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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 19:53

 

 

Je vais être lourde, mais des fois on est fatiguée de tenter de réagir intelligemment, discursivement comme diraient d’aucunes, au pavlovisme généralisé, politique comme intellectuel, qui sévit en à peu près toutes matières (à part quelques questions intéressantes et conséquemment négligées).

 

Bref, comment ne pas soupirer pour la énième fois, devant la énième pétition antiputes, semblables à toutes les autres, repeinte comme elles en anti-clients (beh oui, les clientes n’ont pas d’existence reconnaissable), sur un site particulièrement gratiné (et même un peu cramé sur les bords), le genre qui fait se demander précisément pourquoi on est encore féministes, des fois, et ce que ça veut dire – ou pas :

 http://encorefeministes.free.fr/zeromacho.php3

 

Ou comment obtenir notre crevaison par affamement et stigmatisation renforcée (quiconque approche d’unE travailleuse du sexe est suspectE, sauf s’ilelle a un énorme badge de missionnaire sauveuRse de l’âme et du corps), mais sans nous réprimer, oh là non, c’est moyenâgeux et pas bien ça. On nous fera crever de manière civilisée, à distance. Avec une maigre becquée pour celles qui consentiront à abjurer – il est vrai qu’avec ce traitement, qui fait penser aux hérétiques qu’autrefois il fallait tenir à distance, sans contact social autre qu’avec les prêtres convertisseurs, « sans eau ni feu », on peut pronostiquer quelque succès, du moins en apparence.

 

Car la détermination ou non de louer son cul, aussi prosaïque et intégré dans l'obligation économique que ce soit, ça finit étonamment à ressembler, sous les diverses pressions, par certains côtés à la liberté de conscience, c’est assez peu facile à contrôler vraiment. C’est souvent insaisissable. La trique ni la loi sa compagne ne l’arrêtent forcément. Il faut alors en arriver à des extrémités douteuses – disons le, à un flicage généralisé. C’est un peu comme pour l’avortement (qui n'en a jamais été vraiment délivré, vu les conditions restrictives qui le grèvent), et l’idée pompidolienne de mettre un flic derrière chaque nana. Il est vrai que depuis on a subi des progrès en matière de contrôle, une seule personne peut en surveiller pas mal. Vous vous imaginez, si on nous met des puces anti-prostitution, ainsi qu'aux clients registrés, ça va être trop beau, la chasse aux puces sur écran via satellite, que la rouge et la verte ne se rejoignent jamais, sinon alerte, intervention. Biiip !


Rions jaune. L’idée reste, cependant, de la tutelle nécessaire. Ce qui touche au travail du sexe, depuis un siècle et demi, n’est de toute façon jamais sorti de la concurrence pour la tutelle, des macs aux prohis, en passant par les toubibs et les sociologues.

 

D’une manière ou d’une autre, il faut que ça leur rapporte, que ce soit en monnaie ou en signification sociale.

 

Mais, pour le dire plus vulgairement encore, comment s’en prendre aux putes sans y toucher ? Les nitouches du nettoyage social donnent la réponse, assez simple au demeurant.

Par contre, c’est toujours pour notre gueule. On n’est pas sortables. Y a que nous qui n’avons pas le droit sacré de monnayer – elle ne songeraient pas un instant à ce qu’on remette en cause le monde entier de la valorisation ! Vous n’y pensez pas, ce serait la fin de l’économie, de l’état, des guichets, bref de tout ce qui nous fait une vie si agréable !

 

Décidément, je regrette toujours plus chaque jour de ne plus parvenir à écrire sur le statut de valeur de la relation, et l’éminente arnaque qu’il y a de causer de sa « gratuité ». Sans parler évidemment de la gueule qu’elle a, cette prétendue gratuité, en l’état : couples qui traînent leur chaîne dans la rue que ça fait pitié, mômes et violences conjugales. Ah elle est belle…

Je déteste pareillement les "arguments" pro-pute et encore plus pro-sexe bêtes, du genre évidences sociologiques ou acceptations plates de la notion de "besoin". Je suis contre la naturalisation du boulot en général, qui est un des piliers du monde actuel. Mais comme disait mon vieux maître St Thomas d'Aquin, on ne doit pas occulter une vérité pour en faire valoir une autre - et une bêtise insigne n'en excuse aucune en face.

Le jour où relationner ne sera plus une obligation sociale et existentielle, de même que travailler(1), on en reparlera. Je ne verrai pas ce jour, s’il doit arriver, et c’est fort dommage. On n'y pense même pas, touTes occupéEs à installer tout le monde, égalitairement, dans la catastrophe (mais proprement, à des travaux dignes - la dignité du travail et de la prolétarisation générale, mon dieu que nous aurons avalé de c...ies !).

 

Mais badigeonner une vulgaire (oui, vulgaire !) transaction en sacrement, et accuser les putes de blasphème et de simonie pasqu’elles le vendent, voilà une hypocrisie comme on en avait rarement vu (2). Soit on s'en prend pour de bon à ce monde entier d'abstractions réelles qui nous asservissent touTEs, j'ai bien dit touTEs - et intelligemment please - soit on ferme sa g...

 

 

La petite murène

 

 

PS : ces derniers temps, ça y a été ferme de la pétition, ce moderne baromètre du « je suis du bon côté » (et moi aussi ! et moi aussi )..

La petite murène est très fière tout de même de quelque chose dans sa débine : elle n’en a signé aucune. De quel côté qu’elle vînt. Quelqu'instance qu'on lui en fît. 

Au moins, au moment de sa mort qui est peut-être fort proche, elle pourra se rendre ce témoignage. Elle n’a, depuis quelques années, ni fermé sa jolie gueule pleine de petites dents, ni aboyé avec les meutes pour autant.

 

 

(1) je tiens que « Je t’aime » est l’exact correspondant, dans le monde de la valeur, de « Je travaille, moi ! ». Je produis, je tiens ma place dans le processus sans tête ni fin. 

 

(2) Je rappelle toujours, au sujet de la mystification de l’affectif dans le marché des relations contemporaines, le  remarquable Idée moderne d’amour de Pascale Noizet.C'est un bon préambule à une future critique des relations comme valeur, au sens marxien du terme, de truc qui est notre traduction sociale obligée et nous bouffe.

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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