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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 17:19

 

 

Dans la famille, une des ces « familles » de choses qui font de notre monde un véritable oursin, donc dans une famille que ne sais si c’est celle de la némésis, de l’arnaque ou tout simplement de l’aveuglement qui nourrit la peur laquelle lui redonne la becquée, je revois fleurir les affiches roses pour les campagnes de dépistage des tumeurs des seins. C’est un des matraquages, avec l’industrie de la maigreur ou le prétendu vaccin du cancer de l’utérus, qui cible comme on dit les nanas. Bio mais pas que. Je me rappelle la fois où mon endocrino, brave lesbienne placard que j’aime bien mais qui est trop loin pour que je la consulte, m’avait chopé les nénés pour tâter ; j’en suis restée stupide. Je hais le tripotage. C’est le genre de choses qu’on apprend à l’adolescence ou en transitionnant ; on s’en passerait bien. Toutes.

 

Bref les tumeurs du sein. Ben ouais. Il serait bien étonnant que dans notre empoisonnement généralisé fertile en incitation aux néoplasmes, il n’y en eut pas plein, comme d’ailleurs. C’en est à ce point que quand on se donne des nouvelles avec des copines qui ont mon âge ou plus, ce sont bien souvent des nouvelles de cancers. Même j’ai fait récemment l’étrange expérience de haïr quelqu’un au point de lui souhaiter un cancer – et il l’a eu, en est même crevé en rien de temps. Pas du tout que je crois être devenue sorcière, pasque là y en a quelques qui auraient bien du souci à se faire vu ce que je leur souhaite ; juste la statistique. On va en gros crever majoritairement, entre 40 et 70 ans, de cancers de partout et de neurodégénérescence. C’est nous, quoi.

 

Cela dit l’arnaque, ou la dinguerie inconséquente mais très rationnelle si on veut, c’est justement cette règle qu’on veut imposer de se faire passer les nénés aux rayons x toutes les très peu d’années, à répèt’ quoi. Ce qui est tristement drôle, c’est que depuis quelques temps paraissent dans la presse médicale, puis générale, de sourdes interrogations, sur si c’est vraiment un bon truc – vu comme toujours d’un point de vue calculateur de bénéfices/risques, le seul « esprit critique » qui nous reste. Or, y avait pas besoin d’avoir fait des études scientifiques ni d’attendre quarante ans pour se rappeler que les rayonnements radioactifs sont réputés pour, entre cent autres sympathiques effets, faciliter ou provoquer l’apparition de ces fameuses formations anarchiques nommées tumeurs. Et que le coup des « faibles doses », les cimetières s’en engraissent tous les jours.

En gros, est-ce que tout simplement, à aller se faire transpercer à coups de rayons, on n’a pas bien autant de chances de s’offrir un tumeur que de découvrir celle qui nous aura été libéralement octroyée par les produits ménagers, le gazole, les lieux de travail ou les vies de m… en général ? La question est bête, comme le sont toutes les « questions » que nous nous posons alors qu’il est de toute façon depuis longtemps impossible de sortir des conditions imposées ; et auxquelles on peut bien répondre comme on veut, voire très sagacement, on l’a dans l’os quand même, on ne peut plus agir. Encore moins fuir.

 

D’ailleurs, ça n’a rien de particulier à ce cas précis : la médecine industrielle fait un usage absolument massif des moyens de détection à principe radioactif. Le moindre bobo ? Ouh là, toubib va pas se casser la tête à recompulser de vieilles connaissances que d’ailleurs on ne lui apprend peut-être même plus à la fac : scanner, irm. Et si ça ne suffit pas deux fois, trois fois, quinze fois. Pareil si vous êtes foutue, que tout le monde sait, y compris vous, que l’affaire est pliée : on aurait tort, jusques à l’entrée en soins palliatifs, selon l’abominable dénomination en vigueur, d’épargner un passage à la machine.

 

C’est que tout ça, mes bonnes, fait tourner les hôpitaux, ces usines médicales qu’on en est, d’ailleurs, aujourd’hui, à vouloir sauver, exactement comme les autres et des plus meurtrières (sidérurgie, chimie…), tellement on s’est appauvries et rendues dépendantes qu’on n’a effectivement plus que ça ! Plus que ces épouvantables endroits où on traite et transforme en restes de PIB et en heures de travail, pêle-mêle bricolages étonnants, souffrances chroniques autant qu’aigües, dépossession absolue du rapport à soi et à son corps. Et au-delà des hôpitaux, l’industrie médico-pharmaceutique, qui d’ailleurs est un des plus riches producteurs de valeur ajoutée dans ce monde en débine, tant qu’il y a encore de l’accumulation à pomper dans certaines régions du globe.

 

Je veux donc bien qu’il y ait de la némésis – mais je flaire tout de même assez fort l’arnaque. Seulement voilà, il y a cet élément dans lequel nous baignons bien autant que dans l’air ou dans la crasse, il y a la peur. Peur tout à fait justifiée d’ailleurs pasque ça tombe effectivement dru. Maintenant ce n’est plus « qui y aura », c’est « qui y échappera », la question. Et la peur est un puissant outil de domination intégrée et de résignation. On sait que ça va tomber mais ça ne donne évidemment pas envie un instant de tenter – de tenter quoi d’ailleurs ? D’aller où ? C’est comme la peste, il n’y a nulle part où aller hors de ce monde. Il est trop tard. On est dedans jusques au trognon. Et donc on ira se faire dépister et ci et ça, en arrivant à ne plus même souhaiter d’y échapper, mais d’être des quelques qui « en réchappent », plus ou moins charcutées, sursis à vie. Étrange version libérale et corporelle de la vieille blague russe : « celui qui avait pris cinq ans était bien content que ce ne fût pas dix, celui qui avait dix ans était soulagé que ce ne fût pas vingt cinq, et celui qui prenait vingt-cinq pleurait de joie de n’avoir pas été fusillé ».

C’est la totalité de notre survie qui ressemble désormais à cet état macabre.

 

Pour ce qui est de nous, les t’, il faut bien dire… bien rien justement. Qu’est-ce qu’on peut dire ? On s’est bourrées d’hormones, on a été ou on délibère d’aller à la charcuterie (qui donne à peu près moitié de résultats passables et moitié de dysfonctionnements à vie, urinaires, notamment, les filles !), on se fait raboter de partout, et tout cela de notre propre chef. Bien sûr, et d’ailleurs c’est une discussion que j’avais encore il y a peu, il y a la « pression normative » de cet « autre » après quoi nous courons toujours. Mais zut, eh, la pression elle est aussi pour les bio, d’une part. Je veux dire, donc, qu’on n’a pas moins de raisons de s’y confronter critique. Et deux y en a marre de toujours se rappuyer là-dessus pour en plus passer notre temps à nous plaindre de la tuyauterie qui fuit ! On l’a voulu, on a été « les actrices de notre propre vie », comme toutes les consommatrices, on l’a eu, on l’a on l’aura, notamment notre très probable cancer. Les chanceuses auront un avc. Enfin celles qui auront la veine supplémentaire de ne pouvoir, comme on dit, être médicalisées à temps. Sinon gagatisme et hémi ou tétraplégie – là aussi, ça fera tourner l’industrie du soin à la personne, cette ultime poche de valorisation à bas salaires, dévolue évidemment aux nanas. Finalement c’est terrible, on pourrait aussi avoir à la fin un monde de nanas, mais complètement aliéné et désastreux, au rebours total de ce que nous proposait de tenter Valérie Solanas !

 

Oscours - mais qui, qui d'autre que nous qui ssommes déjà dans la boîte, hein ?

 

Et voilà. Voilà où en est déjà ce monde que nous prétendons encore perfectionner. C’est trop classe. J’en ai mal aux seins, tiens. Quel oursin ce rouleau compresseur. Ou bien sommes nous des sacs d'oursins ?

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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