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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 10:21

 

 

 

Ou de l’étroitesse d’esprit – pour rester polie - à lgteubélande

 

 

 

 

Γνώθι σεαυτόν

 

 

 

 

Je dois avouer que j’ai suivi avec quelqu’émerveillement les rapides péripéties quasi feuilletonesques autour de cette actrice américaine qui a eu le mauvais goût d’affirmer qu’elle avait choisi un changement de sexualité dans sa vie. Déjà, je suis forcée à dire de sexualité parce que tout a évidemment tourné autour de ça : l’identité, la vie, ce qu’on est ce qu’on n’est pas, c’est autour du cul que ça doit graviter, chez nous (enfin, nous, euh…).

Émerveillement, parce que si j’avais déjà eu affaire aux défenseureuses du catéchisme plus ou moins nativiste, du "on est comme ça on n'y est pour rien", lequel ne vaut pas mieux à mes yeux que n’importe quel catéchisme, y compris l’inverse, selon lequel tout est construit, déconstruit, indéfini au quotidien – donc au fond peu légitime - je n’avais jamais assisté encore à tel déferlement de haine et de mépris sur ce chapitre. Comme quoi les lignes se calcifient, les portes blindées se ferment, les dogmes turgescent redoutablement, ce qui nous promet un proche avenir tout à fait exquis. La guerre des catéchismes.


Pour les nativistes, c’est donc un scandale que l’on puisse imaginer, exprimer, affirmer que l’on puisse changer de socialité, d’attirances, d’identité au cours de sa vie. C’est un peu comme dans les religions charismatiques : on n’est fondéE à se découvrir, à se convertir qu’une fois, pour arriver à sa « vérité », et après plus bouge ! Sinon apostasie, mensonge, anathème, que sais-je encore ?

On ne peut pas changer, c’est comme ça. On a toujours été ce qu’on est, ouvertement ou pas. L’intolérance et l’essentialisme, pour ne pas dire le caractère impitoyablement borné, tout simplement, de cette vision des choses, ne semble pas émouvoir grand’monde, à lgteubélande, où pourtant on a la bouche pleine des mots sacrés, inverses des grands maux sus-cités.
« Quand on est quelque chose, on l’est pour toujours, et on n’est que cela » - ça fleure bon certaines doctrines que pourtant nos petitEs camarades jurent abhorrer.

 

Pour ma part, je crois que ce dont je pourrais avoir honte, c'est précisément de n'être pour rien dans ce que je suis.

 

L’espèce de mobilisation qui se congrège depuis quelques années contre l’idée ou l’expérience même que ces identités dont nous nous gorgeons puissent changer ou faire l’objet d’un choix a de quoi faire dresser les cheveux sur la tête. Á l’époque des gazolines ou des gouines rouges, et même dans les années 80, on aurait tout simplement rigolé qu’une pareille controverse puisse prendre de l’importance ; au fond, on s’en fichait un peu. On s’occupait de nos fesses, pas de celles d’autrui. Ah mais maintenant on rigole plus, on ne sait dans quelle encyclique c’est passé, mais c’est article de foi. Qui, non pas seulement le critique, mais même s’en contrefous, trouve l’alternative butée, insipide, va en enfer.

Tout ça ressemble aux luttes religieuses, dont l'éternelle jeunesse n'est plus à démontrer : la liberté pour mes thèses, jamais pour celles des autres. Quant aux raisons données, elles sont d’un ridicule affreux ; jamais le fait d’être ou de ne pas être néE quelque chose n’a sauvé qui que ce fut de quoi que ce soit. D’ailleurs, je ne crois pas un instant à la sincérité réelle de cet argument : ce qui angoisse les lgteubéEs, exactement comme celleux qui les haïssent, c’est qu’on puisse être et  devenir diverses choses, que l’ordre soit troublé, voire n’existe point. Cette peur, fort commune et partagée, qu’on ne puisse savoir, sur registre, qui est qui ou quoi. Qui fait l’homme, qui fait la femme, qui fait la bête ?

La peur semble devenue le commun dénominateur de la plupart des positions intellectuelles et idéologiques. Ou plus exactement le dénominateur prioritaire : la peur d’abord, les autres considérations ensuite, à la queue leu leu derrière ce moloch. Ça en dit long sur comment nous baignons dans la félicité, le progrès et l’espoir. Qu’est-ce qu’on ne s’interdirait, ne s’imposerait pas au nom de la peur ?

Comme il fallait bien lui trouver une catégorie, à la nana, eh bien on lui a collé celle de bi. Bi, ça tombe bien, ça recouvre chez nous, même si on évite de le dire hors des petites tablées, le fond du mépris, de la sournoiserie supposée. Les bi sont en fait des hétéra, et les pires, comme les trans sont des mecs (1). Bien fait pour elle(s).
Et que vouliez vous qu’elle fît contre tant ? Elle a du finir par se dire que oui, peut-être bien, au fond, les autres, surtout quand ils crient très fort, savent mieux que nous ce que l’on est, si on peut, si on a le droit de changer ou pas. Elle s’est dite bi. Visiblement ni persuadée, ni emballée. Histoire qu’on arrête de l’agonir.

Un dicton russe affirme que « si on cogne suffisamment longtemps sur un lièvre, on peut lui apprendre à gratter les allumettes. »

De même, si on gueule suffisamment fort sur une personne humaine, on peut tout à fait la convaincre de qui elle est – ou doit être. En tous cas de ce qu’elle doit dire pour qu’on lui fiche la paix.

L’indignation est généralement à son comble, et à juste titre, lorsqu’on apprend que dans des endroits on essaie de contraindre des gentes à l’hétérosocialité, avec entre autres ce genre de pratiques.

Apparemment on ne pourrait pas juger de même de ce que, « chez nous », on intime à autrui ce qu’ellil doit se croire.

 

Que ce soit tout simplement et ridicule, et odieux, ne semble plus venir à l’esprit de quiconque. Il y a toujours les « bonnes raisons », toutes plus ineptes les unes que les autres, pour sécuriser le réel en le mutilant et en le ligotant.

 

Pour ma part, T-lesb à ce jour, je n’ai jamais aimé beaucoup lgteubélande, son intégrationnisme, ses compromissions, son irénisme et sa victimisation. Mais là, ça passe encore un cran. On croit faire face à la terreur hétéra en nous terrorisant les unEs les autres ; ce faisant on s’y assimile. Elle nous va comme un gant. Principe de la réappropriation : se montrer aussi bête que ses ennemiEs, et user de leur logique. Ce qui donne un splendide magma indifférencié. 

 

J’ai décidé, consciemment, pour des raisons bonnes ou mauvaises, ce que j’ai été avant, par une aversion déterminée envers hétéroland ; j’ai de même décidé, pareil, ce que je suis actuellement. Si jamais déesse m’accorde un sursis dans ma débine, qui sait ce que je deviendrai ? Eh bien que suis-je, à l’aune et à la science sûre de ces gentes qui supposent qu’on n’est qu’une fois ?

Renégate ? Chic. Je prends ! Mais non, même pas, ce serait trop beau et ça dépasse et mes moyens, et les leurs : ne reste donc que la commode poubelle à bi. Qui va servir à expliquer et évacuer bien des choses.
En tous cas, je ne serai jamais citoyenne de lgteubélande. Il m’est arrivé trop de choses dans ma vie, ça rentre pas dans les cases préremplies de ses formulaires. On doit être quelques unEs comme ça.

Pourtant y a un truc, parmi d’autres, qu’on ne choisit apparemment qu'une fois, aussi étonnant que cela puisse paraître : sa famille. Celleux avec qui on a trainé, et sans qui on endure isolement. Le monde est trop petit, la vie trop courte, et nous nous ressemblons trop.


Plume


(1) TouTEs les trans, d’ailleurs, je ne sais pas si vous aviez remarqué ? Bien sûr les f-trans sont des mecs infiltrés (on se demande bien pourquoi d’ailleurs vu ce que ça leur rapporte, en plus c’est des débiles) ; mais les m-trans sont aussi des mecs, pasque la testo ça rend mec ; des traîtres quoi. Comme ça tout est bien rangé dans le tiroir.


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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