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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 09:36

 

 

Les alliées c’est la vérole

 

C’est, avec la fameuse convergence des luttes, son masque de zombie l’unité, leur marionnette l’articulation, pourquoi pas même le « vivre ensemble » ?!, peut-être plus qu’elles encore, ou bien ça les résume, un des mirages les plus meurtriers de la vie sociale et politique. Meurtrier parce qu’un mirage vous fait voir considération, aide et sécurité là où vous attendent mépris, haine, charclage et mort dans le désert.

 

On est pourtant beaucoup à le savoir, à le re, le re-resavoir, d’expé. Mais voilà, on voudrait toujours croire que les choses (et les gentes) sont ce qu’elles se prétendent, comment elles se présentent. Et ce croyant nous nous remettons toujours en danger, jusques à extinction, épuisement.

 

Autrefois je disais que nous n’avions pas d’alliées. C’était encore trop optimiste. Plût à la diablesse que nous n’en ayons vraiment pas, non plus que de puces et de gale. Je viens de me voir rappeler que nous en avons, toujours trop dès qu’il y en a. Alliées, la glu, t’love-t’haine, velcro, acariennes, j’suis un peu t’ je te prends ton peu de place, et autres attentionnées prends soin d’toi - démerde toi. Et moi et moi et moi ! Nous sommes leurs amies –  vous savez ce que c’est que d’être l’amie de. Nous sommes même paraît-il leurs camarades (à sous statut), quand ce n’est pas leurs sœurs (quelle famille !), et ça vaut tout autant. C’est nous qui payons la noce, cela va de soi. Mais c’est bien aussi que nous y avons cru, consenti – et c’est là un euphémisme ! Quand on cherche une vérole, on n’a aucun mal à la trouver, elle est toujours disponible, elle n’a qu’à attendre – et cette attente jamais déçue marque le niveau de notre débine, de notre résignation, de nos illusions, de notre participation quoi à ce qui nous massacre.

 

Les alliées abusent. Les alliées abusent d’être alliées. Et nous nous abusons nous-mêmes de vouloir des alliées ou de les accepter. L’alliance est un des aspects contournés, hypocrites, de l’inégalité. Les alliées sont toujours vos dominantes, toujours plus fortes – on n’a jamais entendu parler d’une alliée plus faible. Déjà, avec notre obsession de l’empowerment, de l’intensité et de l’accumulation ça ne nous intéresse pas, et les plus faibles savent très bien que dans ce système elles ne sont ni ne peuvent être les alliées de personne. Les alliées apportent du capital, de cette puissance « neutre » qui nous constitue en éléments de la concurrence et de l’entrélimination ; elles apportent leur pouvoir, tellement c’est chouette le pouvoir, et elles se le gardent. Sit-in. Pique nique. Les alliées finissent toujours à votre place, elles vous la prennent, elles vous isolent, elles gobent vos liens, votre vie, se l’annexent en vous rayant de la carte, en vous jetant dans le vide, sans même avoir besoin souvent de forcer. C’est mécanique, c’est naturel, c’est le pouvoir, c’est classe !

 

Les alliées nous consomment, pour autant qu’il y a quelque chose qui leur est consommable, pas trop fibreux. Quand ce n’est pas directement, elles se promènent avec notre image sur la gueule, ça ouvre des portes paraît-il. Une fois consommées, ou tout de suite s’il s’avère qu’il n’y a rien à consommer, nous c’est poubelle, sur le couvercle de laquelle elles ne dédaignent pas de s’asseoir, de concert avec celles qui professent ouvertement la haine des transses - quand même, elles vont pas se fâcher pour ça. Ça servirait à quoi la solidarité ?

 

Les alliées ont pour principe, cela tombe sous le sens, de n’être jamais vous. Beurk. Si elles sont alliées c’est précisément à cause de et pour ça. Ce n’est pas pour partager ni combattre la stigmatisation, la violence subie, l’absence de valeur, encore moins renverser ce qui fait cette valeur par laquelle elles sont un peu mieux reconnues ; c’est pour farfouiller ce qu’elles pourront bien se mettre de côté de ce que vous pouvez encore représenter d’intéressant, de valorisable, selon les barèmes en vigueur. Á tpglande, les alliées deviennent ainsi « un peu trans », « queer », histoire de profiter de ce qui peut attirer, du versant rémunérateur de l’exotisation ; un peu, pas trop, et surtout pas exagérément féminin, pasque là comment dire, ça craint quoi.

 

Le concept même d’alliance est pourri. Il n’y a pas de bonnes alliées parce qu’il n’y pas de bonnes alliances, et pour personne, pas plus que de bons mariages ; que le principe en est la hiérarchie dans la réalisation du sujet social unique, masculin, valorisateur ; que la dynamique même en est foireuse et délétère. Il est vain d’invoquer au sujet de ce qu’elle provoque les mauvaises intentions ou les consciences défectueuses – ce qui ouvre éternellement la porte à la continuation des abus, avec les bonnes intentions, les consciences « déconstruites » et tout le bataclan moral. Il est porté par la fascination pour le pouvoir à laquelle nous n’avons pas la volonté d’échapper, que nous nous sommes résignées à ne plus critiquer, et à laquelle cependant nous succombons. Les alliances, les convergences, ce sont dans les faits et dans la logique de plus en plus souvent carrément explicite l’assentiment aux hiérarchies, l’engluage dans leur valeur et leur justice, le rappel aux ordres, qui rapidement n’en font plus qu’un seul derrière leur concurrence.

 

Réviser les rapports à la baisse, saborder les intérêts et les objectifs, démasquer les solidarités effectives qui dominent et éliminent, étrangler l’appétence, noyer l’(auto)exotisme, dissoudre les glus sociales et identistes à l’acétone, refuser les types de rapports fétichistes qui nous esquintent. S’il n’y en a pas d’autres en rayon, s’en passer, plutôt que de s’y faire. Du balai ! Et du balai aussi dans les idéaux, les balivernes dont nous nous berçons. Gardons nous d’être nos propres alliées et de faire le boulot sur nous-mêmes. Tirons conséquence de ce que nous savons, plutôt de ce que l’on nous serine et que nous voulons bêtement avaler. Ce n’est qu’en connaissant les impossibilités qu’on pourra faire place à d’autres possibilités. Ne jamais plus en faire des destins, des besoins, des désirs ni des nécessités. Et pour cela s’y rendre inutilisables.

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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