçables, intransmissibles, comme l’organisation sexuelle, relationnelle et familiale par exemple. Et que chercher à la réorganiser ne nous mènera qu’à une autre variété fort proche de cette société.

 

Comme écrivait VS il y a quarante cinq ans, il n’y a rien, surtout rien à mettre à la place du couple, du mariage, de la famille, de la sexualité (qui est foncièrement hétéronorme). Qu’à jeter du sel là où c’était, pour cautériser le mal que ces formes cannibales nous ont faites, et aller nous ébattre ailleurs. Enfin.

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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