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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 11:37

 

 

 

Parmi l’arsenal prohi ressort à intervalles réguliers le gros mortier du « pauvre mais honnête » - en d’autres termes que « l’argent pourrit ».

 

Évidemment pas n’importe quel argent. On n’arrivera jamais à extirper du cervelet en queue de cochon des honnêtes gentes que l’argent du travail sexuel est de « l’argent facile », un peu comme celui des spéculateurs, ces autres figures indispensables d’un antilibéralisme qui ne veut surtout pas s’en prendre, justement, au travail et à l’économie. Les propres, les sacrés. Parce qu’on comprend bien que l’argent gagné à trimer dans une vie entière sans dignité ni espace, lui il est honnête, présentable. Je crois que Gail Pheterson, qui n’est pas par ailleurs une virulente critique de la modernité, a écrit un texte sur cet « argent sale », inégal, illégitime, qu’est invinciblement celui gagné par les travailleurEs sexuelLEs. Ah – la « saleté »… Cet ultime recours, cette insulte finale, quand on est au bout de sa pensée et qu’on n’a proprement plus rien à dire qui se tienne. Sales putes, sales clients, sales sales…

 

Et quant à la « facilité », si jamais elle existait vraiment, eh bien ce serait une bénédiction. Mais non, nous sommes là pour en baver, nous ne nous le ferons jamais assez comprendre…

 

Pour ma part, je crois que l’argent n’est jamais présentable. Que c’est un des pires cauchemars que s’est inventée l’humanité, en découpant le temps en valeur. Un certain Sohn-Rettel remarquait que c’est peut-être du traumatisme suscité par l’apparition, et l’immédiate vie autonome de l’argent, qu’est née, tourneboulée, la philosophie grecque.

Tout ce qui devient valeur s'autonomise et se retourne en nous, contre nous ; la valeur-relation, qui est la source d'un enfermement incomparable, comme l'argent. Défendre l'une contre l'autre est défendre la peste contre le choléra.

 

Mais je ne vois pas en quoi il est plus présentable de gagner une somme, qui peut être conséquente, d’euro par heure en étant matonne, manageure d’entreprise ou d’assoce, députée ou pilotE de bombardier, qu’en étant pute. Pourtant, nos amies institutionnalistes trouvent que c’est très bien que les nanas, bio et demain trans, participent à un haut niveau, paritairement, au saccage en règle de l’existence. Et que c’est une honte et une aliénation horribles, préhistoriques, que de simplement louer son cul, comme si les autres occurrences n’en étaient pas. Ou infiniment moins. Ce que je trouve éminemment contestable.

Je dirais même, sans d’ailleurs la moindre illusion sur une civilisation du plaisir et de l’amour que je ne souhaite absolument pas, et qui est uniment un des objectifs du citoyennisme économiste que défendent les prohi, je dirais même donc que je me sens moins destructive tout de même à sucer des bites qu’à garder des réfugiéEs, à optimiser la productivité de quelque poison, à emmerder des bénévoles, à ficeler une société carcérale ou à répandre de la démocratie en bombes à billes sur des contrées forcément lointaines (quand les mêmes projectiles tomberons sur la gueule des rien-, des bien- et des mal-pensantes d’ici, on en reparlera, si toutefois ce genre d’évènement nous en laisse alors le loisir).

 

Que si l’on me dit que ce faisant je suis un pilier du patriarcat, ma foi, je reçois volontiers l’assignation. Mais je renvoie illico la question : avec votre idéologie de la valeur-relation pour elle-même, de l’amour, vous croyez que vous n’avez rien à faire avec le dit patriarcat ? Waf waf. Et je ne parle encore que de ce secteur particulier. Si cet ensemble de formes sujetisées, intériorisées et agies par nous touTEs qu’on appelle le patriarcat se limitait aux bites, je vous fiche mon billet que l’affaire serait dénouée depuis longtemps. De même que si le capitalisme se résumait à quelques hauts de forme fantasmatiques, ce serait bien pratique et un mauvais souvenir. Il n’en est rien.

 

Nous sommes toutes engluées, incontestablement, dans une situation historique peu enviable. Mais je trouve parfaitement bouffonesque, à moins que ce ne soit odieux, que le tapin soit investi, et lui seul, de toutes les malédictions du présent, et que les autres manières registrées, tarifées, de nous humilier et anéantir soient assimilées à de l’émancipation !

 

Et donc, ramener, puisque tout le monde sait bien que le principe de la productivité entraîne concurrence, baisse tendancielle de la valeur, bref appauvrissement, ramener donc l’honnêteté à une pauvreté qu’on sait très bien ne pas pouvoir éviter, c’est du foutage de gueule.

 

Remarquez, je vais vous dire, pour ma part je suis plutôt pour une crevaison de l’économie, de la croissance, et donc pour ce qu’on pourrait appeler une pauvreté, au regard de ce qui est à cette heure considéré richesse. Pauvreté autonome et libre. Remise en cause du besoin. Mais en l’état, la pauvreté n’est ni autonome ni libre, c’est une misère matérielle et morale imposée. Largement imposée par notre propre aveuglement. Et, tant qu’à faire, moins on se foulera pour le même mieux ça vaudra.

 

« Pauvres, besogneuses, mesquines, mais honnêtes ». C’est tout de même significatif que cette idéologie fataliste, doloriste, typique du laisser faire, laisser aller dixneuvièmiste refasse surface dans le discours des institutionnelles, des intégrationnistes et des « égalitaires » formelles (sauf pour l’égalité de la latitude de choisir) qui entendent nous baliser le chemin vers ce qui s’annonce plus comme un désastre tel que l’histoire n’en a peut-être pas encore vu, que comme un forum sans fin de la citoyenneté durable ! Ça montre probablement, outre leur manque résolu de mémoire et d’analyse critique, le désarroi où elles en sont, dans leur cité idéale qui a une gueule de prison ornée de fresques culturelles, et qui est en outre déjà en train de s’effondrer sur les détenuEs que nous sommes touTEs.

 

 

 

coffin turnip

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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