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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 10:44

 

 

Ainsi que je le faisais déjà remarquer l’an dernier, nous ne faisons que goûter les premières goulées du supplément d’adhésion aux formes hétéra que nous avons, joyeusement, massivement apporté à la société patriarcale, laquelle entend bien nous le rendre. Nous découvrons notamment à quel point les formes du mariage, de la transmission, de l’hérédité supposée, etc. sont et ne sont, historiquement, que des formes légales, liées à l'appropriation des biens, certes, mais aussi des gentes… On avait déjà eu les premiers procès entre nanas séparées pour l'accès à l’alien. Voilà la suite immédiate, les donneurs de sperme qui reviennent, avec le reste de m-hétérolande, par la fenêtre. Un jugement vient ainsi de donner droits à une de ces éponges ambulantes, qui s’est avisé de reconnaître, comme on dit, lardounet, après coup. Les mères sont bien emmerdées.

 

Bien entendu, preum's t’as déjà envie de passer le bonhomme à la machine à jambon, en commençant par les pieds. Ce serait pas un mal. Mais, mais, tout de même, hé, qui a aussi créé ou plutôt a reproduit, à tous les sens du terme, la situation familiale qui est indécrottablement indexée sur les formes patriarcales, quel que soit le personnel qui les incarne ? On veut continuer le même monde, en pensant en éviter les côtés nuisibles. Ben non ? Ça marche pas. Soit on en change soit on l’avale. Actuellement on l’avale, l’entonnoir bien profond dans le gosier, pour pas dire qu’on l’a ailleurs.

 

Bien sûr, on pourra réclamer encore d’autres lois, et tout ce qu’on voudra. Ça ne nous mènera qu’à être toujours plus dans la dépendance de l’état et du social, ce qui n’est pas peu dire. Et par ailleurs, je crois qu’on se fait des illusions si on croit que la dite loi va enfin se montrer émancipatrice, rompre avec les filiations dites « biologiques », et avec les logiques d’appropriation qui vont avec. Son fondement, celui de la civilisation que nous pensions bien légèrement récupérer sans nous interroger à son sujet, est précisément dans ces logiques. Avec le social, avec la famille, avec l’engendrement comme valeur, avec la propriété, il y aura toujours pépé derrière, ou à un tournant. Et par ailleurs on se comportera les unes vis-à-vis des autres comme les sagouines impitoyables et néanmoins tristement dépendantes que suppose ce système.

L’amour, comme le droit, c’est l’appropriation systématique. Les mecs sont des forcenés de la chose – les meurtres familiaux à répétition en témoignent. Mais reprendre les mêmes formes nous mènera aux mêmes conséquences : projection de sa vie dans autrui, prise de possession, dépendance, étripages juridiques ou effectifs. C’est déjà en train de prendre – stoooop !

 

Si il peut advenir qu’il n’y ait un jour enfin plus d’hommes, plus de personnes qui incarnent la masculinité, donc entre autres catas plus de ces affreux couples hétéro, menottés, vissés, hagards, il y a des chances que nous – enfin celles qui viendront alors, je me fais pas d’illusions sur la proximité de l’échéance ni même hélas sur sa certitude - découvrions subitement que nous n’avions aucune envie de ressembler à ça, de nous comporter de cette manière, de coupler et de familier. Mais si on le découvrait avant, ça ne serait pas mal non plus.

 

Le féminisme sera révolutionnaire, voire solanassien, ou bien il aura toutes les chances de finir dans l’impasse d’un tribunal aux affaire familiales. Sans parler de quelques autres, déjà surpeuplées.

 

Mais, mais, la vie est courte, et surtout unique. Bref, sans attendre ces possibles jours, il y a des tas de choses que nous pouvons dès à présent ne pas faire, ne pas engendrer ni élever de suçoirs sur pattes qui nous mépriseront plus tard, ne pas se coller de conjointes qui nous traîneront devant une justice et un droit dont nous nous rendrons compte alors que les principes n’ont rien à voir avec la vie humaine, ne pas donner de place chez nous aux masculinités, aux reproductions, aux dévotions, si séduisantes ou prétendument subversives soient-elles… Et nous poser quand même la question de ce réinvestissement général sur les mômes qui sent la misère à plein nez, la disparition des appâts sociaux du welfare et notre peu d’habitude à vivre sans, c'est-à-dire encore une fois pour nous.

 

Mais bon, dans une charmante époque où les éconos du cul durable sans attraper de boutons vont taguer des anti-avortements en spécifiant bien que ce n’est pas à cause de ça, ni de leur positions familistes, que nous avons massivement fait nôtres depuis quelques temps ; ou qu’une qui se pense « radicale » nous explique que le vagin « n’est pas un organe sexuel », mais un organe « de reproduction » (ben ouais, c’est bath la reproduction, ce secteur assigné aux nanas, vous savez… et la nature, qui est comme vous le savez féminine, est bien faite) – finalisme darwinien, hétéronorme et naturalisation crasses, quand vous nous tenez la belle jambe, àla rescousse du refus absolu de toute critique de la sexualité en tant que telle, qu'injonction sociale dont on pourrait, horreur, découvrir qu’elle a quelque chose à voir avec le patriarcat, et qu’il n’y a pas plus de sexualité émancipée que d’économie non exploiteuse (mais arrivées là, on tombe sur nvb qui nous rétorque que ce serait la fin du contrat social et qu’il n’en est pas question) – bref dans une telle époque, c’est sûr qu’en fait je rêve, qu’on en est loin, et qu’au contraire nous travaillons assidûment à ne pas nous défaire de ce qui nous détruit. C'est qu'il faut conserver sexualité, amour, famille, dépendance, à quel prix que ce soit ! Des fois, quand ça nous retombe sur la gueule, ce que ça fait quotidiennement bien sûr, j’ai envie de dire zut – bien fait pour nous ! Non seulement nous avons ouvert toutes grandes les fenêtres de ce qui reste de nos vies pour y faire rentrer tous les éléments du patriarcat, mais encore nous leur faisons petit petit quand ils hésitent. Fort bien. Quand ils seront rentrés, c’est nous qu’ils jetteront par la même fenêtre de normalisation et de peur de la critique envers les évidences de ce monde. Il se peut que ç’ait été notre dernière chance avant la barbarie totale et l’extermination. Et on y passera les premières, non seulement faute de n’avoir su ni voulu refuser à la racine, mais encore d’avoir multiplié les consentements, les adhésions, les surenchères, en pensant bien naïvement, sans imagination et un peu roublardement que nous pourrions en profiter. Pourtant, profiter de cette misère sociale, gluante, dépendante, pénurique, faut vraiment pas être dégoûtées. C’est peut être ça, nous en avons tellement avalé, et bénévoles, confirmatives, hélas, que nous en avons perdu le goût. Et le jugement.

 

 

Ça se trouve et retrouve. Mais il faut le choisir. Et nous n’avons pas l’air d’en prendre le chemin.

 

Rezut !

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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